6 juillet 2013

Bienvenue chez les Chtis nazis

Une cliente visiblement sous l'emprise du livre maudit

Mince, paraît que la bête immonde est encore revenue et moi qui n'ai toujours rien à me mettre... Heureusement militants et élus mélanchono-communistes vivent nuit et jour en tenue de combat et il ne leur aura pas fallu longtemps pour débusquer la salope dans l'antre d'une maison de la presse berckoise dont ils ont excavé des exemplaires de Mein Kampf, tenez vous bien, en vente libre. Immédiatement l'ensemble du CGB se congratule puis se fend d'un communiqué officiel pour se féliciter du recul de l'illettrisme en territoire chti, ce qui n'était pas gagné si on en croit les réguliers numéros de l'émission Strip-tease ou les Chtis à Ibiza. Grave erreur. Mais c'est pas de Christine Angot, Mein Kampf ? Adolf Hitler ? A ma décharge je suis allé à l'école de la République moi monsieur et vous savez combien les programmes d'Histoire sont longs, on n'a pas le temps de tout voir...


Visiblement l'atavisme est tenace. Ainsi quand il s'ennuie, le militant progressiste du XXIème siècle part inspecter les rayons des librairies, puis exige le retrait des livres ne lui convenant pas.
Malheur au libraire qui ne se soumettrait pas, notre commissaire culturel a le bras long. On mobilise la section locale de la Ligue des Droits de l'Homme, qui sous un nom on ne peut plus inattaquable se révèle régulièrement le pendant européen du regretté Ministère taliban pour la promotion de la vertu et la répression du vice, on alerte les élus puis en dernier recours on en appelle à la loupe grossissante des médias.

C'est la désastreuse expérience que viennent de connaître un couple de libraires de la bonne ville de Berck. Coupables d'avoir dans leur rayon Histoire le manifeste du parti nazi, (comme dans la plupart des librairies françaises correctement achalandées, mais ceci est un détail qui importe peu aux petits Torquemada du Front de Gauche) ils se sont vus, l'espace de quelques jours, ni plus ni moins soupçonnés de sympathie et de propagande nazies. Sur le site du Front de Gauche-PCF berckois (texte publié aussi sur le site du journal l'Humanité) on peut lire une tribune dont nous reprenons quelques extraits :

L’heure est grave. Les néofascistes refont surface de toute part sous les coups de butoir de la crise économique  générée par le capitalisme financier mondialisé. […] En ce début du 21ème siècle où l’Histoire devrait rappeler à certains les erreurs du siècle passé, rien n’y fait, la diffusion des idées nauséabondes refait son apparition à Berck.
Alors que les médias et la droite traditionnelle font le jeu du Front National, on assiste à la banalisation des idées d’extrême droite. Comme en 1933 et 1936, on constate la montée des idées fascistes permises par la diffusion de Mein Kampf dans une librairie berckoise.

Rien que ça, notre couple de libraires se retrouvent à eux seuls responsables d'une potentielle montée du fascisme en France.

Sous le masque de la liberté de presse, cette librairie s’autorise à vendre un ouvrage qui la condamne. Sous le masque de la liberté, cette librairie utilise les mêmes méthodes qu’Hitler en utilisant les arguments de la démocratie, de la république pour les retourner contre elles.[...]

Nous nous posons même la question de l’arrière-plan idéologique et politique des propriétaires de cette librairie.

Quand on accuse quelqu'un d'utiliser les mêmes méthodes qu'Hitler pour retourner les arguments de la démocratie et de la république contre elles, on peut éviter l'hypocrisie de faire semblant de se poser question sur son arrière-plan idéologique. Nous passerons bien volontiers sur la douce ironie qui consiste à voir les communistes jouer les vierges effarouchées devant la répression de la liberté d'expression sous le régime nazi à peu près aussi convaincante qu'une apologie du métissage dans la bouche d'un théoricien de l'inégalité des races.

Dans un premier temps, les responsables de la librairie ont campé sur leur position, rappelant que la vente de Mein Kampf est légale en France puis arguant qu'ils le vendaient principalement à des étudiants. Nous rajouterons que la lecture de « Mein Kampf » est régulièrement conseillée par les profs d'Histoire (bon courage, c'est indigeste et ça demande une sérieuse connaissance du background historique de l'époque) et redirons que le livre est disponible dans la plupart des librairies de France, dans les bibliothèques, disponible sur le net et en vente sur les sites de la Fnac, Amazon ou Gibert. Il n'y a rien d'exceptionnel ni d'idéologique dans le fait de trouver le livre dans les rayonnages.

Puis vinrent les médias, alertés comme il se doit par la ldh et le front de gauche. Presse écrite, journaux tv, site d'infos à l'échelon local, national et même chez nos voisins européens, Berck n'avait jamais été autant à l'honneur depuis Bienvenue chez les Chtis, élevant la maison de la presse « qui a pignon sur rue » au deuxième rang des monuments après le beffroi. « A berck, Mein Kampf se vend comme des petits pains » titre l'express.fr avant de rappeler par deux fois dans son article que « le livre se vend très bien ». Cette notion de mercantilisme revient dans la plupart des articles. Le Figaro relève « l'envolée » des ventes de mein Kampf dans cette librairie. Etonnamment, aucun chiffre ne sera jamais donné pour étayer cette soudaine passion des berckois pour le livre-programme d'oncle Addie. En illustration de son article, le Figaro, toujours, présente un rayonnage particulièrement bien fourni en Mein Kampf, le lecteur distrait pourrait en déduire que le magasin en fait véritablement son livre phare mais un regard plus attentif sur la photo permet de voir que les titres des rayons et des livres sur la photo ne sont pas en français mais en polonais.

Reproduction de la photo d'illustration de l'article du Figaro
De guerre lasse, fatigués de toute cette pression et de cet emballement, les patrons se plient enfin aux injonctions et retirent le livre des rayons. Une incroyable victoire pour le Front de Gauche et la LDH, alors que le livre est autorisé à la vente partout en France et sur l'internet, il n'est plus disponible dans la commune de Berck où, visiblement, une autre loi que celle de la République est en vigueur.

Les politiques français de tous bords confondus ont une véritable passion pour l'Histoire. La droite voulait il y a peu faire en sorte qu'on rappelle dans les livres scolaires, le rôle bénéfique de la colonisation. Avec les lois Gayssot et Taubira, la gauche avait déjà posé sa grosse patte velue sur la discipline. Dans aucun autre pays (on est sympa on ne compte pas la Corée du nord ou la Chine) l'expression et la recherche historique ne sont autant encadrées qu'en France. Qu'est ce qui peut bien pousser nos politiques à autant investir le champ historique ?

Les mauvaises langues répondront que c'est pour flatter leurs électorats respectifs (pied-noirs pour la droite, minorités visibles pour la gauche). Dans le cas du front de gauche il y aurait aussi une volonté d'empêcher une mise au même plan des crimes communistes et nazis, la criminalisation totale de l'un permettant de mieux passer sous silence les crimes de l'autre. Au KGB, Au CGB, nous savons qu'il n'en est rien. Ce qui pousse les politiques à encadrer la pensée historique c'est uniquement la recherche de votre bien. Après tout vous savez bien comment vous êtes, vous autres, infantiles et peu sujet à l'esprit critique. Il suffirait qu'on vous lache un peu la laisse pour que vous vous rouliez immédiatement sans arrière-pensée dans le populisme, le fascisme, les jacqueries et le meurtre de masse. Dans son livre Chien Blanc, l'écrivain Romain Gary écrivait qu'il évitait soigneusement de se trouver à portée d'un revolver après avoir ingurgité un whisky. Chez lui « l'alcool supprimant la laisse ». Et vous savez comment il a fini Romain Gary ? Méditez donc un peu sur ça avant de vouloir  raccourcir la vôtre.

Le travail de nos politiques mais aussi de nos journalistes est de nous protéger de nous-même. Grâce à la pédagogie. Plutôt que de vous faire un avis par vous-même, demandez donc à un militant du Front de Gauche ce qu'il faut en penser, ils ont la réponse adéquate à tous les sujets.
Cela ferait un bon concept dystopique ça, un monde où on irait chez le libraire/fonctionnaire d'Etat/commissaire politique qui seul a le droit de lire les livres et de vous dire ce qu'il est bon d'en penser. Son magasin se présenterait comme un bureau de tabac avec le mur de livres en remplacement des clopes derrière le comptoir, le libraire entre eux et vous. Bien sûr vous repartiriez sans le livre mais vous sauriez tout ce qu'il faut penser de l'auteur, du contenu de celui-ci. Même principe pour les visiteurs de bibliothèque, au lieu d'accéder directement aux livres, vous pourriez vous adresser à un fonctionnaire sinistre assis par ci par là, spécialisé dans un rayon donné et qui seul serait habilité à vous faire un résumé du bouquin que vous cherchez, plus ou moins détaillé selon votre besoin. Si vous êtes sympa, il veut bien vous en lire un extrait, mais pas plus. Bien entendu chaque recherche et demande serait soigneusement enregistrée. Cela sera bon et beau.

Un libraire autorisé par le Front de gauche
Mais revenons au présent. Le Front de Gauche et la LDH demandent l'interdiction de la vente de Mein Kampf pour la raison que celui-ci « banaliserait des idées nauséabondes ». Tiens donc, comme les chansons de Michel Sardou, les vannes de Patrick Sebastien et les positions politiques de Frigide Barjot ?
Il ya presque 20 ans, dans un sketch, les Guignols de l'info brocardaient « les 100 mots qu'on parle à TF1 ». Deux décennies plus tard, le problème semble toucher l'ensemble du personnel médiatico-politique, pas seulement les têtes d'affiche de la boîte à cons et le champ lexical semble s'être encore plus largement réduit. Stigmatiser, heures sombres, dérapages, bête immonde, ventre fécond, nauséabond, autant de mots valises absolument vides de contenu et d'échelle employés de façon pavlovienne, chargés de faire rentrer des concepts pauvres dans la tête des gens. Quand nauséabond s'applique aussi bien à la marque banania qu'à Jean-Luc Mélenchon traitant Moscovici de vendu à la finance internationale est-ce bien le qualificatif le plus à même de décrire un livre porteur des germes de la solution finale ? Dans un article du Figaro sur la série Dallas, c'est Jr et Sue Ellen qui « forment le duo le plus séduisant et le plus nauséabond de la série. »
A force de laideur, de facilité et de pauvreté intelectuelle, on se demande bien qui banalise quoi.

11 commentaires:

  1. En 2015, Mein Kampf tombera dans le domaine public. Le Front de Gauche a du souci à se faire. Mais au cas où le livre maudit serait réédité, un bandeau suffira pour avertir les lecteurs de la dangerosité du produit : LIRE TUE ou quelque chose de ce genre.

    Bientôt un «Mein Kampf» pour enfants?

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  2. « Dans aucun autre pays (on est sympa on ne compte pas la Corée du nord ou la Chine) l'expression et la recherche historique ne sont autant encadrées qu'en France. »

    Euh, non, c'est bien pire en Allemagne : http://en.wikipedia.org/wiki/Censorship_in_the_Federal_Republic_of_Germany .

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    1. Aïe ! J'aurais évidemment du être moins affirmatif dans cette phrase et préférer "peu" à "aucun". Mais comme je cherchais à élargir le sujet au-delà de l'exemple de Mein Kampf, j'ai oublié le fameux modèle allemand. Merci pour la précision.

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    2. Remarquez, le meilleur moyen de ne pas avoir de citoyens trop curieux sur l'histoire, c'est encore de leur enseigner l'ignorance : http://www.youtube.com/watch?v=SRkFDcX_72c (oui, le 4 juillet commémore l'indépendance des États-Unis par rapport à la Chine en 1976. Et ce sont des bien de chez nous, hein).

      On retombe sur le débat Orwell/Huxley/Bradbury, là...

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  3. Mein Kampf pour les bambins, mais il existe déjà en manga !
    http://mangafox.me/manga/mein_kampf/v01/c001/1.html

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  4. Excellent. Une coquille toutefois: on écrit MélEnchon et non MélAnchon!

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    1. Merci chez anonyme. C'est corrigé. J'avoue honteusement que je ne me suis pas relu, le texte doit être bourré de fautes en tout genre. D'avance pardon. Toutefois vous commettez vous-même une erreur : On n'écrit pas Mélenchon, non, on le scande !

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    2. Pas de quoi.

      Du reste, les arguments de l'Huma sont d'une stupidité toute communiste.

      "Sous le masque de la liberté de presse, cette librairie s’autorise à vendre un ouvrage qui la condamne. Sous le masque de la liberté, cette librairie utilise les mêmes méthodes qu’Hitler en utilisant les arguments de la démocratie, de la république pour les retourner contre elles.[...]"

      De quelles méthodes parlent-ils? La méthode Hitler, c'était "toi pas d'accord? Moi péter ton gueule!" et ce avant et après son arrivée au pouvoir. Certes, il a été élu, mais les nazis était avant tout des révolutionnaires. Le socialisme en chemise brune.

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  5. Petite précision : Berck est une commune du Pas-de-Calais. Rien à voir avec Bergues, commune du Nord, qui sert de décor à Bienvenue chez les Ch'tis. Certes, ces deux villes abritent toutes deux des consanguins alcoolos ayant un gout prononcé pour les jeunes enfants, mais à Bergues le niveau de lecture n'est pas si avancé. Excellent en tout cas. Merci.

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    1. Le film basé sur les mauvais sketchs de Dany Boon a été délocalisé à Bergues parce que Berck était trop moche. Mais le lien est là.

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  6. Tiens, j'ai un slogan pour nos aminches republicons


    '' fait ton devoir citoyen
    Dénonce ton voisin
    C'est pour son bien !''

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