17 juillet 2013

Debord à la dérive

« Suivant le progrès de l'accumulation des produits séparés et de la concentration du processus productif, l'unité et la communication deviennent l'attribut exclusif de la direction du système ».

Ou encore : « La division des tâches spectaculaires qui conserve la généralité de l'ordre existant, conserve principalement le pôle dominant de son développement ».

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C'est dans cette langue ouatée et « indigeste », aimerait-on dire si seulement on avait pu en ingurgiter un morceau, qu’est écrite l’œuvre phare de Guy Debord : La Société du Spectacle. Je sais pas vous, moi je peux pas.

Si je m’attendais… Des années que ce titre apparaît aux intersections d'autres lectures, que ce nom m’est soufflé et que je savais qu’il devait logiquement me plaire, et c’est un petit choc de découvrir qu’il ne parle pas du tout ma langue. Lui étais-je trop facilement acquis ? C’est en tout cas une surprise, sinon une déception. Il y a des auteurs que l’on a peut-être trop attendu pour lire, avec qui l’on a manqué son rendez-vous.

dérive paris

Ceci dit, certains écrits plus anciens (car ce sont en réalité les œuvres complètes que j'ai lues), la période de jeunesse avec Potlatch et l'Internationale lettriste notamment, ont un véritable intérêt.

Je retiens principalement l’approche psycho-géographique et sa théorie de la dérive : sous un abord urbanistique et scientifique, il s'agit d’explorer les villes sous un jour nouveau et d’en cartographier les « unités d’ambiance », c’est-à-dire de dessiner la géographie réelle des quartiers, indépendamment des formes que l’administration, le cadastre ou l’histoire ont pu leur donner. Une « unité d’ambiance », on l’imagine, tire son existence d’un ensemble associant un décor, une atmosphère de quartier, une ambiance sociale, des souvenirs… Et la dérive est la méthode de relevé topographique qui consiste à déambuler de façon plus ou moins aléatoire dans la ville pour répertorier ces îlots de vie caractéristiques, pour trouver les « passages » d’un quartier à l’autre... Il faut en réalité arriver au premier compte rendu de dérive pour s’apercevoir que, sous le vernis méthodique, cette nouvelle science revient principalement à errer dans Paris plus ou moins ivre avec ses compagnons.

Reste cette façon de se réapproprier l'espace (certes à moindre frais !), de renouveler son regard, par exemple à travers cette simple manie qu'ont trouvé Debord et ses amis, de rebaptiser les lieux parisiens en retirant la désignation « saint » à ceux qui en sont affublés. On se promène ainsi à travers le quartier Sulpice, le boulevard Michel ou Germain, la rue de la Montagne Geneviève ou encore la commune de Denis... et par cette simple astuce ces lieux reprennent un peu de leur mystère et de leur virginité.

2 commentaires:

  1. C est de la bombe la Seine Denis.... Pas comme ces bolosses de Cloud en banlieue ouest.

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