17 novembre 2018

Les vieux des magazines qui ont des dents blanches.


A en croire les chiffres, il semblerait que certaines personnes achètent encore ce qu’on appelle des magazines. Oui, aussi incroyable que cela paraisse, on peut trouver l’Obs, le Point, Paris-Match, l’Express etc. chez de simples particuliers comme vouzémoi, et pas seulement dans la salle d’attente du proctologue, leur milieu naturel. Ce phénomène touche heureusement à sa fin et s’il faut croire en quelque chose de beau en ce bas monde, c’est en la disparition de la presse que nous mettrons nos espoirs les plus fébriles.

7 novembre 2018

Le bizness de la commémoration





Nos ancêtres, les Héros

Position de départ : J'ai perdu 18 membres masculins de ma famille en 14-18. Sauf mon arrière grand-père maternel qui a fait quatre ans de guerre (une seule blessure) dans le régiment d'infanterie de Saint-Etienne, mais a perdu un poumon le 10 novembre 1918 en recevant une pluie d'obus à gaz sur la tronche, tandis qu'il se trouvait dans le no-man's-land entre les tranchées. Ma famille a aussi un combattant volontaire anarchiste internationaliste contre Franco et deux résistants communistes FTP (Maquis de Guillestre, réseau Ravel). Je n'en tire aucun mérite, je suis plutôt content de ne jamais avoir été précipité dans les choix décisifs qui furent les leurs. Ma grand-mère, lorsqu'elle a su que j'apprenais l'allemand m'a dit : "ça sera utile pour la prochaine guerre". Je suis marié avec une Allemande dont le grand-père était pilote de Junker-88 (Afrika-Korp et Russie, 11 ans prisonniers en Sibérie, il est revenu authentique communiste). On a des discussions de famille intéressante.

Ceci pour vous dire que je ne fais pas de pèlerinage sur la tombe de Pétain et que ma famille considère que tous ces amiraux étaient des bouchers, MAIS que patriotisme oblige, nous tenons notre place depuis des générations. On ne saura jamais ma capacité à faire de même, j'ai un putain de bol à vivre dans la médiocrité émolliente de notre époque.

Je me rappelle que mes ancêtres refusaient absolument d'aller aux cérémonies commémoratives où ils apercevaient régulièrement des "planqués", style Mitterrand locaux, qui en rajoutaient dans le pathos emphatique, puis peu à peu dans la victimisation.Aujourd'hui, une commémoration sert surtout à tenter de donner au Président de la République une "aura" de chef, une perspective historique qui l'éloignerait de la ringardise et de son incapacité à régler les problèmes pendants - chômage, insécurité ou terrorisme. C'est même une loi : plus un Président est bas dans les sondages, plus il commémore, avançant l'air grave et en manteau noir (toujours), d'un pas martial, passant en revue les vétérans. Commémorer est un bizness avec ses règles. Surtout si on est un Président médiocre.

De nos jours, c'est facile de juger nos Anciens. Ou de les méjuger. Ainsi, cette volonté de faire des troupes coloniales les vraies victimes de la guerre, quand les Français de souche européenne (je fais exprès d'employer ce terme, et putain je l'assume) auraient été relativement des planqués. Dans les faits, il semble que les troupes coloniales n'étaient pas très performantes - on dira pudiquement à cause des conditions climatiques, voire d'un manque compréhensible de motivation, voire d'une inaptitude à l'anthropologie française du combat (entre hiérarchie, solidarité sacrificielle et simplicité réservée devant les aléas de la vie). J'ai entendu mon arrière-grand-père maudire les tirailleurs sénégalais qui avaient la charge de pousser à la baïonnette les Français qui auraient hésité à avancer.

Aujourd'hui, la commémoration, c'est l'alibi des médiocres et des lâches. Encore plus qu'hier. Une sorte de terrain de chasse pour lobby, l'expression d'intérêts particulier. Mais, curieusement, nous n'avons pas entendu les LGBT la ramener pour exiger un devoir de mémoire envers les poilus gays... Je pense aussi que la "diversité visible" s'en bat les couilles.

De quel droit ne devrait-on pas saluer la mémoire de Pétain le soldat, qui prit tout de même une part éminente à la victoire de 1918 ? En vertu de quoi devrions-nous être manichéens devant l'Histoire ? Parce que l'Histoire est faite par les vainqueurs ? Oui, certes. Pétain a perdu en 1944, tant pis pour lui, c'est la grandeur et la tragédie d'un soldat, un aléas de carrière. Poubelle. Mais je ne crois pas au concept de salaud absolu, car le monde est compliqué, la vie est compliquée, l'Histoire est compliquée. Et surtout surtout surtout : j'interdis à quiconque le droit de me dire ce que je dois commémorer. C'est ma petite résistance bien peinarde et tranquille au regard de la celle de mes ancêtres.

Pour le reste, vive Maurice Genevoix ! C'est notre Ernst Jünger, un Ernst Jünger paysan, plein de compassion pour ses poilus parlant le patois. Lisez-le, bon sang ! Au lieu de lire des conneries... Cela vous fera une commémoration profonde comme la plaine du champ de bataille de la Marne, une mystique patriotique et belle. Je me refuse à cracher sur la Panthéonisation, même si on a du mérite. Amen.



6 novembre 2018

Nos chers amis journalistes et les fake news





Radio France ment !

La clameur indignée des journalistes officiels à l'encontre des fake news est une manifestation corporatiste d'un autre âge. Ils nous disent : "Nous prétendons être les seuls à vous dire la Vérité" et il faut comprendre "bourrer le mou". Leur vérité, en effet, ne saurait être la notre.

4 novembre 2018

Anatomie de mes pairs




« More of your conversation would infect my brain »

- Corolianus


« Moi j’aime cette ville tu vois, ici on est au centre de l’Europe plurielle, c'est super… » déclare ma collègue ce matin, au détour impromptu d’un soliloque sur les meilleures néo-cantines tendances de Bruxelles, et cette phrase, quoiqu’apparemment sans lien avec le thème général de la conversation qu’elle tient ce matin avec ses collègues (c’est-à-dire avec personne), suffit à me faire plonger le nez vers mon ordinateur, dans une tentative désespérée pour étouffer la soudaine attaque de névralgie dont je suis victime.

Une Europe plurielle, proclamée de grand lundi matin ! une Europe plurielle (pas plurielle d’Alsaciens et de Moraves, entend bien), c’est l’évidence pour ma toute bourgeoise collègue experte en bars à cocktails néo-urbains et néo-cantines éthiopiennes pour brunch dominical à quarante boulons l’assiette ; bien sapée ma collègue, coiffée, boucles d’oreilles nacrées et chaussures ballerines à talon plat, on sent la bonne éducation, les leçons de piano, enfin tout du moins la possibilité d’un instrument de musique, un poney peut-être, des après-midi au manège, une grande maison bruxelloise, des hauts plafonds, des livres, peu lus mais enfin présents, les classiques, les chefs d’œuvre, les fleurons d’une culture européenne bien secouée, vivante et croisée certes mais pour le coup pas du tout « plurielle », pas du tout métissée au sens où l’imbécillité commune l’entend.

« Une Europe plurielle », voilà ce que annonce doctement ma collègue, ce matin, à la cantonade (toute conversation de machine à café est une opération de relations publiques), à qui veut bien l’entendre, aux convaincus et aux indifférents (et à un gros rageux clandestinement brûlant de haine, crispé comme un extravagant sur l’écran de son ordinateur). Le métissage ! réclamé et attendu comme un viol collectif consentant par ma blanche bourgeoise collègue, toute rose Sainte-Geneviève souriante à pénétrations hunniques, ma toute rose et absolument pas métissée collègue, si rose, si adorablement porceline qu’en comparaison je fais figure de sombre siculo-slave – dans son arbre généalogique, que des Flamands sans doute, quelques grands bourgeois français peut-être, en tout cas rien au sud de la Loire, pas grand-chose à l’est du Rhin, bref une souche extraordinairement celto-germanique, pas le moindre soupçon d’extranéité. Son mari, qu’il m’a été donné d’apercevoir lors d’un sinistre after-work aux limites de la folie nerveuse (les Partners se déhanchaient en chemise blanche et déboutonnée – on reprenait en chœur des « tubes » – les lumières mauves me vrillaient les yeux dans ce bar karaoké vestibule de l’enfer), son mari, donc, aussi blanc et lisse qu’elle, et leurs enfants des parangons de nitescence et d’aveuglante blondeur – mais baste ! il faut pluraliser !

3 novembre 2018

Jean-Louis Barrault parle aux enfants


Si vous vivez en France depuis au moins dix ans, vous ne pouvez pas ignorer les injonctions médiatico éducativo publicitaires dominantes. Celles-ci se résument finalement à peu de chose, quelques principes déguisés en slogans, si ce n’est l’inverse : sortez des sentiers battus, soyez vous-même, soyez ouvert, et bla bla, et bla bla. Ce type d’attitude s’entend dans un monde où quelques principes ne se discutent plus : l’ouverture est positive tandis que la fermeture ne l’est pas ; l’altérité est un bien, l’identité ne l’est pas ; ce qui vient de loin est toujours mieux que ce qui pousse ici ; l’inhabituel l’emporte sur la routine, le spontané sur le pondéré, ce qui est mouvant sur le statique. Dans cette collection de clichés pour classes de CM2, je propose aujourd’hui d’expérimenter de l’inhabituel, de tâter de l’altérité radicale, de faire bouger les lignes de la routine quotidienne. Oui, avec cette vidéo de 10 minutes, j’avoue céder aux injonctions modernistes : vous y verrez ce qu’on ne voit plus, y entendrez une langue exotique, y devinerez une culture qui n’a aucun rapport avec la nôtre. Vous en sortirez, nom de Dieu, des sentiers battus ! Vous voulez du dépaysement ? En voici.

2 novembre 2018

Balzac passe à table

Peinture d'un rade parisien par Balzac dans Illusions perdues :

Flicoteaux est un nom inscrit dans bien des mémoires. Il est peu d'étudiants logés au Quartier Latin pendant les douze années de la Restauration qui n'aient fréquenté ce temple de la faim et de la misère. Le dîner, composé de trois plats, coûtait dix-huit sous, avec un carafon de vin ou une bouteille de bière (...). Bien des gloires ont eu Flicoteaux pour père nourricier. 
Certes le coeur de plus d'un homme célèbre doit éprouver les jouissances de mille souvenirs indicibles à l'aspect de la devanture à petits carreaux donnant sur la place de la Sorbonne et sur la rue Neuve-de-Richelieu, (...) ces teintes brunes, cet air ancien et respectable qui annonçait un profond dédain pour le charlatanisme des dehors, espèce d'annonce faite pour les yeux aux dépens du ventre par presque tous les restaurateurs d'aujourd'hui. Au lieu de ces tas de gibiers empaillés destinés à ne pas cuire (...), au lieu de ces primeurs exposées en de fallacieux étalages (...), l'honnête Flicoteaux exposait des saladiers ornés de maint raccommodages où des tas de pruneaux cuits réjouissaient le regard du consommateur (...). Les pains de six livres, coupés en quatre tronçons, rassuraient sur la promesse du pain à discrétion. (...) 
Flicoteaux subsiste, il vivra tant que les étudiants voudront vivre. On y mange, rien de moins, rien de plus (...). Chacun en sort promptement. Au-dedans, les mouvements intérieurs sont rapides. Les garçons y vont et viennent sans flâner, ils sont tous utiles, tous nécessaires. Les mets sont peu variés. La pomme de terre y est éternelle (...). Les côtes de mouton, les filets de boeuf, sont à la carte de cet établissement des mets extraordinaires qui exigent la commande dès le matin. Là, tout est en rapport avec les vicissitudes de l'agriculture et les caprices des saisons françaises. On y apprend des choses dont ne se doutent pas les riches, les oisifs, les indifférents aux phases de la nature. L'étudiant parqué dans le Quartier Latin y a la connaissance la plus exacte des Temps : il sait quand les haricots et les petits pois réussissent, quand la Halle regorge de choux, quelle salade y abonde et si la betterave a manqué. (...) Peu de restaurants parisiens offrent un si beau spectacle. Là vous ne trouvez que jeunesse et foi, que misère gaiement supportée, quoique cependant les visages ardents et graves, sombres et inquiets n'y manquent pas. Les costumes sont généralement négligés. Aussi, remarque-t-on les habitués qui viennent bien mis. Chacun sait que cette tenue extraordinaire signifie : maîtresse attendue, partie de spectacle ou visite dans les sphères supérieures. (...) 
Ceux qui ont cultivé Flicoteaux peuvent se rappeler plusieurs personnages sombres et mystérieux, enveloppés dans les brumes de la plus froide misère, qui ont pu dîner là pendant deux ans, et disparaître sans qu'aucune lumière ait éclairé ces farfadets parisiens aux yeux des plus curieux habitués. Les amitiés ébauchées chez Flicoteaux se scellaient dans les cafés voisins, aux flammes d'un punch liquoreux ou à la chaleur d'une demi-tasse de café bénie par un gloria quelconque.


31 octobre 2018

Les GLGQTAPAF.


Il y a des livres qu’on apprécie, et des livres qu’on dévore. Il y aussi des livres qui nous tombent des mains. Il y a des conneries bien faites, des livres de pure consommation cependant séduisants, des livres imbitables. Il y a des livres très difficiles qui réclament une lecture obstinée et des livres géniaux qui nous emportent sans effort. Il est bien connu qu’il y a des livres célèbres que personne n’a jamais lus. Il y a aussi des grands livres que tu attaques avec ferveur mais que tu ne peux pas terminer. Ils tombent des mains les plus favorables. Ce sont les Grands livres géniaux que t’arrives pas à finir (GLGQTAPAF).

Marvel annonce la toute première héroïne musulmane au cinéma. Son pouvoir :