17 avril 2019

Notre-Dame qui es aux cieux


Le lumière tout au bout du tunnel

Notre-Dame qui es aux cieux.
Que ton nom soit sanctifié.

#15Avril2019 : Paris brûle-t-elle ?
#16Avril2019 : oui, Notre-Dame de Paris est en cendres.

Les souvenirs font comme des poussières qui retournent à la poussière. D’étoiles. Stardust to dust.

Il y a 4 mois encore. J’y étais.
Épris de malaise. Pris dans la nasse de la masse.
Cerné par les visiteurs, les employés de sécurité, les touristes.
Leur tourbillon hallucinant.

11 avril 2019

Deux heures moins le quart avant Julia-Christ


Nous vivons, en dépit des apparences, en des temps très chrétiens. Emmanuel Todd avait parlé de “catholiques zombies” pour dénommer la France Charlie des allumeurs de cierges, au moment des attentats de 2015. Antoine Leiris avait été leur Paul de Tarse, en quelque sorte : dès le lendemain du massacre du Bataclan dans lequel il avait perdu sa femme, il s’était emparé de son bâton de pèlerin sans se décourager, pour porter la Bonne parole : “Vous n’aurez pas ma haine”. Depuis, les cas miraculeux se sont multipliés comme des petits pains. Pas un attentat islamiste sans qu’un survivant ou un proche accède à la Paix intérieure express devant les micros de BFM. Le Pardon.

Dernière incarnation christique en date : “Julia”, transsexuel parisien pris à partie en plein jour, place de la République, par la foule algérienne qui protestait contre Bouteflika. Dérangé par son apparence, un attroupement lui bloque le passage, on lui jette de la bière, on le gifle, un homme exhibe son sexe devant lui en lui demandant une gâterie... Le transsexuel essaie de rebrousser chemin, on commence à le frapper, une brigade de la RATP a tout juste le temps de l'exfiltrer pour éviter le lynchage...

Le lendemain, "Julia” témoigne sur toutes les chaînes. Non pour accabler ses agresseurs et condamner l'homophobie, mais pour transmettre un message de tolérance : “Je suis comme je suis, et ces personnes également”. Cela n’a rien à voir avec leurs drapeaux, rien à voir avec leur religion ou leur culture, rien à voir avec les agresseurs, bien au contraire ! Ce ne sont pas des homophobes, ce sont simplement “des personnes ignorantes”. Pardonnez-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. Vous, depuis votre canapé, étiez déjà parti en besogne à la vue des images de la vidéo, mais Julia, elle, parvient à surmonter, en plus du traumatisme de l'agression, la facilité des évidences. Elle pardonne. Mieux : elle perçoit la fraternité de sa condition avec celle des persécuteurs. Il n'y a qu'une chose qu’elle “n’accepte pas”, ce sont les messages de soutien de personnes nauséabondes qu’elle a reçus.

7 avril 2019

Anglophobie de bon aloi

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Si les Français parlent si mal anglais, ce n’est pas pour des raisons de grammaire ou de phonétique insurmontables, c’est qu’ils y mettent toute leur mauvaise volonté : celle du vaincu orgueilleux regrettant que sa langue se soit fait damer le pion.

C’est malheureusement un scrupule qui se perd : le mental des jeunes générations est bientôt entièrement colonisé, et d’ici vingt ans nous ferons tous d’excellents petits anglophones, plus vrais que nature. J’en développe une affection renforcée pour l’attitude obtuse de mon oncle, un ingénieur à la retraite, vieille école, qui mène à son échelle une lutte quotidienne et pittoresque contre l’anglais. 

Je le vois encore me montrer avec une satisfaction enfantine le trait au marqueur qu’il avait fait sur ses nouvelles chaussures, pour cacher une minuscule étiquette de tissu de quelques millimètres aux couleurs de l’Union Jack. C'était un modèle Reebok très sobre en cuir noir dont ce drapeau réduit au minimum était la seule expression de la marque. Mais mon oncle ignorait ce que c'était que "Reebok”. Il avait choisi ces chaussures par hasard, pour leur confort et leur discrétion, et ne voyait pas ce que l'étendard britannique venait faire là ni pourquoi il devait promouvoir la perfide Albion à chaque fois qu’il marcherait dans la rue. Très content de son coup, cet homme de 65 ou 70 ans, habituellement sérieux et raisonnable, croyait saboter ainsi une intrusion ennemie. 

29 mars 2019

Les détourneurs d'objets


En ces temps de bouleversement des mœurs et des coutumes, en cette époque d’incertitudes où tout ce qu’on croyait solide s’effrite, où tout repère est suspect de péremption, où les grandes puissances elles-mêmes sont contraintes de jouer aux chaises musicales, il est réconfortant de penser rien ne pourra jamais faire disparaître ni les imbéciles, ni le mauvais goût. On a les amarres qu’on peut. Cette semaine, je vous propose donc de détester une catégorie d’imbéciles qui se distinguent par leur mauvais goût : les détourneurs d’objets.

28 mars 2019

Ma vie est une sitcom et le réalisateur est bourré.



Je veux revoir ma Normandie.
 
Lors d’une marche en Mazurie, j’étais tombé dans des marécages. Couvert de boue, je courus me réfugier dans une ferme voisine. Un grand type maigre d’environ 70 ans m’avait ouvert. Avec le tact du touriste, je lui demande : « speak english ? ». Ce à quoi il répondit lapidairement : « Nein, aber ich spreche Deutsch ». J’étais tombé sur le dernier des Prussiens, sur un de ces hommes sobre en humour et amateur de viande fumé, survivant des soudards russes venus venger les villages en flammes de Biélorussie. Il m’ouvrit sa porte et me permit de prendre une douche, me sauvant la vie au passage en évitant à quelques tiques bien grasses de se sédentariser sur mon scrotum.

A mon retour dans le monde civilisé, celui des cafés Starbucks et des manifestations véganes, j’ai pris l’habitude d’écrire une fois par an à ce fermier, pour Noël. Me voilà donc au bureau de Poste le plus proche pour faire affranchir mon envoi. Je demande de jolis timbres, histoire d'éviter la Marianne-FEMEN. La guichetière cherche rapidement dans son classeur, où se trouvent des espèces de bouses, genre peintures d'art contemporain sorties de l'atelier « main dans la gouache » de l'école maternelle Léon Blum. 

Alors que les pages défilent, je tilte sur une image : « Attendez, attendez, c'est quoi ça ? Un timbre Normandie-Niémen?! ». Effectivement, j'ai eu l’œil vif : un très beau timbre en hommage aux aviateurs français qui ont combattu sur le front de l'Est, dans les rangs de l'Armée rouge. La dame m'explique : « Ah oui, celui-là ? Je ne vous l'ai pas proposé, les gens n'en veulent pas, c'est sur la guerre, ça ne plaît pas ». Evidemment, je me dépêche d'acheter ces timbres et d'expédier la lettre. En rentrant chez moi, je repense à la réponse de la postière. 

Alors, on en est là. La guerre c'est mal. Peu importe qui, quand, comment, pourquoi. C'est le mal, ya pas à chercher. Les armes, c'est mal. Ca tue. C'est la seule réflexion que se font mes contemporains à ce sujet. Pour eux, le monde ne devrait être qu'une grande ronde de l'amitié où « Imagine » de John Lennon passerait en boucle. 

La civilisation, les libertés, l'abondance paisible de notre pays sont les fruits du hasard, et non des efforts, de la sueur et du sang de ceux qui nous ont précédés. C'est très curieux, vraiment. Que nous en arrivions à ignorer et mépriser notre passé de cette façon. 

Mes contemporains ne semblent plus capables de conceptualiser quoi que ce soit qui ne leur soit pas arrivé personnellement il y a moins de 48 heures. Les gens sans histoires sont devenus des gens sans Histoire. Ou bien ils se contentent de poncifs du genre : le soleil ne se levait plus pendant l'Occupation, et il pleuvait tout le temps au Moyen-Age. Bon sang, quelle époque horrible.
Et c'est là que je pose la vraie question : était-ce une bonne idée d'envoyer une lettre à un Prussien avec un timbre Normandie-Niémen ?

« Le véritable exil n'est pas d'être arraché de son pays ; c'est d'y vivre et de n'y plus rien trouver de ce qui le faisait aimer ». Edgar Quinet.

Fermiers prussiens partant en pique-nique.

27 mars 2019

Journal d’un pèlerin de campagne.




Evangélisation dans ta face.
                                                 
Pour apaiser sa conscience en ces temps troublés, l'homme moderne a recours au yoga, aux chakras et à la cuisine sans gluten. Bref, au New-Age. Je lui recommande toutefois une expérience Old-Age : le pèlerinage. Et s'il fait le pari de partir sans argent, alors là, il est carrément dans le Medieval-Age, ça donne des points bonus côté énergie positive.

Figurez-vous que je me trouvais précisément dans cette situation de pèlerin-mendiant, par une chaude journée de septembre, aux alentours de Nevers. Ecrasé par la chaleur, je m’étais assis à l’ombre, sur un perron dans un petit village désert. Au bout d’un moment, un vieux était sorti de sa maison pour me proposer une citronnade et on avait taillé le bout de gras. J’avais prévu de m’arrêter dans une petite ville, à 15km de là, et je lui demande s’il y a un curé là-bas. « Ouais, tu vas voir, c’est un Noir ! Un mec super, il va t’inviter à boire un coup ! ». Je m’étonnais de cet enthousiasme, les séries de France 2 m’ayant appris que les Français ruraux sont des racistes invétérés. Mais je reprenais ma route ragaillardi par la perspective d’un curé accueillant à l’arrivée.