27 février 2010

Dégagements mécontemporains


Le CGB ne désire bien sûr pas encourager la pulsion d'achat à la FNAC, mais nous devons vous signaler quelques sorties intéressantes pour les mécontemporains que vous êtes.

En premier lieu, le prochain Benoit Duteurtre "Le retour du Général" sorte de fable qui imagine le retour de la figure héroïque au sein de notre époque hypermoderne. Puis le vrai faux journal de Régis Debray "Dégagements" ou la somme des articles de Régilait dans sa revue Médium.

Pour vous faire patienter, voici ci-joint une récente entrevue avec la Christine Bravo de la réacosphère ("non, mais quand même... faudrait arrêter de se foutre de la gueule du monde") et le détenteur de la laisse d'or, Christophe Ono-dit-Biot.



Debray : « Le monde nouveau n'est pas le mien »
Dans « Dégagements » (à paraître le 4 mars chez Gallimard), Régis Debray rassemble les éléments de son journal de bord. Lumineux.

Propos recueillis par Elisabeth Lévy et Christophe Ono-Dit-Biot


«Que pensez-vous de mes Lénine qui sentent bon ? » De la malice dans le regard, Régis Debray désigne sur la cheminée une demi-douzaine de bougies, de toutes les tailles et de toutes les couleurs, reproduisant parfaitement le buste du révolutionnaire russe. Une mèche surgit de son crâne lisse. Parfum de cire prête à fondre. Que reste-t-il des idoles ? Que valent celles que le monde nouveau enfante ? Le normalien compagnon du Che, ex-sherpa de Mitterrand, y répond à sa façon dans son nouveau livre, « Dégagements », recueil d'articles parus dans Médium, la revue-samizdat de la médiologie, cette science du futile dont Debray est le fondateur et le gourou. Guéri du virus politique, Debray n'est ni un prophète ni un imprécateur. Du monde qui vient, il préfère s'amuser que s'indigner. Ses textes courts, lumineux, à combustion rapide, survolent l'époque tels des drones qui seraient armés d'humour, de littérature, de curiosité et d'appétit pour le vivant. Des souterrains du Louvre à la série « Urgences », des camps birmano-thaïs pour femmes girafes à la Factory de Warhol, on y apprend que Paul Valéry a prévu Ben Laden, que Malraux était antiécologiste et que, dans une ère confite dans l'auto-idolâtrie, il convient d'inverser le principe cartésien et de proclamer « Je suis, donc je pense ». Les formules fusent, l'intelligence crépite : un écrivain est à la manoeuvre, et lui, il ne sent pas la cire.

Le Point : On s'attend presque à voir en bas de votre immeuble une plaque portant l'inscription « Régis Debray, médiologue ». C'est quoi, la médiologie ?


Régis Debray : La provocation médiologique est simple : les vecteurs avant les valeurs. L'inverse est farce.

La valeur argent, elle, est devenue le critère de tout, et les hiérarchies de l'intelligence ont cédé la place à celles de la notoriété : en vous lisant, on se dit que tout fout le camp. Vous récusez pourtant tout passéisme. Un peu contradictoire, non ?


L'envahissement par l'image et l'argent, soit le show-biz généralisé, peut faire grincer ou pleurer. Je préfère le sourire en coin. Je ne décrie rien, je décris avec curiosité. Je constate simplement que le monde nouveau n'est pas le mien. Sans comptes à régler, j'éprouve même une certaine gaieté à observer la pièce aux cent actes divers. L'humour, la politesse du désespoir, vous connaissez.

Vous bottez en touche ! La réalité, c'est que les gens de l'écrit sont des dinosaures. Et vous savez comment ça finit...

Certes. Le livre a perdu son aura, les écrivains rentrent dans l'ombre, sans prise sur l'émotion collective. Etre, à présent, c'est être vu. C'est la caméra qui donne la visibilité sociale, après quoi on est bon pour l'influence, et même pour un ministère. Le système création-édition-critique-médias est devenu un mécanisme d'autocongratulations qui fonctionne en circuit fermé. Quant à nos acteurs, sportifs, chansonniers, animateurs, ils ont la légitimité. Quand Sarkozy pose à côté de son pote Johnny, le patron, c'est Johnny. Il met négligemment la main sur l'épaule de Nicolas. La politique est devenue une filiale parmi d'autres du show-biz. Comme la philosophie, ou ce qui passe pour tel, et le football. Ils font la paire en public et se mettent en ménage dans le privé. Mauvais temps pour les mots.« Casse-toi, pauvre con ! » Ceux qui aiment déguster des mots plutôt que déglutir de l'info vont survivre, loin des best-sellers, hors marché, dans des îlots ou des monastères, peut-être dans quelques grandes écoles si celles-ci ne disparaissent pas entre-temps. Mais les Voltaire et les Victor Hugo, dans l'Occident postindustriel, sont technologiquement condamnés. L'intello classique n'est plus fonctionnel.

Quelle serait sa définition ?

A la différence du savant et de l'artiste, l'intellectuel avait un projet d'influence. Rendant publique son opinion privée sur le cours des choses, il entendait gouverner les esprits. En ce sens, il était l'héritier sécularisé du prédicateur. L'ennui, c'est qu'aujourd'hui le coût de l'influence sociale est devenu prohibitif. Il faut battre l'estrade avec des slogans, et toujours dans le sens du poil majoritaire. Aussi va-t-on voir revenir le lettré et l'érudit au sens quasi apolitique du mot.

Vous apolitique, c'est nouveau...

Je n'ai plus de projet d'influence ou d'incidence quelconque sur le cours des choses. Trouver l'angle juste me suffit. Aujourd'hui, le scribe autopropulsé a deux façons d'intervenir dans les affaires publiques : soit il vend de la colère, soit il fournit de l'espoir. Les nouveaux philosophes produisent de l'indignation au rythme de l'actualité en désignant au bon bourgeois le méchant du jour - le totalitaire, le franchouillard, l'islamo-fasciste, etc. Je préfère l'espèce prometteuse, qui nous fixe un point oméga à atteindre. Ils sont moins vulgaires et plus exigeants, mais je n'en suis pas. Je n'ai pas de solution miracle dans ma besace.

Peut-être avez-vous fait le deuil de ce que vous appelez « les trois défunts pathétiques », autrement dit de la Politique, du Progrès et de l'Histoire, et, pour le dire clairement, celui du marxisme. Mais, à en juger par le succès de Badiou, ce n'est pas le cas de tout le monde.

En 1844, Marx pensait qu'il fallait cesser d'interpréter le monde pour le transformer. En 2010, le marxiste fait le chemin inverse. Il remonte sur les hauteurs philosophiques pour respirer l'air pur du concept. Le médiologue reste fidèle au grand Marx puisqu'il s'occupe des moyens de faire entrer l'idée dans le réel, des voies et moyens de l'incarnation concrète. On ne transforme pas le monde si on ne s'occupe pas de le connaître, si on ne se mêle pas de démographie, d'économie, de géographie, de technologie. Mon excellent ami Badiou est un platonicien, un mathématicien. Moi, je côtoie les pâquerettes. C'est plus modeste. Ne croyant plus trop dans les belles totalités, je fais dans le détail, le fragment, l'éclat. C'est pourquoi je me sens assez proche d'un Walter Benjamin.

Le rôle de l'intellectuel n'est-il pas, dans cette configuration, de produire de l'intelligibilité, de dévoiler la comédie, comme disait Balzac ?

J'estime avoir fait mon travail lorsque j'ai éclairé des zones d'ombre, comme la religion, raccordé des champs, proposé des outils de compréhension, en général pour expliquer pourquoi ça ne marche pas et pourquoi ça ne marchera pas beaucoup mieux demain. Mais je n'appelle personne à la conversion. Entre la tour d'ivoire et la course de vitesse avec l'actu, j'espère trouver une troisième voie, que j'appelle le dégagement ou le regard en biais. Je n'ai plus le virus politique, mais je garde un penchant pour les collectifs : j'aime la bande, la revue, la conspiration, le commando. C'est un trait de gauche. On ne se refait pas.

Pardonnez-nous d'insister : ironique ou nostalgique ? Vous observez que nous sommes passés de l'ère de Normale sup à celle de l'Ena. En réalité, nous sommes entrés dans celle de Sup de co, ou plutôt de la Harvard Business School. Il n'y a pas de quoi pavoiser...


La fin d'un monde n'est pas la fin du monde. Nous perdons certaines compétences, nous en gagnerons d'autres. Le latin-grec s'en va, mais « Avatar » arrive. C'est une merveilleuse fable qui dit l'essentiel du moment : condamnation de l'arrogance technique, rêve de douceur, fusion avec la nature, retour aux sources, tout y est. Au passage, cela montre que l'empire américain a de beaux jours devant lui, car il est le seul à pouvoir produire aujourd'hui un grand récit planétaire, capable de toucher toutes les générations de tous les pays, Chine comprise. Cameron parle au monde en 3D comme Victor Hugo le faisait avec « Les misérables ».

Pourquoi de jeunes habitants des mégalopoles modernes, qui ne connaissent rien au chamanisme, et chez qui parfois tout arbre a disparu, sont-ils concernés par « Avatar » ?


Question d'équilibre : plus tu te modernises par les mains, plus tu as besoin de t'archaïser par la tête. C'est sur ce couple de forces que repose la grande vague écologiste. C'est dans la Silicon Valley que les chamans prospèrent. L'archaïsme, c'est ce qui est non pas derrière, mais devant nous.

Dans votre bouche, « archaïsme » n'est pas nécessairement péjoratif. La quête des origines, vous l'avez aussi repérée dans cette révolution que vous avez tant aimée...


Une révolution, c'est la résurrection des corps. Lénine veut faire mieux que la Commune, les communards que les quarante-huitards, 1848 imite 1789, Saint-Just rivalise avec Sparte ; le sous-commandant Marcos se rêve en Zapata. Les gens libérés de toute nostalgie, contents du présent et ne rêvant que de moderniser sont des conservateurs. Les révolutionnaires, ce sont ceux qui ont la chance de n'être pas dans le coup ni tout à fait de leur temps.

Vous avez conservé une inaltérable tendresse pour cette vieille maîtresse.


L'ère des révolutions, au sens Lénine ou Robespierre du mot, est passée. Je ne sais si c'est un bien pour l'humanité, ce n'en est pas un pour les philosophes, puisqu'une révolution, c'est en son fond un triomphe de l'idée sur le fait. Comme disait un révolutionnaire de 1789, l'Histoire n'est pas notre code. Il y a un pacte bimillénaire entre les philosophes et l'idée de révolution, à bien distinguer de la révolte ou de l'émeute. La révolution, c'est du discursif ; l'émeute, du viscéral. C'est pourquoi les révoltés finissent mal sous les révolutions.

Mais l'Histoire se venge, et la géographie aussi. Vous semblez penser que le marxisme universaliste a échoué par incapacité à s'ancrer dans les réalités et les histoires locales et nationales. « La guérilla du Che a échoué pour n'avoir pas été assez précolombienne », écrivez-vous...

Le radical en Bolivie, c'est la racine inca, aymara ou quechua. En bons progressistes, l'enracinement dans la longue durée des hauts plateaux n'était pas notre problème. Le grand retour indigéniste auquel nous assistons à travers quelqu'un comme Evo Morales est bien une revanche de la mémoire sur les tables rases du futurisme occidental. Toutes les révolutions socialistes sont des nationalismes. Mao commence pour de bon avec l'attaque du Japon. Pourquoi les talibans sont-ils forts ? Parce qu'ils sont chez eux envahis par des étrangers, infidèles de surcroît. On ne gagne pas contre une civilisation.

Le communisme, c'est fini ! proclamiez-vous en 1984. La seule question qui compte, c'est l'islam. Nous y sommes.

A l'époque, cela n'était pas audible. Et j'avais annoncé que l'intégrisme ne viendrait pas de la campagne mais de la ville, par le biais des sciences et des techniques. Plus tu avances, plus tu recules. Quand tu es dépersonnalisé par les chiffres et les machines, tu retrouves tes marques en affichant tes ancêtres. La seule chose que l'Occident n'a pas pu briser en Orient, c'est l'islam - voir l'Algérie, voir l'Irak, voir l'Afghanistan. Ce que le colon ne peut pas te prendre, c'est ta façon de manger et de t'habiller, une langue, un calendrier, le noyau dur. C'est la barricade identitaire.

Reste qu'on est loin de l'Occident triomphant de Fukuyama.

Tant mieux. En 2025, le PIB de la Chine sera supérieur à celui des Etats-Unis, le reste est pipeau. Le problème, c'est l'évanouissement de l'Europe comme alternative. Voyez l'obamania de nos provinces. Faire d'un patriote américain juste milieu un bon Européen de gauche relève d'une incroyable perte de sens historique. Et géographique. Nous n'avons même plus la force de produire nos propres champions. On s'enamoure en midinette. On dirait qu'en vieillissant l'Europe n'est plus que fleur bleue. Elle regarde l'Oncle d'Amérique en prince charmant, lequel regarde ailleurs, là où les choses se passent : Asie et Pacifique.

Vous vous dites de gauche tout en admettant que le clivage droite/gauche n'a plus guère de sens. Etes-vous tiraillé entre vos affects et votre lucidité ?


Le clivage reste, mais il est sociologique ou folklorique, au bon sens du mot. Quant aux idées et aux valeurs, allez vous y reconnaître. De 1789 à 1968, nous avons vécu l'Histoire comme passion, dans le romanesque politique. Nous voilà revenus à la nature et aux grandes peurs d'antan. La gauche aura du mal à survivre à cette croyance dans l'action politique comme accomplissement suprême. Qui eût dit que le patron du FMI, installé à New York, serait un jour la vedette de la gauche française ? Il y a vingt ans, on pouvait reconnaître un homme de droite à sa cravate, à sa boutonnière et à sa coupe bien nette. Aujourd'hui, le casual wear et la barbe de trois jours font uniforme commun. En face de quoi vous pouvez me définir comme un conservateur de gauche, tiers-mondiste vieux jeu, voire gaulliste d'extrême gauche. Cela m'indiffère.

Faut-il en conclure que, comme François Hollande, vous n'aimez pas les riches ? Etes-vous en train de désigner les nouveaux ennemis du peuple ?


D'abord, je n'ai jamais employé ce vocabulaire. Ensuite, mon livre parle de tout autre chose : peinture, musique, cinéma. Marcel Proust et Ken Loach. Pour le reste, oui, ma sensibilité est du côté des inconnus, des faibles, des occupés. Haïtiens, Palestiniens, Latinos. Même si je connais la capacité des opprimés à devenir des oppresseurs. Les anciens détenus font d'excellents geôliers. Ce n'est pas une raison pour les laisser pourrir en taule.

En attendant, vous admettez vous-même que la gauche est souvent ennuyeuse quand tout ce qui est un tant soit peu choquant, décalé, est plutôt de droite. Parlant de Leiris, vous écrivez que « sa vertu lui colle à la peau ».


Le handicap de la gauche, en matière d'art, c'est la morale. Le surmoi est assez peu créatif. La droite doit à un certain cynisme d'avoir les coudées franches. Il m'arrive d'avoir plus de plaisir à lire le Journal de Morand, politique- ment immonde, que celui de Leiris, moralement impeccable.

Imaginez que nous ne sommes pas les envoyés du « Point », mais deux adolescents admiratifs venus vous demander conseil...


Je n'ai pas d'ouvre-boîte universel, mais je leur dirais juste ceci. Pour sauvegarder votre capacité à être vous-même, faites de l'histoire, sortez de vos frontières et lisez des livres : plus vous maîtriserez les mots, plus vous jouirez des images.
« Dégagements » (Gallimard, 304 pages, 19,90 E).


Repères

1940 Naît à Paris.

1960 Cacique de sa promotion à Normale sup.

1967-1971 Emprisonné en Bolivie.

1977 « La neige brûle » (prix Femina).

1979 « Le pouvoir intellectuel en France ».

1981-1985 Chargé de mission auprès de François Mitterrand à l'Elysée.

1991 « Cours de médiologie générale ».

1996 Fonde Les Cahiers de médiologie.

2004 Fonde la revue Médium .

2007 « Un candide en Terre sainte ».

2009 « Les Cahiers de médiologie : une anthologie ».

2009 « Le moment fraternité ».





23 février 2010

South Park S13 E03 : Margaritaville

Les fellateurs meurent prématurément.


Dans les bons westerns, mes personnages préférés sont ces bigotes agressives qui défilent, habillées de noir, pour la moralisation des bistrots, l’interdiction du jeu ou la lapidation des putains. Ces mères la pudeur ont une phrase qui fait mouche à tous les coups, et qui revient comme un slogan publicitaire : « ce n’est pas ce que nous voulons pour nos enfants ». Sésame censé ouvrir toutes les portes du Progrès, cette phrase-sentence ne saurait recevoir de contradiction. C’est probablement pour ça qu’elle continue de faire partie du vocabulaire courant des Américains, qui savent aller au plus court quand il le faut.
Les représentants français de ces pies morales sont au travail depuis des lustres pour éradiquer la cigarette de la surface du globe, mais s'y prennent toujours plus mal. D’année en année, elles inventent et renouvellent l’art de s’enliser au service de la bonne santé. Leurs campagnes de propagande sont stupides, ce qui ne saurait être reproché à une campagne de propagande : les pubs du camp adverse le sont tout autant. Seulement, les fabricants de clopes, eux, ne prétendent pas s’adresser à la raison, ils ne prétendent pas proposer le résultat d’études, de réflexions, d’une subtile prise de conscience. Ils disent des choses aussi simples que « Hum, la clope, c’est bon » en pensant que ça va suffire à faire aimer la clope (et ça marche !). Ils montrent Lauren Bacall en train de fumer et, aussitôt, des laideronnes s’y mettent en pensant devenir séduisantes. C’est de la pub, c’est bête. De leur côté, en revanche, les militants anti tabac se présentent comme des gens ayant mené une réflexion, ayant analysé un phénomène et repéré ses dangers, mais se comportent toujours de la même façon que ces imbéciles de pubards. On se souvient tous du ridicule de certaines campagnes célèbres. Une question se pose alors : est-il possible de réaliser une publicité quelconque qui ne soit pas débile ? La réponse est non.

Les militants anti tabac se mêlent de ce qui ne les regardent pas : c’est le propre des militants, toujours portés à militer sur les pieds des autres. Ils essayent désormais de faire disparaître une pratique dangereuse, honteuse, abominable et « qu’on ne veut pas léguer à nos enfants » : la fellation. Leur dernière campagne montre en effet qu’avaler la fumée est une pratique menant à la mort, quelle que soit la nature de la fumée. Très peu gay friendly, manifestement mal renseignée aussi, cette campagne associe une bonne vieille pipe à l’esclavage, à la plus grande surprise des pompeurs de dards volontaires (PDV, association reconnue d’utilité publique par le Président Félix Faure, en son temps). Si on ne les connaissait pas si bien, on pourrait encore se demander dans quel monde vivent ces militants-là, et ce qu’ils font de leurs longues soirées d’hiver. Au vu de la campagne et de ce qu’elle dit des phobies de ses auteurs, on déduit qu’ils sont plus à plaindre qu’à blâmer. On comprend aussi qu’il est nécessaire de leur expliquer deux ou trois choses sur la sexualité, et d’abord celle-ci : elle ne regarde pas la ligue anti-tabac.


La filiation entre les thèmes abordés successivement par les « militantitabas » (néologisme que je propose à la Postérité), dessine le tableau de la société hygiéniste parfaite qu’ils appellent de leurs vœux, de moins en moins obscurément. Entre l’injonction de ne pas mourir de tabagie, celle de conserver des dents saines et celle, inattendue, de ne pas mettre de quiquette dans sa bouche, il y a là un programme propre à rassembler les bigots au-delà des différences millénaires, au-delà des schismes, au-delà des mythologies ! Qu’on ne s’y trompe pas, ce rapprochement soudain entre sexualité et tabagisme montre que les militantitabas se sentent acculés : malgré la montée vers le trash, ils constatent que leurs messages ne sont pas efficaces, alors ils décident d’affirmer ce qu’ils pensaient secrètement depuis le début. Ne jouissez pas ! Ne vous faites pas plaisir, et surtout, ne faites pas plaisir aux autres !

N’étant pas fumeur, je m’accommodais sans peine des interdictions frappant les accros de la tige. Solidaire dans le principe mais me fichant concrètement de leur sort, j’écoutais d’une oreille distraite le constat de fascisme mou qu’il appliquaient à cette société d’interdits bien pensants, chaque fois qu’une campagne ou qu’une mesure contraignante frappait leur petit plaisir fumeux. En toute franchise, je trouvais qu’ils poussaient un peu mémé dans les cendriers. Mais la prévisible criminalisation de la pipe me fait entrevoir la chose d’une façon différente, et j’avoue que la perspective de voir débarouler une M.A.B. (milice anti bouffarde) dans ma chambre à coucher risque d’avoir des effets désastreux sur mon aptitude virile. Oh, bien sûr, on peut passer sa vie sans bander, les militantitabas en sont la preuve vivante, mais enfin, quand on a certaines habitudes, et l’âge venant, abandonner des loisirs si doux pour faire plaisir à ceux qui ne s’en donnent jamais serait ressenti comme une punition pour une faute qu’on n’a pas commise, et qui n'en est pas une.

22 février 2010

Halal limite


J’apprends à l’instant qu’il existe encore des gens (homo sapiens-sapiens) qui continuent de fréquenter les Quick. Il paraît même qu’ils vont y manger, oui. Mon dernier souvenir d’un sandwich Quick doit bien remonter à 1990, et j’ai l’impression qu’en y pensant un peu fort, la diarrhée d’époque reviendrait. C’est ça, Quick, le Quick paradoxe, un truc insignifiant et insipide mais qu’on n’oublie pourtant jamais. Manger chez Quick, c’est comme cueillir une fleur en plastique dans un vieux pot réformé des cimetières. C’est comme faire du bateau dans un égout. C’est comme foutre un quignon rassis dans l’eau de vaisselle en espérant qu’il retrouve sa souplesse perdue. Quick, c’est le désespoir sept jours sur sept. Réponse française à Mac Do, Quick est capable de transformer un authentique patriote en renégat : à l’étranger, on ne compte plus les Français qui se font passer pour Suisses, ou Belges, de peur d’être associés à cet attentat. Il paraît même que certains pays ont tenté de faire condamner la France auprès du tribunal de La Haye, pour mauvais traitement à populations désarmées. Mordre dans un Quick est impossible : tout y est mou, tout colle et s’affaisse comme dans un vieux porno spécial matures XXL. Contrairement à ce qu’on pourrait croire à la première bouchée, Quick ne vend pas de la merde : il rehausse, par comparaison, la merde au rang de mets assez correct, reconnaissons-le. Certains prétendent que les mangeurs de Quick ont moins souvent le cancer que le reste de la population. C’est vrai : la dépression les fait mourir tellement jeunes que le cancer lui-même est sans effet sur eux.
Ceci dit, je suis abasourdi qu’on veuille absolument garantir que tout individu, musulman ou pas, puisse aller y dépenser son fric et sa santé, comme si l'accès au Quick était un droit citoyen de plus. Autant le dire tout de suite, je suis à 100% pour que tous les Quick de France deviennent halal dès demain matin : les musulmans étant très minoritaires en France, le nombre des clients devrait donc mathématiquement diminuer, et tout ce qui peut réduire le nombre des clients de Quick est un bénéfice pour le genre humain.
Depuis les années 50, le quartier de la Guillotière est, à Lyon, un quartier arabe. Avec la mondialisation, des extrêmes orientaux et des Turcs sont venus s’y installer aussi mais la population arabe, comme les commerces du même nom, y restent majoritaires. De nombreuses boucheries sont halal et l’affichent en lettres énormes. Qui aurait le culot de prétendre les obliger à servir du boudin ? Depuis quand les magasins, les restaurants, sont-ils tenus de proposer des produits convenant à tout le monde ? Au nom de quoi une enseigne comme Quick, ou un vrai restau quelconque, devrait-elle se soumettre à une sorte de cahier des charges républicain et laïc ? On nage en pleine fiction.
Le maire de Roubaix a porté plainte contre Quick et j’ai du mal à imaginer qu’il puisse gagner son procès. Mais enfin, nous sommes en France, tout peut arriver. N’étant pas un service public, Quick est libre de décider ce qu’il propose à ses clients, merde ! La preuve : ça fait trente ans qu’il leur propose de la merde, personne ne s’en est offusqué à coups de procès ! Est-ce qu’on va demander à un restau de poissons de servir aussi de la viande parce que des clients viandards seraient discriminés ? A-t-on décidé, dans ce pays qui part en couilles, de détourner le sens de tous les mots ? La discrimination est devenu l’aire de jeu des cancres, qui n’ont aucune idée de ce que le mot désigne précisément. Alors chacun y va de son procès, puisqu’il est établi désormais qu’on ne peut agir les uns sur les autres que par voie de justice, et la moindre « nouveauté » est désignée discriminante avant même qu’elle ait eu le temps de naître.
Bien sûr, il serait peut-être préférable que Quick propose des merdes halal et aussi des merdes pas halal du tout à ses imbéciles de clients. Ce serait ce qu’on appelle une carte plus complète. Mais à ce compte-là, on pourrait exiger (exiger, sous peine de procès) qu’il propose aussi un truc pour les végétariens, les végétaliens, les fétichistes du pied, les bonzes au régime, les rabbins en goguette, les néo mandraquiens (qui ne mangent que des œufs en neige, sauf le jeudi, évidemment), les bourgifissiens orientaux (qui déjeunent de sauterelles revenues dans du beurre de cacahuètes rance, et de pain trop cuit), les vikings mordorés (poissons cru et cervelle d’ennemis), les abstinentistes (qui ne mangent jamais rien, mais exigent qu’on leur serve des assiettes vides trois fois par jour), les enculés mondains (olives bio matin, midi et soir, plus un thé vert) et ma propre grand-mère, qui ne termine jamais sans fromage bleu ! Où s’arrêtera-t-on dans le dirigisme ? Et, n’oublions pas que si un Quick est condamné à proposer du non-halal pour éviter cette putain de discrimination imaginaire, le lendemain matin, des milliers de plaintes seront déposées contre TOUS les restaurants du pays qui ne proposent PAS de bouffe halal ! Réciprocité ! C’est comme si c’était déjà fait.


On nous présente une scène édifiante, un dilemme cornélien : un mec veut se taper un Quick mais ne veut pas manger halal, il erre dans Roubaix à la recherche d’un comptoir ami où il pourra se satisfaire, mais n’en trouve point. Bientôt, acculé par la faim, ce con se jettera sur le cadavre d’un chien pour s’en repaître, sous les regards désapprobateurs des bourgeois repus. C’est atroce. S’il avait profité de la circonstance pour ouvrir les yeux, il se serait rendu compte que Quick vend des trucs immangeables, halal ou pas, et serait simplement allé manger son sandwich à la boulangerie du coin, laissant les halal addicted s’empoisonner le bide à coups d’éponges tièdes parfumées au Viandox.

21 février 2010

Mes adieux

Bon, j’ai décidé de démissionner de la Cégébie.

La faute à des velléités d’ego.

Alors quand l’atavisme dont je faisais montre pour la concurrence s’applique à moi, y’a pas, je claque la porte.

Connard prétentieux, j’aurai eu le bonheur de faire des bisous, car au sein de notre rédaction, tout est amour, c’est bien connu, mais con prétentieux, c’est décidément trop. Trop connoté. Trop peuple. Trop plouc. Et c’est proprement inacceptable.



CGB Ils sont issus du peuple et le peuple les connait
Clarence : JAMAIS !


Bon, je vous l’accorde, je vous mens un peu. La vérité, la vraie, est d’une banalité absolue. Effrayante même.

C’est avant tout une bête question de sous. De fric. D’artiche.

Vous vous en doutez peut être, mais Clarence Boddicker est le plus gros salaire de la hiérarchie, émargeant loin de mes confrères pigistes – en même temps, j’ai toujours su négocier des clauses contractuelles en béton (merci à mon avocat juif). Je sais que cette révélation provoquera l’ire de mes collègues moins bien loti, mais une certaine sincérité (et une volonté nuisible toute humaine) était fondamentale.


Serveur : Clarence-sama, encore un peu de Dom Pérignon ?
Clarence : Sers malandrin ! C’est Gaby qui offre !


Mon train de vie dispendieux, mes constants besoin en cash, et les émoluments royaux de mes nombreux voyages en Asie, auront eu le malheur de provoquer jalousie et envie (et précipiter la compta vers un gouffre hellénique). Vint ce qu’il ne devrait jamais survenir dans toute bonne société capitalistique bien gérée : Les responsables syndicaux s’en sont mêlé.

Et en cette période de récession carabinée, quand les chèques de Rosselin (lui même dans le caca) ne permettent même plus de payer le café Blue Mountain tant prisé, le patron, cerné par les difficultés, a du faire un choix cornélien, et ô combien douloureux : Après la diète et des budgets toujours plus chétif, il fallait absolument se séparer du plus gros salaire, ou le faire s’aligner sur le barème de nos confrères roumains.

Convoqué dans le bureau du patron, j’ai donc du écouter le fabuleux speech de la montgolfière et entendre à loisir le baratin du manque d’efficacité et de rentabilité de mes rares billets.


Gaby : De la rentabilité les cocos ! Autrement, du lest !

Pas nécessaire de vous faire un dessin.

Les tractations furent âpres, intenses, tendues. Lés(t)at proposant même à plusieurs reprises de me garder en otage contre rançon, exigeant le remboursement d’une grande partie du capital évadé pour Singapour. Mais j’ai su rester intransigeant et inflexible (et surtout, incroyable de mauvaise foi et de ténacité malhonnête. Mais quand il s’agit de conserver des acquis si difficilement gagnés, le chantage n’est jamais une pratique sordide !)

Dans la bagarre, j’ai même obtenu de conserver mon petit bureau, la possibilité de faire des polycopiés par notre ex-secrétaire Millie (qui bosse à mi-temps pour Kroulik), des A/R Paris/Tokyo en classe Eco et surtout, last but not the least, de garder mon fidèle assistant : A.rnaud.

Malgré toutes les méchancetés, les billevesées et autres fallacieuses attaques déversées contre votre bien aimé serviteur, j’ai toujours su rester digne. Et fier. Et vachement noble. Et stoïque. Et calme. Et…

Bref. Je quitte le navire.

C’est donc sans rancœur que je souhaite bon vent, et une excellente continuation à mes confrères cégébistes. Que Dieu vous garde du MRAP, des procès en diffamation, du brainwashing à l’œuvre dans la société française, et qu’il vous accompagne dans vos truculentes tribulations, nécessaires à tout homme désirant se décontracter du gland et du cortex avec classe et intelligence !

Clarence, keep walking



PS : Et évitez bien de ne copuler qu’entre républicains bon teint, en adeptes universels de cette sacro-sainte « common decency », tapant allégrement sur le libéralisme incarné par Clarence, en invitant régulièrement à votre table tous types de propos et d’idées, qu’elles soient libérales, anarchiques, fascistes, socialistes, marxistes, dans une grande confluence égalitariste et fraternelle de baise totale !

Bref restez vous-même et changez rien ! Mais gardez toujours une petite place aux libéraux, ils le méritent autant que les autres ! Autrement je vous promet que vous entendrez parler de moi !

ET EN EXCLU BONUS – UN SUPER CLIP (illustrant avec un entrain comique de très bon goût l’avenir de notre si généreux pays ! Courage les mecs !)


19 février 2010

Le Peuple introuvable, vraiment?


Les classes populaires existent. Elles ne sont pas toutes de l'autre côté du périphérique, mais plutôt bien au-delà.

Par exemple, Gaël Brustier dans son opus avec Jean-Philippe Huelin « Recherche le peuple désespérément » questionne le décalage entre géographie médiatique et géographie réelle des inégalités. Il s'appuie en grande partie sur les travaux du géographe Christophe Guilluy, l'excellent co-auteur avec Christophe Noyé de "L’Atlas des nouvelles fractures sociales en France" (éd. Autrement, 2006) dont le CGB publie une récente intervention sur le devenir des classes populaires lors d'un colloque de la Fondation du Che:



Oui, j’en ai retrouvé la trace.

C’est avec grand plaisir que je réponds, pour la deuxième fois, à l’invitation de la Fondation Res publica. Lors de ma première intervention, j’avais essayé d’esquisser la nouvelle géographie sociale française. Il s’agissait de montrer en quoi la mondialisation et la recomposition économique et sociale des territoires avaient remodelé la géographie sociale sur l’ensemble des territoires.

Nous avons en tête la division sociale de l’espace héritée de la révolution industrielle : régions industrielles, quartiers ouvriers, quartiers bourgeois.

Une autre géographie sociale, liée à l’émergence de la classe moyenne, s’est imposée dans la période des Trente glorieuses : celle de la France pavillonnaire, périurbaine, née avec l’étalement urbain. C’est une représentation sociale liée à un paysage et à une classe sociale.

Depuis une vingtaine d’années s’est imposée une géographie médiatique, liée à la crise des banlieues, qui tend à effacer la véritable géographie sociale et à se substituer aux véritables dynamiques. Aujourd’hui, les médias nous présentent une géographie sociale opposant la banlieue aux territoires de la classe moyenne, les exclus aux inclus, Villiers-le-Bel à l’ensemble des autres territoires. Cette géographie sociale médiatique nous empêche de voir la réalité des catégories populaires et l’émergence d’une nouvelle géographie.

Je commencerai par décrire la nouvelle géographie sociale.
Puis je tenterai d’évaluer l’impact de cette nouvelle géographie sociale sur la cohésion nationale.
Je n’évoquerai que brièvement l’impact politique de cette nouvelle organisation sociale des territoires car ce thème sera développé par les autres intervenants.

Avant d’entamer un descriptif de la nouvelle géographie sociale, je crois important de déconstruire la géographie médiatique qui, s’imposant à nous de façon quasi-obsessionnelle, nous empêche de voir le réel, notamment ce que sont devenues les catégories populaires, notre sujet d’aujourd’hui.

Le discours sur les banlieues est né dans les années 1982-83, après les émeutes de Vaulx-en-Velin, des Minguettes. La date est importante car 1983, qui marque le virage libéral de la gauche, est aussi la période où on est passé d’une immigration de travail à une immigration familiale. Ce contexte a peu à peu imposé l’idée d’une société divisée en in et out. La crise des banlieues a accentué le passage idéologique d’une gauche sociale vers une gauche sociétale. Cette logique idéologique s’est imposée d’autant plus fortement que la droite y avait elle-même intérêt. Les média ont fait « monter la sauce » autour de ces questions dans un environnement idéologique qui permettait l’émergence de cette nouvelle géographie qui tourne autour des ghettos. J’utilise à dessein le mot ghetto car je pense que résumer aujourd’hui la question sociale à la question des banlieues est un leurre terrible, notamment pour la gauche, parce qu’il ne permet plus de penser ce que sont devenues les catégories populaires en France.

Je rappelle que 85% des pauvres ne vivent pas dans la banlieue ; le pourcentage est à peu près identique pour les chômeurs de longue durée et pour les jeunes chômeurs. Je ne veux pas dire qu’il n’y ait pas de difficultés dans ces banlieues mais que la question spécifique des banlieues ne résume pas la question sociale. Or les discours politiques ont aujourd’hui tendance à résumer la question sociale à celle de ces quartiers. C’est une façon d’imposer à la France une géographie sociale à l’américaine : La France serait divisée entre les territoires de la classe moyenne et les ghettos ethnicisés. L’idée du ghetto noir américain s’est peu à peu imposée, y compris aux sociologues, par ailleurs souvent critiques à l’égard des États-Unis. Plus grave, si, à l’assimilation des banlieues aux ghettos noirs, on ajoute la mauvaise conscience coloniale, on caricature la question sociale. Quoi qu’on en dise, même si on nous fait croire que la politique de la ville n’est pas une politique de discrimination positive à caractère ethnique, il est facile de démontrer que l’ensemble de la géographie prioritaire en France a été dessinée sur des cartes qui prenaient en compte le critère « étrangers ». Si on enlève ce critère pour ne retenir que les critères sociaux (revenus, pauvreté), la géographie des quartiers sensibles n’est plus du tout la même. Il y a une dizaine d’années, j’avais proposé au ministère de la Ville une autre carte des territoires prioritaires en France en m’appuyant sur des données exclusivement sociales : pauvreté, chômage, chômage de longue durée et jeunes chômeurs diplômés. La carte obtenue ne ressemblait absolument pas à celle des quartiers sensibles. Il m’a été rétorqué que l’objectif du ministère de la Ville n’était pas de traiter de la pauvreté ni du chômage. Dont acte.

Ceci révèle l’arrière-plan idéologique : qui dit ghettos de banlieue, sous-entend ghettos noirs, relégation, et conclut à l’échec de la République, remettant en cause les fondamentaux de la République. L’Ecole a échoué, les services publics ont échoué et « l’Etat est absent » (dit-on souvent à tort). Il est facile de démentir ce discours en considérant l’investissement public par habitant.

On ne voit pas que ces quartiers, en France, ont une fonction de sas entre le Nord et le Sud. Dans les quartiers sensibles se joue la dynamique de la transformation de la société française, ce qui n’est pas la problématique des ghettos noirs américains. Aux États-Unis, les Noirs représentent environ 12% de la population. Ce pourcentage n’a pas évolué depuis plus d’un siècle, on ne peut donc pas parler d’une dynamique. Dans les banlieues françaises, au contraire, on est dans une logique de transformation, ce dont témoigne le taux de mobilité. On nous parle de « relégation », d’« assignation à résidence ». Ce vocabulaire évoque à dessein un univers quasi-concentrationnaire. Or, sur la durée, les populations des territoires de la politique de la ville sont les plus mobiles de France.

Hier l’observatoire des ZUS (1), dans un nouveau rapport, a publié des résultats catastrophiques. Ils le seront encore demain, la photographie d’aujourd’hui est évidemment calquée sur celle d’hier et sur celle de demain et si on ne pense pas ces quartiers en termes de flux, on a l’impression que les taux de chômage s’incrustent, affectant durablement des populations stables. La réalité de ces quartiers n’est pas celle-là. Les chômeurs d’aujourd’hui ne sont pas ceux d’hier et ne seront pas ceux de demain. La négation de cette mobilité amène à conclure à l’échec de la République. En revanche, si on analyse ces quartiers en termes de dynamique, on réalise que la République y est restée vaillante, non, certes, sans difficultés. Le nombre de jeunes diplômés a explosé dans ces quartiers et beaucoup d’entre eux partent. Evidemment, les nouveaux arrivants, qui viennent souvent des pays du Sud, sont plus pauvres et moins formés que ceux qui partent. Les maires des communes concernées – c’est le cas de Sarcelles - n’arrivent pas à retenir les habitants qui veulent partir.

Ces quartiers doivent être pensés comme des espaces dynamiques en flux où des gens arrivent tandis que d’autres partent. Mais la République est là, les écoles sont présentes, des diplômés sortent de ces quartiers, certes trop peu, certes avec d’infinies difficultés, la délinquance. Il n’empêche que le bilan de la République est moins désastreux que ce qu’on imagine si on arrête un peu d’analyser à partir d’indicateurs sociaux en stock.

Il est donc important de répéter que la problématique des quartiers sensibles n’est pas celle des ghettos mais celle de la transformation de la société française. Je citerai quelques chiffres qui rendent compte de l’évolution de la population dans ces communes. Des études ont été réalisées par l’INED sur les jeunes d’origine étrangère qui ont montré qu’entre 1968 et 2005, on était passé par exemple de 19 % à 57 % de jeunes d’origine étrangère en Seine-Saint-Denis, de 22 à 76 % à Clichy-sous-Bois, de 20 % à 66 % à Sarcelles ou de 41 à 61 % à Vaulx-en-Velin. Ces chiffres expriment bien les flux permanents et la transformation très forte de la population dans ces quartiers. Ils ne parlent pas d’assignation à résidence mais, au contraire, de transformation de la société française. Les gens qui parlent de ghettos nient cette transformation. Nous sommes donc dans des logiques de flux et surtout cette évolution dit que nous sommes passés au temps des minorités et des majorités relatives. On parle beaucoup des minorités dites « visibles » (toujours le background américain !) mais nous ne sommes plus dans cette situation en France. L’évolution de la population se fait selon une logique de transformation en profondeur, faisant émerger des minorités et des majorités relatives en constante et forte évolution.

Il est important de déconstruire toutes ces représentations pour pouvoir installer la nouvelle géographie sociale. Ces évolutions dans les quartiers doivent être analysées dans une logique plus globale. Que sont devenus les territoires ? Que sont devenues les couches populaires ? Il faudrait sortir de cette observation quasi-obsessionnelle des quartiers pour arriver à cette géographie sociale et voir comment les nouvelles catégories populaires se répartissent aujourd’hui sur le territoire.
Les couches populaires structurent toujours la sociologie française. Ouvriers et employés représentent environ 60% de la population active et la très grande majorité des retraités appartiennent aux catégories populaires.

Si les catégories populaires ont été perdues de vue, notamment par la gauche, c’est aussi parce qu’elles se répartissent différemment sur le territoire. Hier essentiellement concentrées dans les grands centres urbains - qui étaient aussi des centres industriels - ces catégories populaires, du fait de la désindustrialisation, se sont retrouvées dans le périurbain et le rural. Cette évolution a commencé dans les années 70-80 pour arriver aujourd’hui à une nouvelle géographie où de grandes métropoles mondialisées spécialisées vers de l’emploi très qualifié coexistent avec, de l’autre côté de la banlieue, des espaces industriels où on retrouve le pavillonnaire, le périurbain, le rural. Les catégories populaires, les petits salariés du secteur privé dispersés sur ces territoires périurbains et ruraux sont majoritaires, contrairement à une idée répandue selon laquelle ce sont les métropoles qui pèsent en termes démographiques. Les villes-centres, même si on y inclut les banlieues, représentent au maximum 40% de la population. En additionnant la population de l’ensemble des trente premières aires urbaines, on arrive à 35% de la population. Bref, l’essentiel se joue en dehors des très grandes villes, notamment pour les catégories populaires. C’est d’ailleurs le problème de la gauche, très forte dans les grandes villes et très faible dans les territoires périurbains et ruraux.

Les catégories populaires ont été perdues de vue dans les années 70-80, quand les villes se désindustrialisaient, quand la gauche abandonnait la question sociale pour la question sociétale. Or, c’est au même moment qu’on est passé de l’immigration de travail à l’immigration familiale. Les quartiers de banlieue se sont vidés des anciennes catégories populaires ouvrières et ont vu arriver les flux migratoires liés au regroupement familial. Ce chassé-croisé entre catégories populaires est probablement la clef pour expliquer la polarisation sur les banlieues et la disparition culturelle et politique des catégories populaires traditionnelles. Cette tendance s’accentue aujourd’hui : les grandes métropoles continuent à s’embourgeoiser et, dans le même temps, elles accueillent des catégories populaires immigrées.

Face aux grandes métropoles mondialisées cosmopolites s’étend un périurbain et rural très dispersé qu’on imagine être le territoire de la classe moyenne. Là encore, il s’agit d’une construction, d’une représentation. L’opposition entre les exclus des banlieues et une classe moyenne vivant dans le périurbain et dans le rural structure politiquement la gauche. Ignorer les difficultés sociales des catégories majoritaires qui vivent en zone pavillonnaire est l’erreur de ceux qui pensent toujours selon la logique « Trente glorieuses ». En effet, parler des « classes moyennes », c’est se référer à ce qui a construit la classe moyenne, même si celle-ci a précédé les Trente glorieuses. Parler des « territoires de la classe moyenne » revient à affirmer que la question sociale n’est pas structurante sur ces territoires alors qu’y vivent des gens qui ne sont plus dans une logique collective. L’habitat est dispersé, les gens travaillent dans de petites entreprises. On n’est plus dans la mythologie ouvrière ni dans la logique « classe moyenne » des Trente glorieuses mais dans une sociologie nouvelle très difficile à cerner.

Si cette nouvelle géographie sociale pose des problèmes politiques, elle pose aussi la question de la cohésion nationale.

Les dynamiques en cours sont en train de faire émerger une nouvelle sociologie, très inégalitaire, à l’intérieur des grandes métropoles. En effet, dans les grandes métropoles se rejoignent les extrêmes de l’éventail social : la grande bourgeoisie, les bobos et les catégories populaires immigrées. Cette sociologie très inégalitaire se renforce d’année en année. C’est ce que mesure l’observatoire des ZUS chaque année lorsqu’il démontre que les quartiers sensibles voient leurs conditions de vie s’écarter de plus en plus de celles de leur environnement proche. Quand les métropoles s’embourgeoisent de plus en plus, le renforcement des inégalités est presque mécanique. A cela se surajoutent de graves inégalités en termes culturels. On peut se dire qu’on est en train de vivre le développement d’un séparatisme social.

Dans « Le ghetto français » (2), Eric Maurin avait montré des classes sociales qui se séparent et s’évitent, le cadre supérieur évitant le cadre moyen, qui lui-même évite l’employé qui lui-même évite l’ouvrier, l’ouvrier évitant l’immigré. Tout cela est un peu schématique et réduit la question du séparatisme au seul déterminisme social.

En France, la question de la cohésion sociale, de la cohésion nationale, est plus complexe. La critique du développement, pourtant très marginal, de quelques lotissements sécurisés pour riches, ou gated communities (3) aux environs des grandes villes ne donne qu’une perception très superficielle et caricaturale des dangers du séparatisme. La question la plus importante pour la cohésion nationale est d’abord celle du séparatisme en milieu populaire. On ne peut occulter le fait qu’aujourd’hui les milieux populaires vivent séparément en fonction de leur origine. C’est très nouveau. En tant que républicains, nous ne pensons pas en termes de communauté ni d’origine ethnique, pourtant nous sommes bien obligés de constater qu’aujourd’hui, l’ouvrier d’origine française ne vit plus avec l’ouvrier d’origine immigrée. Ce fait nouveau est lié au passage de l’immigration de travail à l’immigration familiale, à l’origine de la « crise des banlieues ». Les nouveaux-venus s’installent sur des territoires éloignés du marché du travail industriel des couches populaires, actuellement localisé en zone périurbaine et rurale. Hier localisée dans les quartiers ouvriers et populaires, l’immigration se concentre aujourd’hui dans des métropoles où ces milieux populaires ont disparu. (Contrairement à la situation qui a toujours prévalu, les immigrés arrivent dans des villes très inégalitaires, hier ils intégraient des quartiers ou communes beaucoup plus égalitaires). L’intensification des flux migratoires et l’embourgeoisement des grandes métropoles renforcent cette tendance en raréfiant toujours plus les contacts entre les milieux populaires selon leur origine.

Bref, nous voyons se développer dans les milieux populaires une fracture immense qui constitue le plus grand danger pour la cohésion nationale. Quel discours tenir ?

Il faut d’abord souligner que ces évolutions ne traduisent pas un basculement de la société française vers le racialisme américain. Le séparatisme est d’abord la conséquence de dynamiques économiques et urbaines qui ont conduit à ce chassé-croisé entre couches populaires immigrées et couches populaires d’origine française ou d’immigration ancienne. Dans un second temps cependant, ce sont les fortes concentrations de populations d’immigration récente qui ont contribué au départ mais aussi (et surtout) au refus des autres catégories populaires de s’y installer. La spécialisation des territoires et leur ethnicisation se renforçant d’autant plus rapidement.

Le résultat est aujourd’hui de plus en plus visible, des catégories populaires immigrées se concentrent dans les métropoles tandis que des catégories populaires d’origine française ou d’immigration ancienne occupent les espaces périurbains et ruraux.

Quelques chercheurs travaillent sur la question du voisinage (je pense à Bernard Aubry et à Michèle Tribalat (4)) des jeunes d’origine française et étrangère. Les résultats sont assez étonnants. Entre 1968 et 2005, le voisinage de 80% des jeunes d’origine française n’avait pratiquement pas changé. Ceux-ci voisinaient toujours avec d’autres jeunes d’origine française alors même que la part des jeunes d’origine étrangère a augmenté. Cela souligne d’une part la concentration des populations immigrées mais aussi des pratiques d’évitement. Plusieurs enquêtes réalisées dans le sud de la France sur la question de la relocalisation des ménages d’origine française montrent que les jeunes d’origine française vivent ainsi de plus en plus dans des communes de moins de 10 000 habitants, ce pourcentage ne cesse de s’élever dans le Sud. Dans le même temps, la part des jeunes d’origine étrangère a augmenté dans les villes de plus de 10 000 habitants.

Parce qu’il est structuré par des logiques économiques et foncières, le séparatisme en milieu populaire risque de s’incruster. Évidemment, on peut tenter de se rassurer en faisant remarquer que la France a moins de problèmes que d’autres pays avec la question des origines, que les taux de mariages mixtes sont plus élevés qu’ailleurs. Mais malheureusement, on sait aujourd’hui que les enquêtes sur lesquelles reposent ces résultats (je pense à l’enquête MGIS de 1992 (5)) ont été très surinterprêtées et surtout qu’elles ont été réalisées à une période où les immigrés extra-européens étaient moins nombreux. D’autre part, les enquêtes concernant les unions mixtes, (les enquêtes de la DREES sur le parcours de migrants) montrent qu’environ 60% des Français rejoints au titre de conjoints de Français sont d'origine étrangère.

Mais plus que la mixité, c’est la cohésion nationale qui doit être au cœur de nos préoccupations surtout à un moment où les dynamiques séparatistes sont fortes.

Je terminerai en évoquant la question politique.
L’élection de Nicolas Sarkozy a eu une composante populaire, il a notamment attiré les petits revenus. Les banlieues, elles, ont voté Ségolène Royal. Dans le même temps, la candidature d’Olivier Besancenot n’a eu aucun succès auprès des milieux populaires, pas plus dans les banlieues que dans les milieux ouvriers.
La question sociale ne serait-elle plus audible en milieu populaire ?

Certainement pas, mais elle ne suffit pas à capter l’électorat populaire. Si nous sommes tous d’accord pour dire que la mondialisation libérale a installé l’insécurité sociale au cœur des milieux populaires, en revanche nous sommes peu nombreux à souligner l’insécurité culturelle qu’elle provoque en installant le multiculturalisme dans des milieux façonnés par une tradition égalitaire. Abandonnées au libéralisme économique, les couches populaires doivent dorénavant faire face au multiculturalisme dans un pays égalitaire. Cette situation est particulièrement anxiogène et ce d’autant plus qu’à l’insécurité sociale et culturelle s’ajoute aussi une insécurité démographique. Un constat que les élites refusent de prendre en compte.

Je parlais tout à l’heure des minorités et des majorités relatives, c’est un point fondamental. La référence au territoire est très importante, surtout en milieu populaire. Être d’un endroit, évoluer dans un quartier, reconnaître ses voisins est fondamental. Or l’immigration a fait basculer démographiquement certains territoires. Le fait de devenir minoritaire dans un quartier n’est pas anodin, c’est une vraie question.

Les catégories populaires ont été complètement lâchées. On leur a vanté le libéralisme, elles sont parties au front dans les petites entreprises et leurs conditions de travail se sont détériorées. Ensuite, on leur a présenté le multiculturalisme comme la panacée, le modèle incontournable. En France, les catégories populaires ont très bien accueilli l’immigration mais elles se trouvent aujourd’hui face à une insécurité culturelle qu’elles doivent gérer seules. Cette question doit être prise en compte par les responsables politiques. Il n’est pas anodin de voir son environnement changer. Quel discours tient-on à l’école ? Que signifie le fait de scolariser son enfant dans une école multiculturelle ? Les catégories populaires ont dû affronter ces questions tandis qu’on leur désignait l’horizon riant de la mondialisation et du multiculturalisme.

Le séparatisme en milieu populaire va-t-il s’aggraver ? Qui traite de cette question ? Aujourd’hui, selon l’endroit où on naît, selon ses origines, on ne pense pas la mondialisation, on ne pense pas l’Etat de la même façon. La perception de l’Etat dans le rural et le périurbain n’est pas la même que la perception de l’Etat dans les banlieues.

L’enjeu aujourd’hui n’est-il pas de répondre à toutes ces questions ?

1/ Les zones urbaines sensibles (ZUS) sont des territoires infra-urbains définis par les pouvoirs publics pour être la cible prioritaire de la politique de la ville, en fonction des considérations locales liées aux difficultés que connaissent les habitants de ces territoires.
La loi du 14 novembre 1996 de mise en œuvre du pacte de relance de la politique de la ville distingue trois niveaux d'intervention :
- les zones urbaines sensibles (ZUS) ;
- les zones de redynamisation urbaine (ZRU) ;
- les zones franches urbaines (ZFU).
Les trois niveaux d'intervention ZUS, ZRU et ZFU, caractérisés par des dispositifs d'ordre fiscal et social d'importance croissante, visent à répondre à des degrés différents de difficultés rencontrées dans ces quartiers. (source Insee)
2/ Le ghetto français. Enquête sur le séparatisme social, Éric Maurin, Seuil, 2004
3/ Gated communities : Ce terme anglo-américain recouvre des formes variées d’enclosure résidentielle soumise à des règles contractuelles de gouvernance territoriale privée. On compare souvent les lotissements, immeubles sécurisés et certaines grilles érigées par les municipalités entre quartiers pavillonnaires et logement sociaux en France, aux « gated communities » des États-Unis.
4/ Les voisins des jeunes d’origine étrangère en France (Bernard Aubry, INSEE, Strasbourg, Michèle Tribalat, INED, Paris).
L’environnement dans lequel grandissent les enfants influe sur leur destin. Cet impact passe par la famille, mais aussi par les pairs qu’ils fréquentent et avec lesquels ils voisinent. Les concentrations ethniques, mesurées dans des aires géographiques correspondant aux découpages institutionnels habituels (régions, départements, et même communes), ne suffisent pas à décrire le voisinage des jeunes. Grâce au fichier historique des recensements SAPHIR (RP 1968 à RP 1999), patiemment élaboré à l’Insee Strasbourg par Bernard Aubry, il est possible de calculer des concentrations ethniques pour la tranche d’âge 0-17 ans, sur toutes sortes d’aires géographiques (secteurs gendarmerie et police par exemple), et d’élaborer des indicateurs de voisinage se référant, non aux espaces, mais aux individus eux-mêmes.
5/ En 1992, l’Insee et l’Ined, déjà associés, réalisaient une enquête intitulée Mobilité géographique et insertion sociale (MGIS). Pour la première fois en France on a pu, à travers un questionnaire conçu pour l’exploitation statistique, mesurer comment des personnes immigrées issues de différents pays, ainsi que leurs enfants, s’intégraient dans la société française. Ce travail était réalisé à travers un nombre important d’indicateurs allant du mode de vie à la pratique des langues, en passant par l’intégration professionnelle.
6/ Après la défaite de l’armée franco-impériale à Rossbach, en 1757, contre Frédéric II de Prusse, un petit poème brocardant le commandant vaincu (le prince de Soubise) courut les rues de Paris :
« Soubise dit, la lanterne à la main : J'ai beau chercher, où diable est mon armée ? »



17 février 2010

Réforme de l'enseignement


Hayek contre Keynes - VOSTfr
envoyé par Liberte_Cherie. - Cliquez pour voir plus de vidéos marrantes.

Yo! Spéciale dédicace à Clarence Boddicker, notre libéral préféré!
Un peu de rap, mais cette fois sans borborygmes, sans coups de feu, sans séances de gonflette préalables (mais avec des bimbos, tradition oblige). Un fight entre Hayek et Keynes, qui semble tourner à l'avantage du premier pour les réalisateurs de cette belle chose. Qu'importe ! C'est tellement bien fait...

Penchard n'en guadeloupe pas une


Dans le monde tel qu’il va, il est devenu de plus en plus difficile d’être d’accord avec le parti socialiste français. Je connais même pas mal de gens pour qui cette hypothèse relève de la science-fiction la plus débridée. A part le cas peu probable de l’annonce publique de sa propre dissolution, personne ne comprend plus en quoi ce parti vermoulu peut être utile au peuple. Ce constat valait jusqu’à hier soir, avant que ne se révèlent les penchants de Penchard.
Marie-Luce Penchard est ministre de l’Outre-mer, rien que de très banal. Mais, génie sarkozien oblige, on a trouvé moderne de nommer à ce poste important une personne née elle-même outre-mer : la Penchard est Guadeloupéenne. L’idée était peut-être qu’un habitant de l’Outre-mer serait plus qualifié pour traiter la politique qui doit s’y appliquer. Un peu comme si on nommait un boxeur au ministère des Sports, un vacher à l’Agriculture, un fraiseur mouliste à l’Industrie, etc. Ou alors, on a peut-être pensé que pour être ministre, il était préférable d’être fille de ministre, ce qui est le cas de Penchard. Mystère.
Enfin, pour éviter rivalités et favoritisme, penchants bien naturels quand on est aux commandes d’un ministère, la tradition voulait qu’on ne nomme pas d’ultramarin à ce ministère-là. On pensait qu’un Guadeloupéen aurait du mal à résister aux pressions et à la tentation de favoriser la Guadeloupe, idem pour un Réunionnais ou un Martiniquais. Fidèle au bon sens désarmant qui fait à la fois sa réputation et notre honte nationale, le Pèzident a décidé que ces précautions étaient dépassées : on n’a pas eu à attendre un an pour voir ce qu’il en est.
Evidemment, à quelques semaines des élections régionales, la demande du P.S. est intéressée. Un gros scandale touchant le gouvernement serait plutôt bien pour toute l’opposition, et le P.S. essaye de mener la charge pour en tirer tout le bénéfice. Malgré ça, sur le fond de l’affaire, Penchard est prise la main dans le sac du clientélisme, elle montre au grand jour qu’elle se soucie avant tout des intérêts des Guadeloupéens (c'est-à-dire du sien), ce qui est indigne d’un ministre français. Elle montre aussi sa grande sottise : les ministres, qui sont souvent des députés ou des maires, ont l’habitude de privilégier leur département d’origine, histoire de faire plaisir à de futurs électeurs locaux. Ils essayent en général d’être discrets là-dessus et il est même possible que certains n’en abusent pas. Penchard n’ayant jamais été élue nulle part, elle s'imagine dans le futur à la tête d’une ville ou du Conseil Régional de la Guadeloupe, pourquoi pas ? Mais voilà, elle n'est pas députée de la Guadeloupe, elle n'a pas été élue, elle ne peut pas, comme un ministre maire, ou ancien député, profiter de la période électorale pour étaler tout ce qu'elle a fait pour "son" département. Pourtant, aussi décomplexée que celui qui l’avait nommée ministre, elle utilise les gros moyens, elle annonce publiquement que son action vise à favoriser ses futurs électeurs, définition même du clientélisme. C’est exactement ce qui lui est reproché. Elle doit démissionner. Aussi invraisemblable que ça paraisse, le parti socialiste a raison !!!

14 février 2010

Le coup de pied de l'âne

CGB Premier sur le Bellanger


L'an dernier sensiblement à la même époque, j'avais la surprise de recevoir un courrier électronique signé de Maître Ambroise Soreau, avocat au barreau de Paris, associé au sein du Cabinet d'avocats Henri LECLERC & Associés. Ce monsieur m'adressait, en plus de l'expression de ses sincères salutations, une mise en demeure dont il me demandait de prendre connaissance.

L'affaire portait sur un article publié par René sur le CGB à propos d'une affaire de moeurs dans laquelle était empêtré un gros bonnet des médias français dont Mr Soreau est le représentant. L'avocat nous demandait de retirer cet article ainsi que certains commentaires sur l'affaire, nous accusant de calomnies et de violer la présomption d'innocence, sous peine de poursuites judiciaires. Après réflexions René décidait de retirer son billet. J'informais de mon côté le cabinet d'avocats de notre décision et la correspondance s'arrêtait là et nous n'avons plus été inquiété. La justice, elle, poursuivait son chemin en appel.

Le procès a pris fin la semaine dernière, nous l'avons appris à travers quelques maigres articles dans la presse, notamment le Nouvel Obs :


Le PDG de Skyrock Pierre Bellanger a été condamné vendredi par la cour d'appel de Paris à trois ans de prison avec sursis et 50.000 euros d'amende pour "corruption de mineure", une peine inférieure aux quatre ans dont trois avec sursis et 15.000 euros d'amende écopés en première instance.
M. Bellanger avait comparu le 20 novembre 2009, à huis clos, pour avoir "corrompu" une jeune fille, mineure à l'époque des faits, au sein de ses relations avec plusieurs autres femmes, dont la sœur aînée de la victime.
Le ministère public avait requis 30 mois d'emprisonnement avec sursis, huit ans de suivi socio-judiciaire avec interdiction d'entrer en relation ou de fréquenter habituellement des mineurs et deux ans d'emprisonnement en cas de non respect des obligations du suivi. Enfin, il avait demandé 50.000 euros d'amende. La défense avait plaidé la relaxe.
En première instance, Pierre Bellanger, 51 ans, avait été condamné en novembre 2008 à quatre ans d'emprisonnement dont un an ferme par le tribunal correctionnel de Paris.

Nous nous félicitons que la justice française ait pu suivre son cours sereinement sans subir les insoutenables pressions que n'auraient pas manqué d'exercer sur elle les discussions animées d'un blog influent comme le notre.

Pierre Bellanger, essayiste, PDG de Skyrock, Chevalier de la Légion d'Honneur, avait pour égayer ses nombreux moments perdus monté une petite communauté du nom d'Halcyon.

Entouré de ses 3 jeunes concubines, Pierrot s'amusait, en pagne, à se faire appeler "Maître" le temps de quelques jeux érotico-spirituels au menu des quels on retrouve pèle-mêle, des rites sado-masochistes, des relations sexuelles de groupe (un peu comme au CGB il faut bien le reconnaitre), fellations après sodomie, et quelques jeux de soumission à l'autorité du maitre comme la privation de nourriture et les veillées spirituelles.

Celles qui manquaient à leurs devoirs ou ne respectaient que partiellement les tables de la loi du Maître, se retrouvaient soumises au supplice de la douche glacée, devaient présenter leurs excuses à genoux ou faire pénitence nues sur le balcon (et ça je goute tout particulièrement car moi-même, aux temps de l'école primaire, j'y soumettais régulièrement ma jeune voisine de palier, comme quoi on peut avoir 51 ans, être millionnaire et savoir garder une âme d'enfant).
Cette initiative entre autres, lui vaudra la médaille de Chevalier de la Légion d’Honneur remise le 14 juillet 2008 (source wiki). Ah non merde là je confonds avec l'importation et la mise en place en France de l'alerte enlèvement.

Bref on savait s'amuser chez les Bellanger entre adultes consentants.

Malheureusement notre Mandarom radiophonique, amateur de tendrons et fasciné par la virginité, eu la mauvaise idée d'inclure à sa communauté une jeune fille mineure au moment des faits qui l'accusera plus tard d'avoir profité de son aura et charisme de gourou, toujours en pagne, pour lui ravir son innocence au cours de relations sexuelles multiples et sado-masochistes.

C'est ainsi que Pierre Bellanger se retrouve aujourd'hui reconnu coupable de corruption de mineure, échappant toutefois à la prison ferme ainsi qu'à l'inscription au fichier des délinquants sexuels.

Certains esprits chafouins ne manqueront pas de faire jonction avec l'immense entreprise de corruption et de décérébrage de masse de notre belle jeunesse que représente déjà Skyrock, le média dont le "Maître" est le PDG. Pierrot a simplement voulu ajouter une dimension physique et individuelle à cette entreprise.

Le morceau du jour sans domicile fixe

13 février 2010

Cadeau pour la Saint-Valentin

Offrez à votre femme ou à votre amant un poster du CGB:

Clique pour agrandir salope!


>>> SOURCE (pour les gourmands)

12 février 2010

South Park S12 E08 : Le problème chinois

Huit pisse-copie en rogne ou huit désinformateurs apeurés ?



Je n’apprendrai à personne que ces interviews croisées de journalistes célèbres diffusées par Arte sont un monumental foutage de gueule.
David Pus-Judas, Philippe Valet, Arlette Cabot, Jean-Pépère Elrabache, Franz Olivier Gerber, Edwy Pénal, Axel Gaz et Éric Otorhino se permutent devant la caméra pour un zoli tour de passe-passe désinformateur et propagandiste. Désinformation sur soi et propagande anti-internet.
Déjà, une chose est flagrante : le ton employé.
On sent que ces marsupiaux ne caillettent pas de façon spontanée, mais qu’ils récitent leurs psaumes. Ce fait est trahi par le ton de la voix, ainsi que les légers mouvements oculaires pour mater le prompteur face à eux.
La première partie consiste à reprendre à leurs comptes les critiques antimédias formulés par ses détracteurs et laisse sous-entendre que ça ne les concerne point. On croirait entendre Zemmour.
« Ces putains de journalistes ce sont les autres, mais pas nous, même si de temps en temps, il peut nous arriver de fauter ».
C’est quoi ce faux mea culpa ?!


Tout ce qui est dit dans cette première partie est essentiellement vrai. La désinformation n’a pas pour but de mentir, mais de changer la perception des choses, du sens, chez la cible. Vérité et/ou mensonge sont applicables selon les cibles et les buts. Ceux qui pensent que les médias mainstream ne sont que bobards et bidonnages font gourance. Souvent la vérité ou une part de la vérité est dite, bien plus efficace que le mensonge, mais le sens en est subverti comme dans le cas présent. Pourquoi ont-ils besoin de désinformer ainsi ? Parcequ’il en va de leur réputation, de leur crédibilité et de l’avenir incertain de leur métier. Et c’est là que nous en venons à la deuxième partie de l’émission : cette salope et chieuse d’Internet !
Que redoutent nos posticheurs ? De devenir muets, inexistants, plus que des ombres silencieuses et fugitives à cause d’internet. La toile offre la possibilité de se passer d’eux et ils le savent. Un nombre exponentiel de téléspectateurs désertent la boite à image pour le réseau des réseaux, parce que séduit par l’interactivité qu’offre le web au contraire de la téloche. Ça craint un max pour nos folliculaires. Hors de question de devenir de simples et vrais journalistes à l’instar d’un Péant, d’un Robert ou d’un Carles. Non, c’est pô possible lorsqu’on est accroc à dispenser les prêchi-prêcha libéraux-libertaire du système. Leur métier n’est pas d’être journaliste, mais des propagandistes et des désinformateurs zélés, des curetons sans bures, sans soutanes, mais avec des putains de chapelets dans la cervelle. Ça doit être jouissif de pouvoir donner son avis sur tout, de parasiter la parole de la plèbe, vu le nombre d’abrutis qui s’y emploient (d'ailleurs, je suis étonné qu’on n’y retrouve pas Paul Amar. Serait-il largué l’Amar ?). Quand feront-ils leur véritable métier ? Celui de faire les poubelles de la société.
J’aimerai bien voir Elrabache fouiner dans les comptes bancaires officieux de Clearstream ou Edwy Pénal enquêter et nous expliquer pourquoi Kouchner est un vil enculé.

Internet leur flanque la trouille. Ils se pissent dessus et sont obligés de porter des couches pour nourrisson. Internet, cette hydre tentaculaire, met en danger leur pouvoir. Là vous pouvez y voir les récurrentes salves antiweb qu’ils nous infligent depuis quelque temps, en prenant le prétexte de l’existence de pratiques marginales nauséabondes. Le fameux rapport du MRAP fait partie de ce processus de mise sous tutelle d’internet. Pornographie, pédophilie, racisme, scatologie, rumeur infondée et acharnement contre des personnalités vont servir à légitimer un HADOPI de la censure, centralisée dans les mains d’une organisation, certainement sous l’égide européenne, fondée dans ce but inavouable. Tous les petits Monsterleaw en puissance qui s’acharnent idéologiquement sur les forums ou les commentaires des sites mainstream, dans un prêt-à-penser fourni par leurs idoles et gourous politique, mais sans culture, sans nuances et sans subtilités, ne viennent que leur servir, à grosse louche, indirectement la soupe. Nos propagandistes officiels vous remercient de leur être si bien serviable. Ils ne craignent pas un forum comme l’Organe, car ils préfèrent que de tels vecteurs de convergences, diarrhées bovines où s’attirent de grosses mouches sales, existent. Ça ne les gène pas tant qu’ils restent confinés entre couilles dans leur chartreuse à se cajoler le petit Jésus et à catharsiser leurs ressentiments. Ce qu’ils ne veulent pas, c’est que les mêmes aillent faire acte de présence de leurs auras sataniques sur des sites très populaires comme dailymotion et You Teub pour y démouler un cake. Pas de remous violents dans le mainstream du web ! On doit s’assurer d’une parfaite stabilité ! L’Organe ou autre doit continuer d’exister, de les aimanter, d'être un camp de concentration pour toute les sales gueules du web, sinon tous ces salopards seraient bien capables d’être aussi chiants dans le monde réel que dans le virtuel.
Personne ne doit parler à la place des Maitres de la non-pensée !





Gérard Depardieu : "J'en ai rien à foutre d'être français"



Oui, pour ceux qui ne le savent pas, Riri est Sénégalais

9 février 2010

Exclusivité CGB: Yann Moix en tournée



SOURCES Texte sur les Suisses ; Notice Wiki

Variations sur un (ana)thème



"La majorité des Polonais sont antisémites" (Philippe Teysson)
La majorité des polysémiques sont remplis d'monnaie
La majorité des gens qui s'limitent sont anti-lyonnais
La majorité des Antillais ont la poliomyélite
La majorité des niais sont mités aux antipodes
La majorité des polos sont partis très vite
La majorité des ampoulés-nés sautent en mountain bike
La majorité des épaules sont systématiques
La majorité des ermites d’Interpol hennissent
La majorité de Népalais sont gentils et s’évitent
La majorité des poneys lorgnent les stalagmites
Y’a ma joue ridée de peau en glissant qui s’invite
L’homme ajoute l’idée et Paulo met son tantrisme en mythe
L’âme nage Ô raté des polypes mais songe à Gombrowitz
L’hommage aux ratés dépoile mais son emphysème irrite
Tu baves aux bridés t'es pas à l'unisson: t’es gentil, t’évite
Y’avait Lou Reed et Paul MacCartney sur MTV 8
etc.
etc.
etc.
(Sur une idée de William S. Burroughs)

8 février 2010

Presque trop laid pour être vrai


(Cliquez sur l'image pour l'agrandir)

Je me souviens de « La cathédrale invisible », cette bande dessinée de François Boucq, sur un scénario de Jodorowsky, où un peuple vivant de la mer s’oblige à combattre les plus grosses baleines au harpon, dans de petites barques fragiles, pour obtenir non pas sa chair, mais la gloire de les avoir vaincues. Et, quand le combat se déroule « bien », c'est-à-dire quand la baleine ne tue aucun d’eux, ils s’infligent volontairement des blessures en guise de sacrifice : l’un se coupe un bras, l’autre se crève un œil, un troisième se sacrifie même en se jetant à l’eau, et sombre corps et biens à la recherche de la gloire. Un tel adversaire mérite qu’on souffre pour lui, et ne peut se donner sans contrepartie. Les pêcheurs se mortifient donc pour que personne ne puisse dire qu’il n’est pas dangereux d’affronter les monstres, même si c’est le cas. Cette histoire m’est revenue ce matin, quand j’ai appris que la mosquée de Saint-Étienne avait été souillée de croix gammées.
Evidemment, comme chacun ici-bas (à part les auteurs des faits), je ne sais rien de cette affaire. Je ne dirai donc rien de ses circonstances, la presse s’en chargera. Je veux simplement témoigner d’une pensée qui m’est venue spontanément, toute seule, presque contre mon gré : ça tombe à pic. Survenant moins d’une semaine après le dîner du Crif (où, semble-t-il, on évoque beaucoup plus le déferlant antisémitisme franchouillard que les milliards de raisons qui font qu’il est doux et magnifique d’habiter en France quand on est juif), ce fait divers donne l’impression de rappeler que les Juifs ne sont pas les seuls à affronter le danger fasciste, et que les Musulmans aussi ont leur part de persécutions. C’est assez connu, d’ailleurs : les non catholiques sont en danger en France, il en meurt des cohortes chaque jour et les trains de marchandises en sont pleins. Comme la guerre victimaire est devenue chez nous le seul moyen de se faire plaindre, c’est aussi le seul moyen d’exister. Si vous n’êtes pas victime d’une quelconque oppression, allez mourir ! Le titre de victime fut longtemps une malédiction, un coup du sort, il est devenu une dignité à laquelle on accède à coups de croix gammées, de discrimination (négative uniquement), d’opprobre silencieux et de phobies aux préfixes changeants.
Le Crif est une institution suffisamment puissante pour faire défiler Président de la République ou Premier Ministre chaque année dans un concert de louanges tellement énormes qu’elles puent le faux-jetonnisme : même quand on est Juif depuis Abraham, on ne déclare pas autant d’amour pour les Juifs que François Fillon l’a fait. Dire que « la sécurité d’Israël est une priorité absolue de la France », c’est évidemment mentir, et un peu se foutre des Juifs. « Priorité absolue » signifie qui passe avant toute chose, or pour un premier ministre français, c’est la sécurité de la France qui est une priorité absolue, et pas celle d’un quelconque Etat lointain, fût-il aussi proche de nous qu’Israël. Mais comme on sait que les mots et les promesses n’engagent désormais que ceux qui les écoutent, comme on a pris l’habitude chiraquo-sarkozienne d’entendre les déclarations les plus extravagantes sans réagir, Fillon s’est sûrement cru autorisé à l’éloquence. Je connais quelques personnes concernées qui n’en sont pas dupes du tout, et qui se marrent bien.



Cette attitude des dirigeants est rendue possible par le danger antisémite, mais aussi beaucoup par la véritable priorité absolue : qu’on ne les croit pas capables de passer l’antisémitisme lui-même au crible de la critique ! Soixante-quinze ans après Léon Blum, la France élit un Président fils d’immigré (dont la mère est à moitié juive), adule Yannick Noah et met Jamel Debouze au pinacle des acteurs les mieux payés, mais qu’importe : l’antisémitisme nous est toujours présenté comme absolu, total, proliférant, au moins autant que le racisme. Évidemment, si on crie à l’antisémitisme chaque fois qu’un type peu orthodoxe en traite un autre de pas très catholique, nous aurons rapidement des chiffres épouvantables sur le sujet, épouvantables et faux. Et les affaires de racisme ou d’antisémitisme ont de plus en plus tendance à tomber à pic, comme je le disais plus haut (profanation du cimetière juif de Strasbourg- Cronenbourg deux jours avant le dîner du Crif). Ça ne signifie pas qu’elles soient fausses ni montées de toutes pièces, ça signifie qu’elles semblent opportunément appuyer un discours, une posture et des revendications communautaristes. C’est presque trop laid pour être vrai. Comme cette histoire de braquage à la burqua qui survient comme par miracle au moment où le pays tout entier s’avise que dissimuler son visage en public n’est pas uniquement une affaire de croyance archaïque. On voudrait démontrer les dangers potentiels de la burqua pour la sécurité publique, on ne s’y prendrait pas autrement… Et c’est un anti burqua déclaré qui le pense.
Comme on sait que les médias sont très prompts à relayer les affaires de croix gammées, il est assez légitime de se demander, à chaque fleuraison, si ces croix sont bien naturelles. Après tout, deux coups de pinceaux et hop, le journal de 20 heures ! On a connu des manipulations plus compliquées que ça, on se souvient de l’affaire du RER D, des fausses menaces antisémites contre Alex Moïse, de l’ignoble incendie d’un centre social juif (par un juif) et d’autres affaires du même tonneau. Comme pour les pêcheurs de Jodorowsy qui s’écharpent pour faire comme si le combat avait été meurtrier, j’ai imaginé (pure imagination en l’occurrence) qu’on puisse faire de même à coups de tags racistes, pour faire croire que les nazis sont un danger imminent dans la France de Fillon, et que ceux qui en sont victimes méritent le traitement particulier que les Premiers Ministres réservent désormais aux victimes du mal.

7 février 2010

Le diner du CRIF : goinfrerie, lifting et beaux apparats

Alors que je me rassasiais de mon sauté de veau accompagné de riz et de haricots verts, je me lessivais le cerveau avec le torchon télévisuel et liturgique de treize heures, célébré par David Pus-Judas. Puis vint un court reportage sur le diner du CRIF, dévoilant une suite d’images plus désolantes les unes que les autres.
Ce dîner commémoratif se manifeste sous le signe de l’indécence. Torrent de Champagne Moite & Chaudasse, petits fours créma… avec crèmes onctueuses, robes du soir, costards taillés sur mesure et smokings impeccables dont le coût total est comparable au coût annuel de l’entretien des ruines d’Auschwitz, invités prestigieux affichant de bonnes bouilles enjouées et vieilles bourgeoises surliftées à la ponceuse Bosch. En somme, tout un tas de pique-assiette se goinfrent et se murgent à la santé des sacrifiés juifs de la seconde boucherie mondiale. Il ne manquait plus que les cotillons, un orchestre péruvien et un gâteau d’anniversaire avec soixante-cinq bougies d’où serait sorti Shirel, pendant que sa mère se fait ramoner en double pénétration par Franky Vincent et Aldo Maccione en Afrique, en chantant une version inspirée de « New York, New York », « Tel-Aviv, Tel-Aviv ».
Parce que c’est ça le dîner annuel du CRIF, voyez-vous. Un gueuleton de la haute bourgeoisie sur fond de commémoration festive de la Shoah, de défense de l’image d’Israël et du combat contre l’antisémitisme. On s’en fout plein la panse en pensant à tous ceux qui sont morts dans les camps ou tombés entre les mains charcutières de la Gestapo. C’est comme si on donnait une piécette à un SDF dans le métro, encarté d’un « J’ai faim », pendant qu’on déguste un kebab turc bien gras et surchargé de frites. Une indécence qui ferait même honte à Fouquet (pas le nôtre, mais le cabot de Mazarin et d’Anne d’Autriche).



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Pour ma part, le CRIF et toutes ses organisations semblables entretiennent de manière indirecte l’antisémitisme en France. La grille de lecture girardienne, le désir/rivalité mimétique, s’applique à merveille sur le sujet.
La Shoah, mémoire symbolique, digne successeur en occident du romanichel galiléen sacrifié sur une croix aux environs de l’an 30 après lui-même, est le calife du royaume « souffrance ». Toutefois, un complot sournois se trame dans l’ombre. Le Code Noir, vizir de ce même royaume, veut devenir le calife à la place du calife. Pourquoi ?
Parce que le souverain « Shoah Ier » s’est vautré dans la décadence de la démesure, de l’exagération, du faste sans vergogne et qu’en plus, malheureusement, ça a été efficace du tonnerre de Yahvé. Comme conséquence, le vizir en bave de jalousie et crève d’envie de connaître la même gloire. Lui aussi, il veut ses harems de courtisans, ses dîners annuels où couleraient un vin de palme, où on fumerait une sativa d’Afrique et aussi son gâteau d’anniversaire d’où surgirait Noémie Lenoir en chantant « Kinshasa, Kinshasa ». Je suis certain que ça ne déplairait pas à Dieudonné que Sarkozy lui lèche le trou de balle.

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La Shoah prend le risque en ressuscitant le passé dans le présent, et à le rendre vivant à travers la culpabilité des populations européennes non juives, d’engendrer indirectement une jalousie dangereuse, qui pourrait dans l’absolu et à terme aboutir dans un de ces cauchemars dont le XXème siècle avait le secret.
Ce que le CRIF n’a pas l’air de savoir ou alors s’en branle, c’est que la culpabilité trimballe toujours avec elle son corolaire réactif, le ressentiment. Culpabilité (c’est de ma faute) et ressentiment (c’est de ta faute) ne sont que les recto et verso de la même pièce, frappée par le diable.
Personnellement, je ne me sens point coupable des actes de mes ancêtres proches. D’ailleurs, la plupart n’étaient coupables de rien. Les dénonciations des juifs à la Gestapo ont été marginales, de loin moindres que de planquer des juifs dans sa cave. Personnellement, je n’ai pas l’âme d’un héros. Sous l’occupation allemande, je n’aurais rien fait d’autre que de continuer à vivre ma petite vie de travailleur en faisant comme si rien n’avait changé au fond, et en laissant le soin à ceux qui ont été formés à jouer aux héros, de jouer aux héros.
Personnellement, je n’ai ni dénoncé de juifs à qui que ce soit, ni esclavagisé de noirs, ni scalpé d’apaches, ni construit de murs autour de la Palestine, ni délogé de Palestiniens, je m’amusais juste à génocider les fourmilières quand j’étais poulbot.
Donc, moi, pas coupable votre honneur !

François Fillon devant le CRIF / Le Discours
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En Bonus, la recette du sauté de veau pour cinq personnes :

— 2 poireaux
— 3 carottes
— 1 kg de collier veau
— 1 verre de vin blanc
— 1 cuillère à soupe de fond de veau
— beurre, huile
— sel, poivre

Préparation (n'y voyez aucune métaphore crypto-antisémite):
— Remplir une cocotte d'eau froide et y mettre les morceaux de veau.
— Porter à ébullition et retirer l'écume qui est à la surface.
— Égoutter et laver la cocotte
— Couper les carottes en rondelles assez fines et émincer les poireaux.
— Mettre le beurre et l'huile dans la cocotte et y faire revenir doucement les carottes et les poireaux.
— Verser le vin blanc, délayer le fond de veau avec de l'eau et l'ajouter.
— Mettre les morceaux de viande, salée, poivrée.
— Laisser mijoter une heure.
— - Enlever viande et légumes, réserver dans un plat avec du papier film par dessus pour garder tout chaud
— Ajouter des morceaux de beurre petit à petit en fouettant la sauce.
— Ajouter des champignons cuits à l'avance.

Dès son 1er jour de taf, Trump annule un accord libre-échangiste. Toi Président, tu ferais quoi?