8 novembre 2008

Violences dans les banlieues : l’arme du pouvoir

Un article récupéré sur le grain de sable

Violences dans les banlieues : l’arme du pouvoir

Depuis quelques années la délinquance est devenu l'un des problèmes principaux de la société française. Des évènement rappellent périodiquement que ce phénomène qui gangrène la société française n'est toujours pas résolu. Mais veut-on vraiment combattre la délinquance ?
Les rues se vident, l'espace public se délite, chacun se replie sur sa sphère privée, meuble ses soirées en regardant la télévision: quoi de plus favorable à l'exercice de l'autorité ? En laissant les délinquants agir à sa place, le pouvoir fait d'une pierre deux coups.
L'ordre se défait, mais le désarroi même qui en résulte débouche paradoxalement dans une relégitimation du pouvoir, car le pouvoir apparaît comme l'ultime rempart contre le désordre triomphant (1)

La politique de Nicolas Sarkozy faites d'annonces tonitruantes et de déplacements spectaculaires dans ces banlieues sensibles n'ont pas du tout apaisé ces quartiers. Bien au contraire. Le numéro du Canard Enchaîné du 20 juillet 2005 était sorti de cette bien-pensance, qui caractérise la presse française, en osant établir le véritable bilan de Nicolas Sarkozy en tant que Ministre de l'intérieur. Pas très reluisant ! Et même désastreux ! « DÉFENSE de donner les vrais chiffres ! L'ordre vient du cabinet du ministre, et il a été répercuté à la police et aux pompiers après la vague d'incendies volontaires de voitures qui a enflammé les banlieues avant, pendant et après le 14-Juillet(...) »

L'insécurité n'est donc pas combattu. La fonction actuelle de la police n'est pas de combattre l'insécurité ; elle est ce qui est différent, de contrôler et de surveiller les personnes.(2)

Ainsi depuis quelques jours à Clichy-sous-Bois (93), l’ électrocution de deux adolescents qui s'étaient réfugiés dans un transformateur ont entraîné plusieurs nuits d'émeutes.

Face à ces évènement les médias font preuve d’une indignation très sélective. La différence de traitement est choquante et flagrante entre la mort certes accidentelle, mais dans laquelle ils ont leur part de responsabilité, de ces deux adolescents de Clichy et celle de ce père de famille atrocement exécuté par des jeunes à Epinay-sur Seine parce qu'il avait eu le tort de s'aventurer dans ce quartier. Selon Libération « Les jeunes l'ont passé à tabac, sous les yeux de sa femme et de sa fille, restées dans la voiture. Sous les yeux aussi d'un certain nombre de témoins qui ne sont pas intervenus. Une supérette, un bar-PMU et une pharmacie contribuent en effet à rendre ce secteur plutôt animé. «Personne ne lui est venu en aide», commente-t-on chez les enquêteurs. » Commentaire assez étonnant. L'état n'arrive pas à maintenir l'ordre ; un simple citoyen le peut-il ? Si vraiment quelqu'un était intervenu et aurait réussi à maîtriser les agresseurs. Que se serait-il passé ? La justice aurait-elle défendu cet acte d'autodéfense ? Comme le signalait Eric Werner dans le dernier numéro d'Eléments :

Ce que craignent les dirigeants , leur véritable hantise en fait, ce n'est pas l' insécurité, ce sont les réactions éventuelles face à l'insécurité. Car là ils ne plaisantent pas. Les lois en la matière sont appliquées dans toute leur rigueur. C'est le seul domaine où elles le sont, mais là elles le sont. Le moindre écart dans ce domaine se paye au prix fort. La législation sur le port d’armes et l'acquisition d'armes à feu est également devenue très restrictive. La conséquence en est que les actes de légitime défense, à plus forte raison encore d'autodéfense, se font aujourd'hui de plus en plus rares. Il y a trois ans, une lycéenne de 15 ans, bonne élève et sans histoire, tua son agresseur, un individu « bien connu des services de police », en lui plantant un coup de couteau. Le procureur la fit aussitôt incarcérer. « Face à un acte aussi grave, il était difficile de ne pas marquer le coup », déclara-t-il. Effectivement, c'est exceptionnel. En règle général, les victimes préfèrent ne pas se défendre. C'est ce que voulait dire le procureur. Il est exceptionnel également que d’éventuels témoins se portent au secours des victimes. Quand, sur certaines lignes de transports en commun, des voyageurs se font frapper, racketter, etc., les gens se plongent aussitôt dans leur journal ou regardent ailleurs. On explique ordinairement cette attitude par la peur, peur d'être soi-même frappé ou blessé si l’on intervenait. Mais l'explication est insuffisante. Il faut aussi prendre en compte la perception que les gens ont de l'attitude du pouvoir en la matière. Les gens sentent en effet très bien que le pouvoir n'est que modérément contre l'insécurité mais plutôt pour.(3)


Fabrice Trochet le 2 Novembre 2005
(1) Eric Werner "L'avant guerre civile" ( l'âge d'homme 1999)
(2)Entretien avec Eric Werner dans Eléments N°118 (Automne 2005)
(3)Entretien avec Eric Werner dans Eléments N°118 (Automne 2005)

7 commentaires:

  1. Comme disait l'autre : "Brésil, terre d'avenir".

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  2. Encore un billet qui va nous faire apprécier les robins à leur juste valeur. "A chacun son dû", dit un proverbe antique...


    UN FAN

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  3. Cet article donne la nausée tellement il est dans le vrai...

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  4. En même temps ça ne date pas d'hier : on sait depuis longtemps que si tu tabasses un cambrioleur il peut porter plainte et c'est pour ta gueule, la justice bypassant sympathiquement les raisons de sa présence chez toi...

    Pays de merde.

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  5. Merci d'avoir publié cet article qui n'est tout de même pas récent.
    Quant à Robert Patrick je viens de découvrir vos sites et notre intérêt commun : le Japon. Comme je me suis marié à une japonaise j'apprends donc le Japonais. Félicitations pour votre site d'apprentissage de cette langue.

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  6. Il y avait de bons articles complémentaires dans "Eléments" n°128 "Faut-il avoir peur de la violence ?" .

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  7. Moi je dis: Marcel Campion président !

    Et Robert Patrick, euh, prof à l'INALCO ? Modérateur sur FJ ?

    Clarence, qui raconte que des conneries...

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Dès son 1er jour de taf, Trump annule un accord libre-échangiste. Toi Président, tu ferais quoi?