Paru d'abord aux éditions Climats (toujours incontournables) en 2002 puis, de façon plus surprenante, réédité et réactualisé par Actes Sud (les éditeurs seraient-ils mieux inspirés dans le Sud?) dans sa collection de poche Babel en avril dernier, cet ouvrage vite avalé pourra vous fournir (chose rare et précieuse) d'intéressantes pistes de réflexions sur la dangereuse dériliction du langage ainsi que l'appauvrissement et la pollution du régime fictionnel dans notre société "communicationnelle". En honnête disciple de Walter Benjamin, Hannah Arendt et Jean Baudrillard, Salmon porte un éclairage digne d'intérêt sur les récentes dérives post-11 septembre du monde occidental. Mais un court extrait valant bien mieux qu'un long discours lénifiant, je laisse parler l'auteur :

Au moment de l'affaire Dreyfus et du J'accuse de Zola, la presse écrite avait permis l'essor de l'Intelligentsia. Aujourd'hui la télévision a promu une nouvelle classe d'intellectuels : composée d'animateurs-producteurs, de journalistes, d'écrivains publicistes, d'experts en tout genre (médicaux, militaires, économistes, psychologues...). J'ai proposé de baptiser ces nouveaux intellectuels, que Marx qualifiait déjà de faiseurs de nuages, non plus l'Intelligentsia, mais l'Illusentsia.
Son rôle n'est évidemment plus d'analyser ou d'éclairer l'expérience qu'on s'emploie par ailleurs à faire disparaître mais d'occuper l'espace symbolique ainsi laissé vacant. Ce sont les mutants du mutisme! D'où un affairement de tous les instants peu propice au travail intellectuel mais conforme au bourdonnement incessant que produit l'univers des affaires et de la politique. C'est à l'affairement que l'on reconnaît les conseillers du prince ou les commis voyageurs.
(...)
Télé-intellectuels. Télé-engagés dans la télé-réalité. Ils sont les agents de surface du système médiatique."
Saurait-on mieux dire?
Au commencement était le SMS !
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