14 janvier 2009

Grand Hosto ! (2)


GRRAND HOS-THOOO!!!!!

Tadadamm,
tadza tadza tadzada tadadamm,
ta dadza dam
tadadzaaaaaAAA-DAM!!

Hystérique, le public hurle une joie magnifique en faisant crépiter par salves des applaudissements évoquant le tacatac caractéristique de l’AK47.
Les jeux de lumières fondent des gradins à la scène comme des Stukas touchés et donnent le vertige aux éclairagistes eux-mêmes. Des projecteurs arrosent le public de ronds aveuglants qui parcourent l’espace avec frénésie. La pyrotechnie embrase le décor en des explosions suraiguës d’où naissent des fumées roses et blanches parfumées à la fraise.
(Quand elle lève la jambe, la danseuse du premier rang tout à gauche fait voir, débordant du plus mince de sa culotte, un sexe glabre rond et rose comme un petit fruit. Assis au premier rang, Gabriel Brendovnak, garagiste descendu des Flandres sur invitation spéciale pour assister à la première, ne regarde plus personne qu’elle, fixement, nerveusement.)
La musique... la musique est vraiment nulle. C’est un chaos de cuivres barrissant comme des pachydermes pris de rhume. L’orchestre est toutefois impressionnant: sur cinq rangs, soixante neuf musiciens habillés en ambulanciers ondulent au rythme binaire de l’hymne du Jeu. Chaque note de la simplette mélodie composée pour l’occasion est ponctuée par un fracassant coup de charleston digne des pires fantaisies heavy metal.
TadadzaaaaaAAA-DAM!!

Malgré la désespérante platitude de cet air pour fanfare, on scande le tempo en frappant dans ses mains comme si l’on priait le ciel de s’ouvrir: la joie du public trouve en cette occasion un moyen d’expression à la portée de tous. Des cris, oui des cris! des gens crient pour que commence ce show et pour qu’on leur serve enfin le jeu-spectacle dont ils se souviendront toute leur vie.
Sur la scène envahie de reflets lumineux dansent les quarante plus belles danseuses qu’on puisse voir. Pas une qui ne soit que jolie, pas une qui ne possède pas tout ce dont on puisse rêver:
jeunesse,
grâce,
souplesse,
dents blanches.

Leurs tenues d’infirmières ont été raccourcies juste ce qu’il faut pour que l’image de leurs cuisses entrent à jamais dans l’esprit des millions d’yeux braqués sur elles.
Bon sang, dire qu’il va falloir que ces filles arrêtent de danser dès qu’Hippo sera là, se disent quelques mâles minoritaires dans la foule.
Elles entonnent maintenant la chanson que tout le monde a déjà entendu mille fois, le tube lancé pour la promotion du jeu, le plus fulgurant succès de ces cinq dernières années (quatre millions de disques vendus), le morceau qui relancé la carrière essoufflée de Nina Mozambik: Grand Hosto!

QUI VEUT JOUER AU DOCTEUR?
QUI VEUT PASSER UN QUART D’HEURE
COUCHE SUR LE LIT
EN BONNE COMPAGNIE?

QUI VEUT JOUER AU DOCTEUR?
QUI VEUT JOUER ÔÔÔÔ DOC-TEUR?
AU GRAND-GRAND-GRAND
GRAND HOSTO
!

Dire simplement que l’ambiance tourne au délire collectif constituerait une sorte de modèle euphémique: les gens trépignent debout, ils ne dansent pas mais littéralement se tordent de joie, faisant aller leur bassin d’arrière en avant sur les syllabes DOC-TEUR avec un ensemble digne d’une armée de métier, ils reproduisent comme à la parade la chorégraphie dont le clip partout a donné l’exemple, ils se déboutonnent, se décravatent, hurlent leur bonheur d’être eux aussi ce qu’ils mettent le plus haut: des vedettes. La basse énorme, colossale, souterraine (chom, chom) qui saucissonne les mesures à quatre temps est maintenant soulignée par le martèlement machinal de centaines de pieds: le sol vibre et tremble comme annonçant l’arrivée d’un régiment de blindés.
Quand la chanson se termine et comme par un accord tacite qui toucherait au magique, les pieds et les mains continuent de scander le rythme entêtant avec la régularité d’un monstrueux métronome. Sautant à pieds joints et gueulant comme au stade, trois mille fidèles exhortent leur messie d’apparaître:

HI-PPO! HI-PPO! HI-PPO! HI-PPO!

Ponctuellement, et sans qu’aucun signal ne leur soit donné, les adeptes doublent le rythme de l’incantation hippophilique:

HI-PPO, HI-PPO! HI-PPO, HI-PPO! HI-PPO, HI-PPO!

Les gorilles du service de sécurité (mis à disposition par safety and order, l’entreprise que dirige le massif Gehrard Conda-Lasner,) échangent des sourires admiratifs: c’est encore plus impressionnant qu’une soirée mousse au First and Top!
Sur des écrans absolument géants sont diffusées en temps réel les images du public en train de bondir: se nourrissant de son propre reflet, la foule semble parvenir à un état de satisfaction et de jouissance proche de l’obscène.
Mais soudain, dominant le vacarme de l’allégresse populaire, des sirènes: trois ambulances d’un modèle ancien (énorme voiture américaine chromée des années 50) s’avancent sur le plateau. Leurs feux multicolores clignotent désespérément, bleu, rouge, bleu, rouge, mais l’allure très lente des véhicules donne une immédiate impression de parade niaise. De ces ambulances sortent une à une des créatures splendides accompagnées chaque fois par les éclats de cymbales de l’orchestre ranimé. Si les danseuses de tout à l’heure avaient marqué les esprits, celles-ci font des ravages: leur perfection physique est une performance qui suscite l’incrédulité. C’est tellement beau, excitant, exaltant, parfait! c’est si proche d’un fantasme qu’on jurerait leurs culs virtuels, leurs sourires de synthèse, leurs cuisses trafiquées. Elles ont toutes des seins énormes plein la poitrine. Avoir réussi à regrouper autant d’extraordinaires spécimens sur un même plateau de télé justifierait l’argent dépensé pour le Jeu, et pourrait d’ailleurs constituer en soi un jeu à succès.
Après quelques passements de jambes et des sauts gracieux, ces demoiselles s’arrêtent avec un ensemble parfait, leurs mains tendues vers l’arrière de la troisième voiture: un roulement de tambourrrrrrrrrrr et... VLAN! C’est lui! Hippo bondit hors de l’ambulance dans un déchaînement musical complet et sous les hourras les plus fracassants qu’on ait entendus depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Cette attente, cette montée en puissance du désir de voir ce héros de si près ont transformé la joie du public en une quasi éjaculation collective.
Il est vachement petit! T’as vu? se disent immédiatement un bon nombre de spectateurs surpris que l’image de grand mec mince qui réussit tout avec le sourire soit à ce point éloignée de la réalité. Quand il passe entre les deux rangées de danseuses (il est vrai qu’elles sont grandes, bronzées et suuuuublimes), il ressemble tout à coup à un pauvre paysan picard égaré dans une piscine d’Hollywood.
Mais ce fragment de seconde où l’on voit réellement qui est sur la scène est interrompu par le colossal et traditionnel salut de l’animateur-rex:

Hello la foule!!
Pendant que s’exprime la gaîté simple des groupies, le plateau se vide des danseuses et des musiciens pour laisser la place au maître de cérémonie seul face à tous, nimbé maintenant des feux d’une dizaine de projecteurs, apparaissant comme suspendu dans le vide au dessus du sol lisse de la scène.
(à suivre)

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