24 décembre 2013

La colline aux cervidés - une enquête de Jack Ellroy






Il entra.

Les cheveux fous, lunettes à monture d'écailles, chemisette sans cravate, un intellectuel. Madone! Un intellectuel joufflu.

Il s'assit d'autorité, joignit ses mains, et me fixa d'un air constipé. Silence épais comme le smog fumant d'ici à la Saint Fernand Vallée.

- « L'espèce d'onction de la maréchaussée donne l'impression que le détective privé est un peu le monarque qui se serait oint de la Sainte Huile du crâne de Kojak et autres Columbo. Et c'est pourquoi je m'adresse à vous. Déclara-t'il en préambule. »

Mon nom est Jack Ellroy et toute ma vie j'ai combattu le crime, le vice, et les pires déchets crasseux homicides de cité U, mais jamais on ne m'avait parlé comme ça. Mes maxillaires se durcirent, et cette petite artère temporale se mit à battre le rythme martial de sanguinaires expéditions Simba. Mon téton gauche palpita au contact des 900 grammes du Mac 50 reposant dans son holster de poitrine. J'écrasai mon mégot sur la planche de contreplaqué qui me sert de bureau et tendit un index vigoureux en sa direction...

Peine perdue, l'animal était plus rapide que moi.

- « Le Lapin de Pâques et Bill du Bigdil n'existent que parce que la mort impose aux hommes d'inventer des parades, voire à désamorcer et dévitaliser son originalité qui se réduit à la somme de malentendus et à son corrélat : l'évitement du déplaisir... Lâââchez-moi, gens d'arme, on attaque Miguel von Ffray, on attaque la philosophie! »

J'ai fait le tour du bureau, attrapé ce morpion par le colback, ouvert la porte pour la lui coller dans la gueule. Schboïnk, le philosophe! Il s'écroule, le Miguel, tandis que la crosse de mon pistolet s'abat avec une régularité suisse entre ses mèches folasses. Ça chamboule la tectonique de sa boîte crânienne, au sorbonnard, ça fera plus jamais mai 68, putain de gauchiste. Vingt ans de police française. Vingt de philo à coups d'annuaire, de Château-Rouge à Riom. De la Françafrique au grand Clermont. On est toujours trahi par l'arrière, comme disait le colonel Steevy.

Le petit tas sanguinolent fût expulsé sur le trottoir sordide de la cité de Lézangelets, ville perdue, abandonnée au syndicalisme marxiste et à la marijuana.

Il était temps d'aller s'en jeter un.


23 heures, au bar de la Marine...

J'attrape ce petit cul rebondi et colle le reste contre le mur des chiottes. Trachida, elle s'appelle Trachida. Je tangue sur ce vaisseau du désert comme un soir de beaujolais nouveau.

Flashback. Jeune et moustachu, au service du SAC et du Général, dès que je l'ai vue, j'ai su qu'elle irait loin. Trachida, avec son seau et sa serpillière. La petite Trachida et le gros Charly. Que de chemin parcouru! Un PMU aux Lilas rien qu'à elle, un peu à moi, même si son enfant n'est pas le mien. Même si...

Ses ongles mutins déchirent mes fesses offertes en y dessinant des croix de Lorraine, mon anus s'ouvre et se referme, lançant un appel muet alors que le petit général micro se tend, turgescent, gorgé des promesses d'un plaisir pompidolien à venir.

Puis, nous sombrons sur la cuvette...

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Mardi matin, onze heures...

La sonnerie du téléphone détonne comme un vietnamien armé d'un bangalore. Réveil brusque en cette position fœtale dont je n'ai jamais pu me débarrasser depuis le camp 113, allongé sur mon bureau. Le contreplaqué tremble et les flaques de vomissures sont prises de convulsions, telles les bajoues de Roselyne Bachelot quand elle pouffe. Roselyne. Elle s'appelle Roselyne...

Droooooong...

Je décroche le combiné d'un coup de mon nez Bourbon et contemple cette horreur...

« -Mmmmnuuprf?

-Ellroy, Jack Ellroy?

-Hhhong!

-Ici le procureur, mais dites-moi, vous n'êtes pas bien, mon petit vieux? Savez-vous que vous avez couvert de horions un des fleurons de notre pensée française, le tout gratuitement, alors qu'il s'adressait à vos services pour une affaire de la plus haute importance? Miguel von Ffray, le philosophe athéiste, mon vieux, vous ne lisez donc jamais? Errez-vous donc en ces temps ténébreux où le peuple moquait l'inculture du gardien de la paix, rétrograde?

-Mmhhnon, oh!

-Un lapin.

-Hein?

-On dit « comment ».

-Quoi? Quel lapin? Il était tout seul.

-Un lapin, Miguel a déterré un lapin de toute splendeur.

-A Noël, il aurait mieux fait de se farcir une dinde...

-N'aggravez pas votre cas, éthylique histrion! Un lapin, si vous préférez, il a levé un lièvre. Voici, je cite : l'athée, avant de qualifier le négateur de Dieu, sert à poursuivre et à condamner la pensée de l'affranchi, même de la façon la plus infime, de l'autorité et de la tutelle sociale en matière de pensée et de réflexion. En d'autres termes, cette histoire de Père Noël est parfaitement irrationnelle et ne servirait qu'à couvrir un réseau d'agresseurs pédophiles sexagénaires et antédiluviens par effraction.

-Bon sang! La cheminée, les enfants...

-Ne sont qu'une métaphore sordide. Agent Jacques Ellroy, La République et la Laïcité ont besoin de vous. »

Le proc raccrocha. Sonné, j'étais sonné. Les immondes dégueulasses! La décision inébranlable s'imposa à moi, plus jamais nos chères têtes blondes n'auraient le cul marron.


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Quatorze heures, en route pour les Galeries Lafayotte...

Le bus de l'horreur s'ébranlait péniblement parmi la circulation cancérigène, autour de moi, les passagers arboraient tous des paquets cadeaux. Complices ou victimes? Ils étaient tous suspects, ma propre mère était également sur la liste. La votre aussi. La petite roue dentée de la réflexion policière en enclencha une autre, si le Père Noël est pédophile, quid des prêtres qui le couvrent? Mon Dieu, sommes-nous tous aveugles? Pourquoi personne n'a jamais pensé aux prêtres?

La sueur s'épaissit sur mon front et coula le long des ailes de mon nez que je porte français. Le petit Jésus dans une masure abandonnée en pleine campagne péri-urbaine en compagnie d'immigrés inconnus qui, comme par hasard, sont barbus et portent robes. Des Rois Mages au Père Noël, deux millénaires de criminalité sans domicile connu. Les elfes, graciles et asexués, sans âge. Les rennes. Non, les rennes sont les dupes de l'histoire, ils portent le chapeau pour les autres, les grands, les puissants. Si seulement j'avais le temps d'aller faire un tour au Louvre...

Foule oppressante de silhouettes hostiles s'engouffrant dans l'édifice immense aux colonnes de granit, m'entraînant au sein du temple de la perdition.

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D'un pas décidé, la justice aveugle et moi nous dirigeâmes vers les lieux d'aisance. J'ai fait don de ma vie à la carrière de flic, vivant chaque jour comme une victoire arrachée au hasard. Mais si j'ai un grand cœur, sous mes dehors de fauve gaulois, se cache une vessie exigeante.

Clignoti! Clignota! Ces signaux alternatifs accrochent ma vision périphérique. Un nouveau-né hurle et se débat sur l'autel de faïence. Penchée au-dessus du corps sacrificiel, une vilaine coiffée du ridicule bonnet rouge de l'ennemi s'apprête à se livrer à de publics outrages. En un éclair, le Mac 50 apparaît comme par magie au bout de mon bras. La cartouche de 9mm détonne dans un orage de cordite, de bruit et de lumière. L'odeur âcre de la poudre m'envahit tandis que le visage de cette délinquante explose en débris sanguinolents.

L'avalanche d'une chasse d'eau, une balle. Une porte claque, une balle supplémentaire. Fureur légitime que rien ne saurait épancher. Les couches remplies d'impacts volètent dans l'atmosphère enfin silencieuse.

Mon nom est Jack Ellroy, et c'est les bonnets rouges ou moi.

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Des sables du Jardin de l'Observatoire jusqu'à l'accordéon de Giscard, j'ai été de tous les coups tordus, baignant dans des fleuves de sang. Mais jamais n'avais-je dû aller jusqu'au bout de moi-même, lâché par les plus hautes autorités de l'État, avec pour tout compagnon un pistolet automatique, l'intuition d'un philosophe hospitalisé et certainement socialiste, et le rayon alcool perdu quelque part dans ce labyrinthe. Le dé fatidique roula, alors que je courais déjà.

Je courais vers le sapin titanesque du rez-de-chaussée, l'arme au poing. Centenaire sequoia que j'escaladais comme un bonobo furtif de cent kilos de barbouzerie déchaînée. Mon astuce était simple, créer le maximum de bordel et flinguer la tête de l'hydre. Les cinq mètres de l'arbre colossal flageolèrent bientôt, jusqu'à la chute irrémédiable. Rétabli d'un backflip multiple, je scrutais l'espace angoissant depuis le sommet tandis que les cinq tonnes de sapin de Noël s'écrasait sur la foule complice.

Parmi les cris et les larmes des usagers pris aux piège, je traversais la verrière, roulant-boulant le long du trottoir. Instants douloureux, cotonneux, dont les images reviendront me hanter sans cesse. L'incendie se répand, les conduites de gaz implosent, le sang coule et la peau craquèle, se rompt, sous l'effet napalm de la graisse liquéfiée du foie gras à très haute température.

Ombres chinoises, en toile de fond de cette horreur, le Père Noël se dresse sur son trône, lève ses bras racornis vers un ciel qui le maudit, les petits innocents chutant de ses genoux, morts avant le déshonneur, morts bénis., petits anges.

Enfin, le Bourreau Rouge pousse son dernier soupir. En volutes, la noire horreur s'échappe de lui par miasmes aériens, mais peut-être étaient-ce des personnes âgées fuyant par ce qui restait d'escaliers. On n'y voyait plus très bien, et j'étais fatigué. C'est l'effet que m'a toujours fait la philosophie. On commence à philosopher, et on perd l'Indochine. Ou les Galeries Lafayotte.

Ou Pompidou, mais pour d'autres raisons indépendantes de notre volonté, à nous autres, homme d'action de droite.

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On m'appelle Jack Ellroy.

J'ai fait du catch en duo et collé des affiches pour le RPF. J'ai créé des maquis anti-Fillon et exfiltré Depardieu jusqu'à la frontière.

Je sais que je ne rentrerai jamais dans les livres d'histoire. Gaulliste anonyme, gorille cacochyme, gaulois héroïque.

On appelle Jacques Ellroy quand tout est perdu.



2 commentaires:

  1. Les billets de Joe me procurent un plaisir intense.

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  2. C'est bien ce que disent les femmes en général, vile flatteuse.

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Attention : le CGB n est pas une démocratie. Si t es qu un gros con de troll, tu seras irrémédiablement réduit au silence.
(Les anonymes serviront de cibles aux tirs d exercice.)

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