2 mai 2020

Vol et brigandage à travers les âges

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Vol et brigandage au Moyen âge est un livre à recommander aux amateurs de la petite Histoire. Par l’étude d’archives judiciaires de différentes villes françaises, il raconte comment vol et voleurs ont été perçus, considérés, organisés et sanctionnés au long de cette période.

Il est intéressant de voir que la définition sociale du vol évolue au fil des siècles. Au début du féodalisme, le vol est fortement attaché à la nuit et à la notion d’obscurité dans laquelle il est commis. On vole de nuit, et par extension symbolique, on vole dans l’ombre, “dans le dos” de la société. L'acte de trahison et de fourberie est ce qui constitue la gravité fondamentale du crime, plus que la matérialité, l’objet du vol ou la valeur du bien volé. Ce qui est incriminé, c’est avant tout la rupture de confiance, la rupture d’un pacte social établi sur la loyauté au seigneur, et à la communauté.



Etonnante également : la relative clémence qui entoure le vol, la prise en considération de circonstances atténuantes dans les jugements, qui nous éloigne de l’image d’Epinal d’un Moyen âge intraitable. Les femmes par exemple, dont les vols sont souvent liés à la nécessité, sont peu sanctionnées. Les primo-voleurs également - c’est en cas de récidive que les choses se corsent : le récidiviste n’y coupe pas, le multi-récidiviste peut être mutilé (oreille, doigt, main...), marqué corporellement comme pour permettre aux bonnes gens de se garder de lui. Une sorte de bracelet électronique. Dans les cas les plus graves, la peine va au-delà de la mort : on interdit aux familles de décrocher du gibet le corps du supplicié pendant un certain nombre de jours. Il n’ira pas en terre dans son intégrité.

Le vol est enfin lié aux guerres, qui lorsqu’elles se terminent, relâchent dans la nature des hordes de brigands qui arpentent les campagnes sans plus pouvoir compter sur l’intendance de l’armée. Le développement des bourgs entraîne une certaine professionnalisation du vol. De temps en temps, l’autorité royale est sommée de constituer des troupes de sécurité pour traquer les bandes devenues trop importantes dans certaines régions ou forêts (on ne les appelle pas encore « territoires perdus de la République »).

Notre perception du vol et du brigand est désormais bien différente. Entre temps, sont passés par-là le « voleur de pommes » chanté par Brassens, le cinéma d’amour pour les grands bandits, la fascination pour le rebelle, pour le voyou et à présent pour le « thug »… Une sympathie certaine s'est développée pour cette population dans son ensemble. Loin de les considérer irréparablement fautifs d’avoir rompu un code de la confiance sociale, loin de vouloir les marquer à vie pour les reconnaître, nous leur accordons plutôt une sorte de seconde innocence dès lors qu’ils sont derrière les barreaux. Nous ne voulons plus savoir ce qu'ils ont fait. Les gens en prison sont, de fait, de simples résidents des prisons, et l’on n’est plus sûr au juste de la raison pour laquelle on les maintient là. D'ailleurs, on ne les y maintient plus.

11 commentaires:

  1. J'en appelle au Politburo du CGB : je croyais qu'il y avait un délai de décence de quelques jours avant de publier un nouvel article ? Pour avis, KT

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    1. On évite surtout de coller une vidéo ou un son du jour par dessus un article tout frais.
      Là y'a eu 24h entre les deux. Tu demandes combien de jours ô Kevin ?

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  2. J'ai toujours pensé qu'il n’était pas possible les gens se soient comportés dans le passé de façon aussi barbare, violente et brutale qu'on nous l'a dit à l'école. Non, les propriétaires d'esclaves ne passaient probablement pas leur temps à fouetter les femmes noires enceintes, les inquisiteurs ne brûlaient pas les sorcières vivantes en hurlant hystériquement (on les étranglait avant), etc... Bon : cela dit, il y a toujours eu des sadiques, mais de là à en faire une règle... Les Dark Vador c'est pour le cinéma.

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    1. L'Inquisition médiévale ne s'est jamais trop soucié des sorcières : sa grande affaire était de combattre les hérésies. Du reste, les bûchers de sorcières se sont surtout multipliés à partir de la Renaissance et au début de l'Âge classique : au Moyen Âge, ils étaient très anecdotiques (sauf pour celles qui sont grimpées dessus, évidemment).

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    2. kobus van cleef5 mai 2020 à 21:12

      à Cuba, notre guide cocommummuniniste nous a montré dans une plantation de café du 18ème finissant, une dalle avec une délicate excavation dedans
      qu'est ce donc?
      hé bé l'endroit où on fouettait les esclaves nègres enceintes
      ha bon,mais pourquoi donc?
      ha bin comme ça
      bon d'accord, comme ça

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  3. Ah, zut et archizut ! Moi qui arrivais avec mon petit commentaire tout fignolé, voilà que je n'ose plus le déposer ici, de peur de faire de l'ombre à M. Torquemada.

    Je sors sur la pointe des pieds et repasserai peut-être lorsque aura expiré le délai d'incubation…

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    1. Vous pouvez, vous pouvez, tant que la distance est respectée!

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  4. « On vole de nuit »

    Sans doute médiévale à son origine, on notera tout de même que cette pratique s'est poursuivie jusqu'à Saint-Exupéry inclus.

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  5. kobus van cleef10 mai 2020 à 16:18

    On écoutera avec profit le podcast"passions médiévistes" libre d'accès, qui résume en quelques 30 à 45 minutes le sujet de thèse d'un docteur en histoire, on y trouve des perles,les exécutions judiciaires aux temps médiévaux, par exemple
    Ou la sexualité ( enfin, la perception qu'on peut en retirer à partir de l'analyse des sources)
    C'est un peu une malle aux trésors,y a qu'à fouiller !
    Perso, j'adore

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  6. lisez "historiquement correct" de Jean Sevillia, c'est saisissant

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