21 février 2021

Triomphe - Roman publié en feuilleton, partie 3

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Autre règle de la pauvreté : Rester digne. La misère, c’est comme la vérole, elle laisse des traces, des stigmates... Si elle est trop grande, trop anciennes, elle finit par se lire sur les visages – des gueules trop boursouflées, trop fatiguées, trop marquées par l’échec, le mauvais sort, la peur des lendemains, les stigmates du Jägermeister… Le riche se détruit dans le confort – c’est de l’autodestruction dans la soie, toute en poses… Le Pauvre, lui, s’assomme de nourritures industrielles grasses et salées, d’alcools, de tabac, de drogues légales ou illégales, de tranquillisants, d’anxiolytiques et autres pilules fournies gracieusement par l’industrie pharmaceutique… La bière et le shit, voilà la pauvreté.

Avec un tel départ dans la vie, Alex aura toujours peur de la pauvreté, peur d’être contaminé… Les pauvres me répugnent… Tous ces types sur les trottoirs… Edentés… Fainéants… Qui viennent de je ne sais où… Toujours à demander quelque chose, à taper du fric, à me regarder de toute leur laideur… De toute leur crasse… Ils sont rouges, ils sont noirs, ils sont gris… Ils ont des moignons… Des pieds tordus… Des pustules… Pleins de pustules… Ils sentent la vinasse et le mauvais tabac… Ils puent la pisse… Ils refusent de travailler, ils ne voient pas la vertu qu’il y a dans le travail… La pauvreté, c’est la maladie, la mort, la laideur : la richesse, c’est le travail, l’effort, le caractère, la règle et l’hygiène, la netteté surtout, oui, voilà, la netteté…

Pour Alex, la pauvreté, c’est pire que la mort, c’est une déchéance biologique, une obscénité sans nom…

Et voici ce qu’il pense, voici son langage d’obsession, son mantra cérébral, sa pensée secrète et qui tourne en boucle dans sa conscience :

Agir agir agir et courir courir courir et suer suer suer et crier crier crier et marquer marquer marquer et gagner gagner gagner POUR ne pas être pauvre ne pas revenir à la case départ ne pas avoir faim ne pas avoir honte de ses habits ne pas vivre dans un camping-car ne pas jouer sur un parking.

*

Le Père laisse Alex pour une semaine au stage régional du Dynamo Kiev, sous la direction de Roman Didenko. But : parfaire sa connaissance des techniques de tir et de distribution de jeu. Alex se retrouve parmi une meute d’enfants – garçons et filles – comme lui avides de réussite, et qui voient le foot comme une épreuve de vie. Cette fois encore, il écrase le groupe par sa supériorité physique et sa vision clairvoyante du jeu.

*

Ils ont des habits modestes et démodés. Le Père s’habille comme il y a cinquante ans – coupe, couleur et matière… En bon ouvrier, il porte un bleu de travail, tissu et coupe fonctionnels, sobres, costauds, symbole de l’ouvrier jeté au monde avec fierté, mais sans y penser. Sinon, il est sobre de style. On dirait un calviniste, un calviniste prolo et bleu… Parfois une cravate, mais alors noire, juste pour les circonstances les plus graves – les obsèques d’un camarade mort sur un chantier, tombé dans le métal en fusion d’une aciérie ou écrasé dans un tunnel de mine qui s’écroule. Ou encore rongé par la radioactivité. Le reste du temps, il est en bleu de travail. Il le porte comme d’autres porterait un costume. Ce bleu de travail, c’est son idée de l’élégance et peut-être même de ce qu’il est. La semaine où il est passé ouvrier hautement qualifié, il a mis un stylo dans sa poche extérieure. Ça voulait dire à tout le monde qu’il ne bossait plus comme un esclave, mais qu’il avait du temps pour réfléchir, commander, décider.

Et puis il y a ses tee-shirts – la touche fantaisiste qu’il s’autorise et il ne fait pas dans la demi-mesure dans ce domaine.

Il n’a que des chaussures solides, fabriquées ici et pas en Chine. Il résiste contre l’avenir promis d’un monde harmonieux et développé où tout serait clair et hiérarchisé – hyperclasse globalisée, classe moyenne productrice locale, des masses protéiformes de demi-cloches, esclaves, putes, criminels, travailleurs précaires et chômeurs. L’addition est simple : 5% de riches, 10 % de moyens, 85% de pauvres, voilà l’avenir qui s’annonce, dit-il.

Alex, lui, est toujours en tenue de sport – Survêtement en nylon désuet. Toujours prêt pour l’effort… Ses frusques ne sont pas au goût du jour : Rien d’ethnik, Rien de streetwear, ni d’urban ; pas de clinquant, pas de logo à la mode ; que du fonctionnel sobres et un peu râpé. En un mot, des bleus de travail pour le sport. Son Père dit toujours : - J’espère que tu ne feras pas dans le bling-bling plus tard, comme toutes ces stars à la con !...

*

- Habille-toi, fils, on va à l’armée du Salut… Dans des hangars venteux, des fantômes emmitouflés soupèsent la vaisselle dépareillée ; des ombres cherchent un jouet de rebut… Alex et son Père trouvent enfin ce qu’ils cherchent : des trucs d’enfant et d’adulte, plus ou moins rangés par taille sur des cintres. Ils prennent – comme toujours – une taille au-dessus pour Alex, non deux, ça durera plus longtemps… Un brave type leur dit : - C’est un arrivage du Maghreb, pas sûr que ce soit solide, hein !... Des survêtements à la mode d’avant-hier, avec sur le dos des noms de joueurs qui ne sont plus dans le club depuis longtemps… Modeste-Pratique-Solide-Bon marché et si possible d’occasion, voilà ce qu’est la mode ouvrière ici-bas… Et le Père balance une de ses maximes personnelles… Autant apprécier ce qu’on peut s’offrir, hein ?!… Puis il regarde son fils et dit : - Net et propre, voilà l’élégance ouvrière !... Et il part avec gourmandise fouiller une caisse de tee-shirts…

*

Alex a les yeux de sa mère – d’un bleu si clair qu’ils lui font un regard d’une force magnétique et qui frappe, au point qu’ils sont presque impossibles à fixer. Mais pour le moment, son regard est le plus souvent baissé, terne et fuyant : le vrai Alex n’existe pas encore... Il a aussi hérité du visage de son père : un menton fort et carré, des lèvres impavides et minces, un nez aquilin, une peau très pâle, des oreilles sans lobe, un front droit et des cheveux noirs et raides…

Son Père est austère de corps et de visage. On dirait un instituteur, un être plus moral que physique. Sa minceur, proche de la maigreur, ses mains énormes et fortes d’ouvrier, son regard franc et droit, ses épaules étroites, ses lèvres si minces qu’elles semblent pincées, lui donnent une sorte de sécheresse physique de travailleur tout en nerfs, qu’on associerait – et on aurait raison – à une droiture morale extrême… Il incarne les vertus ouvrières, le sens du travail dans la modestie, l’honneur du silence et de la pudeur, la fatigue qui ne s’avoue pas, la vérité de vie contre la fiction mondaine, la sévérité nécessaire pour agir, la concentration contre la dispersion, le vrai contre le superficiel, la solidarité contre l’égoïsme… Il est passé, grâce à sa sueur, par tous les grades et titres ouvriers qui impressionnent ceux qui savent, qui le sentent dans leur chair – manœuvre, OP1, OP2, OP3, OHQ1, OHQ2… Il est allé jusqu’aux sommets de son métier et c’est sa gloire, sa fierté… La vie est un combat, fils… Répète… La vie est un combat...

Comme tous les ouvriers, ils sont timides devant l’art… Ils fuient tout ce qui pourrait y ressembler : Les musées, les antiquaires, les magasins de luxe, les gens qui les fréquentent, même les parcs des quartiers bourgeois les gênent… Ils sentent d’instinct les rues qui ne sont pas pour eux – ces rues où des gens à l’aise marchent d’un pas sûr, ces rues harmonieuses où même les plus infimes détails – dalles de trottoir, lampadaires, portent d’immeubles – sentent le propre, la sécurité et le Beau… Dans les quartiers bourgeois, ils baissent la tête quand ils passent devant un antiquaire – Un vrai antiquaire, celui qui vend très cher des antiquités volées, pas le ferrailleur…

*

Une autre fois, le Père revient des entrepôts de l’Armée du salut avec deux tee-shirts – un « Coupe du monde 1998-France » et un superbe « Aigle américain – Montagnes rocheuses » … Il revient aussi avec un livre emballé avec soin dans du papier journal : Martin Eden, de Jack London... Il ouvre le livre, il le respire, il le tourne et le retourne, il s’enthousiasme… Tu vas lire ça avec soin, fils !... C’est l’histoire d’un marin pauvre, fils du Peuple comme toi, qui à force de travail – lui, il écrit des bouquins – s’élève dans la société et ramasse tout – gloire et argent… Sauf que là où il arrive, tout en haut, il lui manque quelque chose… Et tu sais ce que sait ?...

Alex : - Non…

Le Père : - Son passé !… Quand tu auras réussi, n’oublie pas celui que tu es maintenant… N’oublie jamais… Martin Eden est décadent… Il se détruit… C’est un colosse qui s’enfonce dans la boue, un individualiste… Toi, ça ne t’arrivera pas… Tu n’es pas fasciné par l’échec… Nous sommes sains dans la famille… Nous sommes des travailleurs, des gens de labeur qui tirent leur fierté d’un travail bien fait avec humilité, voilà ce que nous sommes, fiston !… Pas ces bourgeois souffreteux, vénéneux et qui se morfondent dans l’oisiveté… Non, nous pensons que le travail amène la liberté…

*

Il regarde le fond de son café... J’ai du mal à m’asseoir sur l’hypnopédie... Je n’aime pas les échecs, fils. J’ai beau faire, ça ne passe pas… Le Père a une foi d’autodidacte pour les sciences et les techniques. Il potasse des revues de vulgarisation scientifique, il attend chaque mois avec impatience le nouveau numéro de La Science pour tous ; il est abonné à des revues techniques sur le football de haut niveau. Il guette les innovations, il cherche les pionniers ; il n’exclut rien.

La chimie est d’ailleurs une solution dont il ne saurait se priver. Trois ou quatre fois par an, il dit : - Il faut qu’on se réapprovisionne, fils, qu’on aille à Congo City… C’est Ola Gobango-Solensen, un entraîneur suédo-zimbabwéen amateur qui lui a filé le tuyau un jour de tournoi : Congo City, c’est le paradis des chimistes. TOUS les sportifs professionnels à pognon – Baseball, Football, Tennis, athlétisme, rugby, natation – envoient des hommes de main pour s’approvisionner là-bas discrétos.

Congo City : Un bloc de béton de 12 étages et 200 mètres de long, une fourmilière où les policiers ne font pas les marioles… C’est Bambouland, le royaume des marchands indo-pakistanais, des intermédiaires africains, des glandeurs en veine d’un coup maghrébins, turcs ou viets ; des esclaves tchongs et des clandos du monde entier… L’immeuble de la globalisation par le pauvre et pour le pauvre, le summum de l’économie informelle, une tête de pont avec Alger, Dar Es-Salaam, Lagos, Istanbul, Calcutta et Ouagadougou… 5 000 âmes en permanence, bien cachées, bien discrètes, juste derrière le quartier touristique de la capitale… Les richards se baladent et les fourmis s’affairent. 170 nationalités… La Terre entière est là, surtout l’Afrique – 5 milliards d’Africains, il faut bien les mettre quelque part, ils débordent de partout… Des dizaines d’échoppes, un Holiday Inn, deux sex-shops (dont un halal), des magasins d’électronique, des magasins d’informatique, des magasins de pièces détachées de tout ce qu’on veut, des magasins de n’importe quoi ; des copies de fringue, des copies d’électronique, des copies de chaussures, des copies de copies, des copies de tout ; l’avant-garde de l’illégal aux mains des mafias et une mafia par étage… Ça sent le gras, les épices et les cuisines du monde…

Le Père d’Alex sort discrètement de l’ascenseur au 10e étage – le niveau nigérian… Il s’arrête devant une porte blindée où il est écrit : Solubangwo Sportech Innovation Ltd… L’œil d’une caméra thermique le scrute… Sonnerie. Clang ! Déverrouillage. Il entre. Il se retrouve dans un sas avec un scan corporel – on voit tout avec ça, les flingues et les anus artificiels, sans parler des explosifs… Une voix de femme : Oui ?... Je viens chercher un produit, j’ai rendez-vous avec madame… Pas de nom !... OK… Une porte blindée, anti-balles et anti-explosion. Clang ! Déverrouillage. … Une grosse femme créole, une Mama Benz en boubou jaune et vert, lui tend un sachet en papier qui contient une petite fiole…

Le Père : - Combien dois-je faire d’injections déjà ?...

Elle : - Deux en deux jours, surtout pas davantage, sinon il y aurait des dégâts irréversibles sur la moelle épinière… Tout à coup, elle jette une poudre mystérieuse dans l’air et baragouine une chanson à la con dans son sabir… Lelelelele omalicha Alex na na Ah lelele cosita bella shy… Deux en deux jours et la vision périphérique augmentera de 20%... De quoi voir un peu mieux sur un terrain…

Et le Père pose – vite – une enveloppe sur le comptoir… Il refait le chemin à l’envers, dans toute cette humanité grouillante… Il remarque que les gardes de la société ont des matraques téléscopiques et des fusils à pompe. Apparemment, Global Securit sait aussi tenir compte des affinités raciales de ses clients : des Arabes gardent les Arabes, des Bridés gardent les Bridés, des Blacks gardent les subsahariens. Et aussi : Tous les bijoutiers et vendeurs d’or pakistanais ont une chemise blanche avec un stylo dans la poche de la poitrine. Cette saloperie de bâtiment, c’est un résumé de l’époque. En sortant, il croise un banquier américain qui parle trop fort à une pute marochienne et fausse blonde de Tanger (90-73-87, 800 Dollars US les 30 minutes, pratiques sexuelles halal et haram, www.exoticescort.tk), puis il voit Alex, dans le camping-car, qui parle tout seul sur le siège du conducteur. On dirait un ange.

*

Leur terre promise, c’est les petites villes anonymes, les autoroutes, les supermarchés néonnaires pour fauchés – Tout mieux, tout moins cher !, SuperDiscount2000 et DiscountShop.

Leur terre promise, c’est les chantiers atomiques et les tournois de football.

Leur terre promise, c’est les parkings – parkings isolés des bords de forêts et des sites à touristes, parkings des zones commerciales, parkings de restaurants, parkings des aires de repos sur autoroute, parkings de jour comme de nuit, parkings gratuits… On n’imagine pas les gens qui vivent sur les parkings –  Les familles sans maison, les putes en camionnette, les VRP encostardés, les branleurs et voyeurs en manque, les partouzeurs mobiles, les routiers qui ont leurs petites habitudes et leurs coins secrets, les routards à chien, les routards à guitare, les mendiants allant au Sud, les mendiants allant au Nord, les étrangers de passage, les réfugiés allant au Sud, les réfugiés allant au Nord, les clandestins allant au Sud, les clandestins allant au Nord, les p’tits Blancs qui fuient les réfugiés allant au Nord, les p’tits Blancs qui fuient les réfugiés allant au Sud, ceux qui ne fuient rien et ceux qui rejoignent quelqu’un… Et ceux qui se bougent pour faire quelque chose de la vie de leur gamin.

Le moteur fait un bruit infernal.

Le Père : - Vise-moi les pavillons, petit ! Là, oui, tu peux le dire, il y a du pognon !...

Alex : - Un jour, je nous payerai un truc comme ça !...

Le Père : - Mieux que ça, fils ! Tu feras bien mieux que ça ! Dans dix ans, tu trouveras que tout ça, c’est de la camelote ! Tu me crois, hein ?!!...

Alex : - Ça oui !...

(Rires en commun).

Leur monde à eux, de parking en parking, c’est les périphéries pavillonnaires où les classes moyennes se terrent ET les zones multiculturelles.

Le Père : - On dirait que le foot justifie à lui seul le maintien en vie de ce putain de pays…

Quartiers riches et quartiers pauvres, quartiers pavillonnaires et campagnes désertiques, ce pays ne sera jamais le Brésil. Comme tous les pays de ce continent, il est même l’inverse du Brésil – une mosaïque de communautés qui s’ignorent la plupart du temps, mais s’unissent encore un peu, de manière épisodique, sur le superficiel, sur des conneries de masse – le foot, les Jeux Olympiques, les drames mondialisés tous programmes toutes chaînes et les attentats… Il manque une énergie, un ciment durable. C’est beaucoup demandé. Il n’y a plus que des gesticulations d’unité, des soubresauts de patriotisme autour du football.

Le Père : - C’est là ! On y est ! Je tourne à droite et on s’arrête !...

Quartier pavillonnaire suburbain d’« Oceania ». Leur camping-car roule au pas sur un petit chemin bitumé, entouré d’allées à la pelouse parfaite. Tout est propre et agréable… Oui, m’sieur... Les maisons sont toutes semblables : Normées « Carbone neutre 3000 », murs en briques, double vitrage, un jardinet bio sur le côté, toits recouverts de panneaux solaires, très haute performance énergétique à énergie renouvelable, bâtiment basse consommation, portes de garage coulissante qui s’ouvrent toujours sur la même voiture citadine biplace hybride… Un monde de silence et d’harmonie avec Gaia-la Terre- la Nature, un monde qui trie ses déchets, un monde ouvert et accueillant, un monde qui aime le vivre ensemble et la diversité, mais de loin, il faut bien le dire – Population totale : 1813 personnes, 95% de Blancs, dont 21 % de couples gays, 5 % de couples ethniquement mixtes… C’est comme ça que les Blancs vivent entre eux. Les Noirs, les Arabes et les Asiatiques aussi bien sûr, mais ailleurs. Moyenne d’âge : 38 ans… Professions : cadres bureaucrates (69%), cadres du business (20%), au foyer (mais membre actif de la communauté) (11%)… Taux de natalité : 0,3 enfants par habitants… Un couple d’hommes, estimés de tout Oceania, vient d’avoir la joie d’accueillir leur premier enfant – Marie-Esmeralda – issu de l’insémination par leurs deux spermes d’une infirmière roumaine sélectionnée sur catalogue… Les deux pères, leaders émérites des « Voisins vigilants » de leur quartier, roucoulent d’amour et sont émus aux larmes quand ils langent leur petit chiard…

Le camping-car familial prend un virage un peu raide.

Un vigile, à gueule de serbe, surgit d’on ne sait où, indique avec ses bras un endroit où se garer… Le camping-car manœuvre et crache une fumée grise qui suscite la réprobation des voisins – deux tantouzes bronzées qui gigotent un peu en sirotant des virgin-mojitos…

Le Père, par la vitre ouverte, et un peu trop fort : - On vient pour le tournoi de foot de demain !! C’est pour mon fils !!… Et il montre Alex du menton…

Le gardien serbe sourit de ses dents en or : - Vous camping-car pas aux normes, nom dé Dié ! Il polloue pas qu’oune pé !… Puis il regarde Alex et – Est-ce leurs yeux bleus à tous les deux ? Le fait qu’ils soient tous au bas de l’échelle ? Des prolos comme lui ? – il leur dit : - OK, j’en fais moi af-faire ! Vous pouvoir lester ici pour match ! Mais vous gagner, OK ?!!...

Le terrain, c’est l’action.

Le tournoi est sponsorisé par Jägermeister, la boisson des prolos, des vrais, et des chasseurs en culotte de daim.

La sono diffuse Maniac. Un morceau des années 1980, un peu disco un peu new-wave, avec une basse slappée et un synthétiseur hypnotique ; une chanson de Marc Sembello sur l’effort et la réussite. C’est surtout le titre-roi de Flashdance, le film star de 1983, sur une danseuse qui trime le jour dans une aciérie et fait des strip-teases la nuit pour bouffer, avant de réussir par son obstination et son talent à entrer dans une école de danse pour richards.

She’s a maniac, maaaaaniac…

Alex aussi, c’est un maniaque dans son genre.

Les barrières autour de la pelouse sont recouvertes de pubs Jägermeister et son logo bien connu : une croix rayonnante au-dessus de la tête d’un cerf aux bois.

Dans LA tribune, deux hôtesses un peu fripées, un peu mornes, des beautés locales – des hanches trop larges, trop de chips, le cheveu trop gras, mais brushées au réacteur de Boeing –, distribuent des flacons de la gnôle du jour aux pères et aux agents qui sont venus ici pour une seule raison : vendre du mouflard… Surtout si ce connard, ce fils à sa mère, veut bien pour une fois se bouger le cul… Ou flairer le bon coup, l’affaire… C’est pas terrible aujourd’hui, ça se sent tout de suite. C’est pas des mustangs tous ces gamins. Ou des intelligences qui courraient vite, non, c’est des minables nés, ces p’tits crétins, comme leurs pères !!…

Père-agent-fils, c’est la Sainte-Trinité du football.

Un père :

Allez, merde, c’est maintenant ou jamais… Montre-toi, fils… Montre-toi… Allez !! Discute pas !! Bouge-toi le cul !!! Cours, petit con ! Cours ! Tu vas réussir ! Faire ce que je n’ai pas fait ! Être ce que je ne suis pas !! Cours !!! Tu vas t’en sortir ! Tu vas nous en sortir !! La vie sera belle pour toi !!

Un agent :

Et celui-là ?... Il est un peu chétif, mais il est rapide… Pas flamboyant… Il finira au mieux en division d’Honneur… Aucun intérêt… Et son père qui me regarde avec ses yeux de bœuf… Bande de merdeux… On pourrait peut-être vendre celui-là à un club de deuxième division… Qui sait ? Il faudra que je contacte ses parents en priorité.

Un fils :

T’inquiète, papa ! Je vais me faire remarquer ! Réussir… Me bouger… La timidité, la peur des coups, c’est terminé… Allez… Allez !... Allez !!... Je dois marquer… Me faire remarquer !!!... Je pourrais aider mes parents… Arrêter d’aller à l’école, je n’aurai plus à apprendre un métier de merde !!... Pas de chômage comme tout le quartier !... Mais la classe, la top-classe !

Un terrain de foot, c’est le monde en miniature : C’est un condensé de dureté et de saloperies, mais aussi de plaisir.

Voici le premier match d’Alex. Des péquenots blancs un peu timides, un peu niais, gentils, polis, tout ce qu’on veut… Campagne, chômage et civilisation judéo-chrétienne, reçoivent une équipe de la Zone – des jeunes encapuchés, pas timides du tout, un peu niais… Urbain, chômage et Islam… Ce genre de partie, ça se termine souvent à la barre à mine et au gaz lacrymogène. Parfois à la machette. Il faut que ça saigne.

Les Pères se regardent en chien de faïence, bien droits et fiers, communauté contre communauté… Ils auraient été plus jeunes, ils se seraient peut-être tabassés les uns les autres… Alors avec regret, ils tiennent leurs morveux par la main et ceux-ci, les doigts dans le nez, sont concentrés comme peuvent l’être des enfants décérébrés par la télé et les jeux vidéo… Des petits cons avec des vieux cons... Ceci dit, il y a des raisons. La dernière fois, l’arbitre était un des pères. Il y avait 1-0 à la fin normale du match. Il a donné 27 minutes de temps supplémentaire... 27 minutes... Une éternité... Une équipe se battait pour revenir au score, l’autre criait au scandale, jusqu’à ce que tout le monde se calme quand l’arbitre a dit sur un ton péremptoire : - Je ferai jouer jusqu’à ce qu’il y ait une égalisation ! C’est clair ?!...

Alex et son père – engoncé dans un tee-shirt avec une photo de Mickael Jackson souriant bêtement au côté d’E.T., la saucisse extra-terrestre – arrivent sur le terrain en même temps que l’arbitre… Les dirigeants des deux équipes échangent des banalités… L’un d’entre eux se dirige vers le père d’Alex en souriant… Il porte un superbe tee-shirt « Et vous devriez voir ma sœur ! »... Ils se connaissent : Trois semaines de trime sur un chantier de chaudronnerie atomique en pleine mer, un truc difficile, inhabituel, dangereux et bien payé… Salut vieux, beau tee-shirt !... Salut. Le tien est pas mal aussi… C’est ton fils ?... Oui. Alex, c’est Paul, un camarade de travail… Alex lève les yeux et voit un gaillard franc du collier, aux larges épaules et aux mains énormes et rouges… Alex n’a jamais vu des mains aussi puissantes, c’est des mains d’ouvrier, des vraies, c’est sûr… Les mains des ouvriers sont des outils, mais ces mains-là, il n’en a jamais vu d’aussi impressionnantes : Ce sont des battoires, des armes, elles sont larges comme des voiles ; leur propriétaire, c’est un homme-machine comme son père… Et Alex se le dit, il en est sûr, il est envoûté, conquis, subjugué… Oui, lui aussi plus tard, il sera un homme-machine, une bête de force qui marquera des buts sous les vivats d’une foule hystérique.

Pour l’instant, c’est un garçon nerveux et qui n’en mène pas large à l’idée de jouer son premier match sur un vrai terrain… Son père dit aux mains immenses : Je voudrais que tu l’essaies juste un peu, qu’il fasse un peu du vrai foot, qu’il se frotte à plus dur que lui… C’est vraiment ça que tu veux ?!... Oui. Il est prêt, c’est le moment, voilà sa licence…

Debout le long de la ligne de touche, Alex – un peu anxieux – enfile son short, un maillot (rouge et blanc) et ses chaussures... Il aurait presqu’envie de ne pas jouer... Puis les grosses mains le poussent gentiment vers les autres gamins – ses co-équipiers du jour – qui le regardent avec froideur… Alex, pour eux, c’est une pièce rapportée, un inconnu, zéro de zéro… Qui c’est, çui-là ?!!... Bonjour, j’suis Alex… Personne ne répond. Alors, pour ne pas avoir l’air idiot, Alex commence à faire des petits échauffements sur place, histoire de faire bonne figure…

Les grandes mains s’imposent… Les gars, on se calme, on est gentil, on commence pas le numéro habituel, il va jouer avec vous, et vous savez pourquoi ?... Il devine les réticences, il sent les réserves de tous ces petits salopiauds, il les connaît bien, très bien même, il les devance… Hein, ‘savez pourquoi ?! Pourquoi ?!!! Pourquoi ?!!!... Il semble s’adresser à l’univers entier, il est énervé, il en a marre de ces petits morveux, il en bave, il en peut plus… Il dit comme ça : Pourquoi ?!!!!...  Parce que je l’ai décidé !! Voilà !!... Décidé !!...  Il s’appelle Alex et on va le mettre au milieu de terrain, puisque le Rouquin est malade, ok ?!...

Un petit crétin téméraire ose la ramener : Mais, m’sieur, on avait dit qu’… Et ça suffit pour faire partir les grandes mains en vrille… Ta gueule !! Ta gueule, toi !!! Et paf, une des mains géantes s’écrase sur la joue du petit con… Ta gueule, toiiiiii !!!... Ça dure. On dirait une alarme… ‘oiiiiiiiiiiiiiiiiiii !!!... Silence général, OK ?!!... Silence !! Ok ?!!... Silence !!... Sileeeeeence !!!.... Silence !!!! Silence !!!! Silence !!!! Silence !!!! Silence !!!! Silence !!!! Silence !!...  Les mains géantes ont un visage et même des yeux qui se rapprochent, révulsés, du petit con à la grande gueule – par ailleurs arrière-gauche un poil offensif… Et ce visage est déformé par la colère… On sent l’homme derrière l’entraîneur, ça oui… Toi, un jour, petit con, je vais te faire ta fête… Ta fête… Et il esquisse une gifle du revers de la main devant la petite tête du gamin…C’est un homme qui se respecte et sait se faire respecter. Il n’y a pas de doute.

(Le père d’Alex reste en retrait, solidaire avec les grandes mains, mais muet, façon « c’est dur de gérer tous ces petits cons »)…

Mais c’est un homme qui sait aussi se contrôler, atterrir en douceur, sophrotiser… Calmotanguer… Mmmm…. Silence… Mmmm… Mmmmmmmmmmmmmmm… Et dans ce « mmmm », il y a une rage contenue… Un tremblement… Un séisme de rage qui s’éteint, qui disparaît dans les profondeurs, qui se transforme en bile… S’intériorise. S’enfouit… Et plop, disparaît comme une bulle de savon.

C’est à ce moment que Joseph, le gardien – un grand blond, visage blafard, mais œil malin, un mollasson mielleux et futur député – salue Alex en rigolant… Alors, t’es la star qu’y nous fallait ?!!... Alex sourit, puis rigole et tout le monde rit à son tour, tout le monde se fend la poire même, décontracté, comme s’il n’était rien arrivé, à se regarder les uns les autres et rire encore plus, sans raison, à part de s’en être tirer sans se faire torgnoler par l’entraîneur – rire du martyr qui a échappé au sacrifice et qui n’en revient pas… Ils rient de s’en être sorti… Salut… Salut !... Salut… Salut ! Salut ! Bonjour !... Salut !!… C’est incroyable toute cette joie soudaine, cette harmonie spontanée… Après la trouille, vient la joie de vivre. L’altruisme, c’est une manifestation de l’instinct de survie, voilà ce que c’est. Et l’étape suivante vient tout de suite : Dans le groupe, dans ce brouhaha d’enfants, une équipe se forme, juste réunie par une couleur identique de maillot. Oui, tous ces enfants s’oublient et s’unissent dans un moi collectif voué à la Victoire… Et ça continue de plus belle… On se congratule, on matamorise… On fieràbrase… On flamboie… On roule les mécaniques… On huile les turbines… Y vont voir ce qui vont voir, c’est moi qui vous le dis !!!... Allez les gars !! Allez !!!! On y va !!!!... Pour un peu, ils se lanceraient dans une croisade… Ils y croient à la victoire, ils la voient et ils la sentent… C’est beau, c’est spontané le foot.

Ils entrent sur le terrain. Alex est au milieu de terrain. C’est le Cerveau, le centre nerveux de l’équipe. Son premier match… Tout ce monde et la taille du terrain lui semblent étranges. Ce n’est pas ce qu’il connaît… Il regarde ce qu’il y a autour de lui… Il pense : - Ce n’est plus de la théorie, c’est vrai !... Ses co-équipiers semblent ne pas le voir, déjà concentrés, mobilisés par leurs adversaires. La cage de l’adversaire est à l’horizon…

Coup de sifflet.

Ceux d’en face ont la balle. Leur entraîneur leur gueule des trucs en arabe.

Débordement sur la gauche d’un type rapide, un noir maigrichon, mais il n’avance pas dix mètres qu’il est arrêté par un tacle propre et s’écrase dans la pelouse. Le défenseur se relève, un peu rouge, voit son milieu de terrain droit qui prend la balle et avance en courant le long de la ligne. Alex le suit, à quatre mètres derrière, en droite ligne du but… Il accélère et crie : Je suis sur ta gauche !… Son équipier lui passe la balle… Alex la dévie aussitôt, sans contrôle, et l’envoi à son ailier gauche à 15 mètres – La défense adverse se déplace en bon ordre, elle n’est pas encore fatiguée, elle ne répugne pas à l’effort. L’ailier gauche, bien servi par Alex, est taclé à son tour et s’affale comme une merde dans la pelouse… Il se relève, vexé. Ça l’a calmé pour un moment… Alex est ému, stressé, il y est enfin sur la pelouse, il joue… Il joue !... Il se demande si son Père a vu la passe sans contrôle qu’il vient de faire. Et il sait qu’il l’a vu. Rien ne lui échappe.

Les minutes suivantes, Alex est perdu, il ne sait pas trop quoi faire, il court, toujours à rattraper les phases de jeu avec un poil de retard, un peu dépassé… Il le sait, il se le dit en lui-même… Du calme… Du calme… Son Père ne dit rien, il attend, il espère une lumière, un geste qui montrera une vision, une tentative de rupture, un truc remarquable.

L’entraîneur aux grandes mains lui a fait une fleur : il a accepté qu’Alex joue au milieu de terrain, mais l’équipe adverse ne veut pas, elle est même de mauvaise humeur : Dès qu’Alex a le ballon, il subit un pressing qui d’abord lui fait peur : un tacle le met au sol, sans que l’arbitre ait quelque chose à siffler – le geste est régulier, dur mais correct. Un nouveau tacle l’envoie respirer la pelouse, le visage en premier. Il se relève pas très fier, il regarde son père, mais celui-ci fait semblant de n’avoir rien vu. À la troisième tentative, Alex, que cela a énervé, décroche d’un dribble, recule de deux bons mètres avec la balle, puis repart sur la gauche pour une course d’une dizaine de mètres où il donne une balle intéressante à l’ailier gauche… Son équipe commence à l’avoir en tête, à le connaître, à lui faire confiance, à penser à lui, à le servir.

15e minute. Depuis quelques instants, l’équipe adverse domine et se rapproche de plus en plus des cages. Alex travaille et défend comme tout le monde. Corner… Le ballon arrive comme un missile, Alex saute, la balle lui heurte le front et rebondit à dix mètres au-delà de la surface de réparation. Elle est récupérée par le milieu offensif adverse qui se met à avancer, droit au but, il fait mine de tirer, fixe un premier défenseur, crochète sur la gauche et sert son ailier – seul – qui déborde son défenseur et se rapproche à toute vitesse de la cage. Alex court pour le rattraper, il est un peu juste et tente de contrer le tir de son pied en faisant un tacle glissant… Mais il arrive trop tard, il touche la cheville de l’ailier qui s’écroule brutalement, près du poteau… Boucherie. L’arbitre à tout vu, tout le monde à tout vu. L’arbitre court vers Alex et le joueur qui se tord de douleur… Carton rouge ! Pénalty !...

Carton rouge… Pénalty… Carton rouge… Pénalty…  Carton rouge… Pénalty…  Carton rouge… Pénalty…   Carton rouge… Pénalty. Cartorougepénalty. Alex est effondré… Carton rouge… Pénalty… Ses co-équipiers le regardent méchamment… Carton rouge… Pénalty…

Un défenseur central : Et du con, regarde où je suis, j’allais le prendre, il était pour moi… T’es une burne… Dégage… Alex regarde autour de lui… Les types de l’autre équipe ont l’air narquois, ils se foutent de lui… Ses coéquipiers le regardent tous avec mépris, puis ils détournent la tête, il n’existe plus… Et il se dirige loin de tout ça et il semble qu’il ne réussira jamais à quitter ce terrain qui paraît faire 1000 kilomètres de large… Il passe devant l’entraîneur qui a un mot gentil pour lui… Ça peut arriver à tout le monde… Son père le regarde et son visage est inexpressif… Il dit juste : Va t’habiller et reste ici, on va regarder la fin de ce match… Le capitaine adverse s’élance et la balle prend le gardien à contrepieds… But !... 1-0… À 10 contre 11, la situation est désespérée…

Il y a 3-0 à la mi-temps et ce score ne reflète pas la domination des adversaires. Ça aurait pu être pire… Privée d’un joueur, l’équipe ne peut pas résister au milieu de terrain, elle est coupée en deux, entre défenseurs et attaquants… La seule possibilité qui reste est d’envoyer depuis la défense ou par les ailes de longs ballons aériens aux attaquants qui font ce qu’ils peuvent, mais c’est insuffisant. Et c’est par-dessus tout, prévisible.

Sur la touche, les pères des vaincus du jour s’énervent, ils jappent de rage, ils grognent, ils vocifèrent, ils gueulent ; ils mettraient des tartes à leurs fils si on les laissait faire ; leur communauté a non seulement perdu, mais à cause de leur crétin boutonneux, ils se voient trimer toute leur vie ils retournent à leur vie médiocre…

En face, on a ce petit sourire de satisfaction, cette indulgence pour les fils victorieux… On entend un ou deux youyous exotiques… Un ou deux Allah Akbar...

51e minute : un coup-franc direct à vingt mètres… Le capitaine de l’équipe s’avance et frappe puissamment la balle. Celle-ci passe au-dessus du mur, puis retombe à deux mètres du gardien adverse qui ne peut ni la saisir ni dévier sa course… Le filet tremble… But !...  3-1… C’est pas fini !!!… « Grosses mains » gueulent : L’espoir change de camp !! On y croit !... Alex pousse des cris d’encouragement. De part et d’autre du terrain, les pères gueulent de plus belle… Bouge-toi le cul, fils !... Mais quel con !!... T’es bien le fils à ta mère !... Ton fils est trop lourd, il ralentit le jeu !... Plus vite !!!... Ils s’arrachent les cheveux… Ils sont rouges de colère… Ils trépignent… Ils tapent du pied… Seul le père d’Alex ne dit rien. Il ne bouge pas… On dirait une statue… Les mains serrées dans le dos, il est inexpressif et mystérieux…

Au coup de sifflet final, le score est lourd – 4-1… La faute d’Alex a changé le cours du match. C’est une taule, une véritable taule… Alex voit son père et l’entraîneur parler à voix basse… Quelque chose comme : Alors ?... Que veux-tu que je te dise ? Je n’ai rien vu, sauf sa faute... Et aussi une belle déviation, c’est vrai…

Alex a honte, il ne regarde pas ses camarades. Son père et lui s’éloignent sans rien dire. Demain est un autre jour. Le chemin est le but.

(A suivre).

 

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