14 décembre 2018

Le Péril Jaune, pérégrination, Paris, 8 décembre 2018

Samedi 8 décembre 2018 Paris Gilets Jaunes
Smiley sur vitrine
sculpté au pavé


Photos by Le(s)tat. 


































Samedi 8 décembre. Paris. Sur le pont des Arts, un violoniste violonise Vive le vent d’hiver. C’est un Rom. Dans notre cerveau foutu foie cirrhosé par la sinistrose, on entonne « Vive le vent, vive le vent, vive le vandalisme. »

Nous vivons des temps heureux. Euphoriques. Le Mouvement des Gilets Jaunes est peut-être noyauté par les punchlines de l’Extrême Gauche, mais il faut bien convenir que nous voilà tombés dans un vrai moment d’état poétique.

C’est l’extase. C’est la vie. Enfin.

Paris en état de siège. C'est le temps de s'asseoir. Nez au vent. Et de marcher, marcher. Dans Paris. Sur Paris. Pris au piège. Les rues sont vides de voitures. Debord l’avait dit : « On n’avait jamais aussi bien respiré à Paris que durant le printemps 68. » La journée sans bagnole, c’est tous les samedis grâce aux Gilets Jaunes.
Les Gilets Jaunes sont développement durable finalement, malgré le réchauffement climatique des bidons d'essence/allumettes. Pas comme les bobos glaçants qui marchent avec leurs faux culs et leurs smartphones pour le climat.
Dans le silence de la modernité post-moderne modernolâtre commutée off, il est temps de se parler. Les nuisances se sont tues.

C’est une question de bonté de l’air. On est là pour ça.


On longe le Louvre, en plein milieu du Boul, histoire de défier la seule carlingue à roues à l’horizon : un fourgon à vitres grillagées.

On passe devant la pyramide de Pei. Souvenirs souvenirs. Il y a 18mois, il était sorti de l’ombre, de l’ombre du Louvre… Macron Emmanuel. Le meilleur d’entre eux tous. Le nec plus Ultra(libéral). Le bien incarné, qui est mieux que le mieux, c’est-à-dire le pire, selon la démonstration implacable révélée par Bloy Léon il y a 1,5 siècle. Fric-show. Virage à droite à Rivoli. Le long des Tuileries, il y a des drapeaux bleu blanc rouge à gilets jaunes. Les sans-culottes 2.0, les sans-dent, battent le pavé. Ils ont sorti bannières et drapeaux.


Samedi 8 décembre 2018 Gilets Jaunes
Love CRS

Rue de Rivoli. Un CRS est aux pieds de Jeanne d’Arc. Il ne le sait pas, mais il y a marqué love sur le plot en béton à ses pieds à lui. Il porte une cagoule. On ne voit que ses yeux.

-       - Vous me faites un petit sourire ?

Le CRS sourit, avec les yeux. Je le vois.

-        - Vous souriez avec les yeux, je le vois.

Il a l’air sympathique ce membre de la garde prétorienne. Comme sympathisant.

-       - Bonne journée. Et gare à vous.

Samedi 8 décembre 2018 Paris Gilets Jaunes
Le peuple aux Tuileries

Au bout de Rivoli, c’est la digue républicaine. Les Gilets Jaunes s’écueillent tous dessus les nouveaux murs érigés au petit matin. Pour entrer en Fan Zone Christophe Castaner, c'est pas par là. Les GJ refluent vers la rue Saint-Florentin. Une femme a un bouquet de fleurs à la main.

- Les CRS ont refusé vos fleurs Madame ?
- Ces fleurs ne sont pas pour eux. Je demandais mon chemin, pour rallier l’Arc de Triomphe. Je souhaite fleurir la tombe du soldat inconnu. Nous respectons les symboles. Ce sont les politiques que nous ne respectons pas. 
- Vous avez de la route Madame.
- Oui, mais j’ai aussi des pieds.


La traversée de Paris à l’ancienne. A pinces. Marcher dans un Paris déserté par les pots fumant de poison à petit feu, c’est pas la liberté de la devise, la juridique. C’est la vraie, celle qui fait qu’on sort avec le sourire aux lèvres et la faim au ventre pour humer l’air du temps. Le temps de l’urgence. Budgétaire. Qui coïncide avec celui du ralentissement. La rue kétà nous, on s’apprête à la saint-honorer.   


Samedi 8 décembre 2018 Paris Gilets Jaunes
Artistic performance in Paris - sous-titre.




Tout le monde s’arrête à l’angle de la rue Saint-Honoré. Les smartphones crépitent pour immortaliser Vive le vandalisme. Dans le coin, c'est l’un des clous de l’exposition Insurrection in Paris. La créativité est partout, la Com, plus nulle part.

Rue Royale. Une femme porte Gilet jaune ET bonnet jaune.

-        - C'est le bonnet qui est assorti au gilet Madame, ou l’inverse ?
-        - Mon bonnet, c’est du fait maison. C’est une amie qui l’a tricoté spécialement pour moi.
-       
      Le souci du détail. Les invisibles sont là. En bandes réfléchissantes. Ceux qui payent pour faire tourner le manège. Les chevaux de bois qu’on monte à tire larigot. Ceux par qui la France rase gratis. La majorité silencieuse a fini par se dire que le silence était surtout d’orfraie.

On a contourné la Madeleine en se disant : Johnny, un an déjà qu’il a fermé sa grande Quoi ma gueule.

samedi 8 décembre 2018 Paris Gilets Jaunes
Dans la réalité réellement inversée. 
Par les Gilets Jaunes.

Devant Fauchon, trois vigiles, avec des gueules et des carrures de vigiles, ont l’air tout penauds. Ils ne le savent pas encore, ou s’en doutent : les blacks malabars vont devenir tout riquiquis avec le temps.  D’ici une heure, ils auront comme fondu, comme iceberg au soleil. De la fumée noire vient jouer avec les gris nuages. Un hélicoptère faire ron-ron dans le ciel. Des explosions font bim bam boom. ça sent le chaud. On voit des hermines du Gwan Ha Du boulevard Haussmann. Quelque fois des Gilets Jaunes à bonnets rouges.

-        - C’est le combo magique : gilet jaune ET bonnet rouge !
-    - J’en ai deux sur moi. C’est-à-dire que je n’ai pas de casque pour me protéger des projectiles... 

Un homme sort d’un chiotte public. Si on pissait. Dans la cuvette, un étron énorme... C’est raccord. Les Gilets Jaunes veulent qu’on cesse de les traiter comme des merdes, qu’on arrête, entre autre, de les faire chier.


8 décembre 2018 Paris Gilets Jaunes
République en chantier

Demi-tour à Saint-Augustin, à la rencontre des blindés de la gendarmerie floqués aux armoiries d’une puissance étrangère. Le blindé est bleu comme une orange calibrée par l’Union européenne. De l'autre côté de la place, les bandes de chantier soufflent le show aux bouches d'aération. Une démocratie est en chantier. Les cantonniers de la République, reconnaissables à leurs Gilets Jaunes, sont partout.


Vers Garnier. Entre Opéra et Madeleine, des touristes chinois gravissent les grands boulevards comme s'ils escaladaient l'Everest. Orphelins de taxis. Leurs sherpas sont des valises à roulettes. La tourista, ça aussi c'est raccord. Tout converge. Les touristes nous exproprient de fait de notre patrimoine.

On déniche un spot à skate dans un couloir de verre. Le rider répète ses holly dans une tranquillité de rêve. Une jolie fille bosse son slalom à rollers. Photo.

- J’ai l’impression d’être mitraillée, dit-elle.
- Il paraît qu’il va être question de cela aujourd’hui à Paris Mademoiselle.

De l’autre côté, le commissariat du 1er arrondissement. Les bleus de la Police Nationale sont fichus comme des footballeurs US. C’est la ligue mineure.


Retour à la Madeleine.

Des artificiers font partir des couleurs dans le ciel. Ça y explose. Certains sursautent au son des déflagrations.
Les manifestants : et que je coure vers toi en poussant des grands cris.
Les CRS : et que je t’arrose tout ça à la lacrymo.
Les manifestants : et que je détale à toute vitesse.
Les CRS : et que je te noie le tout au canon à eau. Et bis repetita. Les esprits s’échauffent.


Samedi 8 décembre 2018 Paris Gilets Jaunes
Les lourdos font du lourd

Le long de l’Eglise de la Madeleine, des gros blocs de granit ont l’air de rien. Là, en plein cœur de la ville Lumières, deux esprits mal éclairés du bulbe en font tomber un à terre. Fendu en deux. Les barricades vont avoir des vraies gueules de château fort avec ça. Mais les deux moitiés de bloc résistent de tout leur poids. L’un des zigotos essaie de faire glisser son bloc réfractaire au sol. On reste de marbre. Ce n’est pas un Breton, encore moins un tailleur de pierre, qui aurait risqué l’entreprise. Et ça veut déplacer des montagnes. Le ridicule ne tue pas. Surtout quand on peut retourner se planquer dans la foule. Une foule est toujours plus proche de la soustraction.

Les CRS avancent. Nous reculons. Comment veux-tu, comment veux-tu ? Les gaz piquent les yeux, brûlent un peu la peau. Les casseurs pillent les lieux, brillent un peu dans le feu. Fauchons à Fauchon aurait pu être taggé mot d'ordre sur la façade de l'Hôtel Spa de l'épicier à riches. Mis à sac. On reflue boulevard de la Madeleine.



Samedi 8 décembre 2018 Paris Gilets Jaunes
Contre la République qui pue

Quelqu’un dit :

- Ne courrez pas, vous allez vous blesser. 

Une catégorie de manifestants court cependant. Toujours. Une rumeur au loin, tous rappliquent, en hurlant de joie. C’est le signal. Du pillage. Kenzo, Lacoste, tout y passe. Les Gilets Jaunes regardent, incrédules, l’air de se demander si le bordel made in banlieue sert leur cause ou la fromage-et-dessert.
Sur le boulevard de la Madeleine, un vieux briscard à Doc Martens est assis à l’arrêt de bus. Sur la vitre, il est écrit All Clitoris are beautiful.

- Vous attendez le bus ?
- Je crois que c’est plutôt le bus qui m’attend.

Une sirène d’alarme crie au vent mauvais. C’est beau les décibels dans l’émeute. Les grands boulevards essaient de se faire tout petits. Les casseurs déboulent. Casseur, un doux euphémisme pour qualifier les jeunes de banlieue (il est vrai que le terme qualifie aussi les activistes d'Xtrem Gôche, mais la casse ne cible pas pareil ; le vol n'est pas non plus la motivation qui est politique, pseudo anticapital ; les deux espèces de casseurs n'opèrent donc pas aux mêmes endroits). Jeune de banlieue, un autre euphémisme bien commode pour éviter les affres de la 17ème Chambre Correctionnelle.



Samedi 8 décembre 2018 Paris Gilets Jaunes
Vitrine de Noël Paris décembre 2018

On s’extrait de la nasse par une perpendiculaire. Les CRS sont là, en embuscade. Derrière eux, le paysage est déjà à la désolation. Un mannequin de cire gît au sol. Tombé au champ d’honneur de la société de consommation. Les photographes professionnels et amateurs cherchent le meilleur angle. C’est nous qui l’avons : les coups de pavé font comme un smiley sur la vitrine défoncée (voir en haut). Il y a de la poésie dans l’émeute. La destruction est créative dans les temps de l’achèvement de la déconstruction, de l’avènement du Vide, ce truc dont la nature a horreur. La question est : lucioles ou vautours ?

Sur le parvis de l’opéra Garnier, l’atmosphère est au Febreze, fragrance CRS. La contestation du Spectacle est le spectacle de la contestation. Les Gilets Jaunes triompheront. Probablement pas. Mais si le peuple court à la défaite, c'est tête haute. Avec panache. Au pire, quel baroud d'honneur.



Samedi 8 décembre 2018 Paris Gilets Jaunes
Ma moto est tombée par terre, 
c'est pas la faute à Voltaire

On marche tout droit, à la recherche d’un métro pour nous ramener en zone non hostile. Devant, une horde d’une trentaine de casseurs/jeunes de banlieue. Ils attaquent tout sur leur passage. Blitzkrieg sur bar tabac, sur Monoprix. Les deux-roues se couchent comme les blés. Un vent de Haine souffle rue La Fayette.


Samedi 8 décembre 2018 Paris Gilets Jaunes
Marx, organisateur du Noël des banlieues

Est-ce que les Gilets Jaunes profitent des casseurs/jeunes de banlieue ou sont-ce les casseurs/jeunes de banlieue qui profitent des Gilets Jaunes ? Une question de pure rhétorique. Les uns rentrent chez eux chargés. 

Les ennemis de mes ennemis sont peut-être bien mes ennemis.

Les jeunes des banlieues ne sont pas Charlie. Ils ne sont pas Gilets Jaunes. Leur camp, c’est celui du Papa Noël. Et il peut chanter Noyeux Jihad. Les courses sont faites. Ils n’ont pas été sages mais se sont couverts de cadeaux. No dignity. Sur la longueur, on sait qui paiera la facture.


J+2, à la télé, Macron vient de sortir de son autisme constitutionnel, de son mutisme de bon élève à la lettre. L’allocution est pré-enregistrée. Après la présidence Tweeter made in Trump, la Présidence podcast de Macron. Bienvenue dans la #StartUpNation. Bienvenue dans l’ère du Président Automate.

#JeSuisRobot

Le masque, peu ou prou celui d’un mari repentant : "Oui, je t’ai trompée avec Alexandre Benalla, la finance internationale, avec l’Union Européenne. Mais France, si je reviens tu annules tout. Pardon, si tu reviens j'annule tout."


A moins que le Président n’ait tombé le masque. Enfant sous le fond de teint. Président petit garçon qui jouait à des jeux d’adulte. Qui craquait des taxes allumettes, les deux pieds dans une flaque de diesel.






6 commentaires:

  1. Excellent reportage, vraiment ! Tel qu'on est sûr de n'en pas (plus ?) lire dans notre belle presse appointée.

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    1. Et tout en poésie en plus.
      Plut^t pas mal pour évoquer ce qui ressemblait plus à un chaos généralisé qu'à la magie de veille de fêtes.

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    2. Merci à vous Messieurs. Le bon air du terrain.

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  2. "Il y a de la poésie dans l’émeute". Ha...l'enivrante beauté du chaos !

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  3. Excellent article, merci CGB, ça fait depuis longtemps que je vous suit :'(

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  4. Très bien écrit
    Merci
    Merci mille fois
    Pour l'acte six, je viendrai avec mon pied à perfusion
    Ça aurai de la gueule dans les merdias "un vieux cancéreux en récidive éclaté par une avoinee de CRS"
    Autrement plus efficace que le cis platine, avec la matraque,tu meurs pas à petit feu

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