5 avril 2014

Le baratin


Le métier politique n’est certes pas facile. Il faut faire face à de réelles difficultés, aux contraintes héritées, à l’opposition de toute sorte de gens, à l’incompréhension, à ses propres limites. Il faut faire face au mensonge qu’on est forcé de pratiquer, quoi qu’on dise. Il faut lutter contre les manœuvres des adversaires et les ambitions de ses amis. Toutes ces choses sont connues, et vieilles comme l’Histoire. Dans la démocratie moderne, en plus de tout cela, gouverner s’assortit aussi de la nécessité de baratiner.

« Gouvernement de combat ». L’expression est lâchée, elle restera. François Hollande invente lui-même les instruments de son dénigrement. Le Flan tend le flanc pour se faire battre. Il fait le boulot à la place des Guignols de l’info. C’est la mascotte des chansonniers. Avec lui, plus besoin de se creuser les méninges pour trouver une vanne, un bon mot : il galèje à la place des pitres. Gouvernement de combat… pourquoi pas Tortues ninja du redressement ? Pourquoi pas Légionnaires du plein emploi ? Pourquoi pas Poilus du renouveau et de la balance commerciale ? Pourquoi pas Conquistadors du vivre-ensemble ?



La modestie et la prudence, qui , avec le silence, comptent parmi les plus hautes qualités de l’homme, sont interdites au politique. Eric Tabarly avait l’habitude de naviguer à sa façon, sans envoyer de message, sans alimenter le dramatomètre, en coupant même sa radio. Après le départ d'une course au large, la France se demandait où il était, les journalistes journalaient dans le vide puis, soudain, son bateau réapparaissait, pour franchir la ligne d’arrivée avant les autres. A l’inverse des boxeurs américains et des premiers ministres français, il n’annonçait pas qu’il allait tout casser, qu’on allait voir ce qu’on allait voir, il ne se battait pas la poitrine en signe de puissance : il faisait son boulot, c’est tout, et il le faisait très bien.

Ce modèle ne serait plus compris, peut-être, au temps de François Hollande. Même Churchill, a priori plus flamboyant que notre marin légendaire, n’avait promis à son peuple que « du sang et des larmes ». Même Churchill avait été plus modeste que François Hollande… Moi-Président-de-la-République l’a dit, il l’a proclamé les yeux dans les yeux, il l’a décrété à la face du globe : il nous mène à la victoire finale contre le chômage, la misère, l’injustice et, s’il ne se retenait pas, contre la mort. C’est à ce genre de détail que l’on juge le degré de réalité que constitue une élection présidentielle. Ce sont ces pratiques bouffonnes qui nourrissent le mépris du citoyen envers la politique et, s’il avait encore un peu d’énergie vitale, qui l’inciterait une bonne fois à l’émeute. Plus que l’échec, c’est le baratin qui l’accompagne qui ruine le respect qu’on pourrait devoir aux vaincus.


Chaque fois qu’un gouvernement prend un coup de pied par le truchement d’une élection locale, c'est-à-dire chaque fois qu’il y a une élection locale, le Président de la République dégaine une mesure grotesque : le « gouvernement resserré ». Personne ne sait pourquoi mais un gouvernement resserré est censé être plus efficace, plus énergique, plus sincère qu’un gouvernement pléthorique. Imagine-t-on une équipe de football française, engluée dans une coupe quelconque, déculottée comme d’habitude par une équipe de sous-nourris, décider de faire face à son prochain adversaire en n’alignant que huit joueurs ? Face au danger, appauvrissons les rangs ! En fait, ce groupe restreint, quasi cellule de crise, doit donner l’image du gouvernement de combat : un état-major. En tête des troupes : Matamore 1er ! Casseur de briques en chef ! Comme à la guerre, il ne s’agit plus de déconner, de parloter ni d’argumenter : de l’action ! Comme à la guerre, on concentre les pouvoirs entre un petit nombre de mains, et gare aux têtes qui dépassent ! C’est ça, le message caché sous l’expression tartarinesque : nous sommes désormais en guerre, citoyens ! Guerre au chômage ! Guerre à la désindustrialisation ! Guerre à la défaite ! Ça va saigner ! Que ne l’a-t-on déclarée avant, cette guerre. On se demande où Moi-Président avait la tête…


La baratin, c’est ce qui reste quand on ne change rien à l’ordre des choses, et qu’on se fait élire en promettant le changement. Le baratin, ce sont ces références militaro viriles maniées par des eunuques. C’est surtout l’indice d’un mépris d’ancien régime pour le peuple : oser lui servir une telle tartufferie, en pensant qu’il sera dupe, ne serait-ce qu’une semaine... Encore quelques jours avant les élections européennes, et on entendra de nouveau l'ordre politico médiatique critiquer ce con de peuple qui s'est abstenu, qui ne sait pas la chance qu'il a de vivre en démocratie, ou qui s'est dangereusement vautré dans le vote protestataire..


7 commentaires:

  1. Impeccable état des lieux !

    (Et j'aime beaucoup les tortues ninja du redressement…)

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  2. on se met à rêver à une liste menée par les tortues ninja du redressement aux européennes...

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  3. "On se demande où Moi-Président avait la tête" :
    Entre les cuisses de ses maîtresses, à la recherche de cons bas.

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  4. kobus van cleef7 avril 2014 à 12:38

    sans deconner,on peut (ou pas) compatir au sort funeste qui poursuit jean de la lune
    perso , j'ai pas de compassion en reste pour les tartarins qui se gavent sous les ors de la république et qui trouvent encore que la soupe n'est pas ce qu'elle devrait être ("à l'élysée,y faut le dire, c'est dégueulasse")
    mais peut être que le problème est là?
    si on met ça en parallèle avec votre paragraphe montrant l'analogie avec "l'équipe de foutebaule vronzaise prenant une déculottée administrée comme d'habitude par une équipe de sous nourris" ,on peut se dire que nos miniss' et not' bon présigland sont trop nourris
    ou trop payés
    on peut donc se proposer de les payer après coup , selon résultats

    nul dute que ça va pas susciter les vocations

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    1. On vient d'apprendre qu'un quart des SDF travaillent. Si nos zélites étaient payés au résultat, ça ne ferait qu'augmenter cette proportion...

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  5. Hollande n'est pas l'homme de la situation il nous faudrait Thatcher. Un dur de dur.

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  6. Hollande n'est pas l'homme de la situation il nous faudrait Thatcher. Un dur de dur.

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