21 juillet 2008

Uncitizen of Cordicopolis

En parcourant le blog chatoyant de l'oncle Charlie Le Grand Charles , j'ai découvert ce groupe, enfin Charlie (rendons à Charlie ce qui appartient à Charlie), de rap réactionnaire « Uncitizen of Cordicopolis », lecteur de Joseph de Maistre, à la plume habile et au discours inespéré. Je suis fan ! Ça tourne en boucle !

Une petite interview du groupe qu'au départ j'ai pris pour un mirage.
http://musique-politique.over-blog.com/article-20931959.html

La chanson dite « engagée » a-t-elle un sens aujourd'hui ?
Il me semble que non, aujourd'hui pas plus qu'hier. La chanson "engagée" ne fait pas sens : dégoulinante dans le rap... pire encore dans le reggae, le fromage sartrien à la sauce musicale est sûrement parmi les plus puants (et pourtant sans saveur...) que l'industrie intellectuelle peut produire. Visualiser une photo d'une quelconque Keny Arkana enturbannée suffit pour moi à sceller tout jugement à ce sujet.

Croyez-vous en nos élites politiques ?
J'aimerais croire que nous avons des élites politiques, c'est certain... Quant à émettre un jugement sur le théâtre de gestion qui fait office de scène politique, je crois qu'un silence accablé et entendu vaut mieux que tous les lieux communs sur le sujet, aussi justifiés soient-ils. Paradoxalement, je dis cela parce qu'évidemment, en tant que groupe, nous "prenons position" sur tel ou tel sujet, nous produisons un discours qui est politique. Mais je suis convaincu, au fond, dans le sérieux, pour faire écho à la question du dessus, que ce silence-là, celui du désengagement, est la forme même d'un engagement bien pensé, et honnête avec lui-même. Nous ne nous faisons aucune illusion quant aux conséquences du discours en question, et nous ne prétendons aucunement, Dieu nous en garde, vouloir "transmettre un message", encore moins "faire bouger les choses", "évoluer les mentalités" et autres sucreries de baraques progressistes... Le désengagement est l'engagement par excellence contre le monde. "Soyez dans le monde sans être du monde". La présence sans l'adhésion... la "dialectique", oui, disjonctive ! évidemment ! maintenant que j'y pense ! proposée par le Christ, à la fois complexe et simplissime : voilà, à mon sens, le seul engagement souhaitable... le vrai défi pour ces choses-là.

Êtes-vous démocrate ?
Hum, non. J'avoue que la démocratie d'un Périclès (dont le tout premier demos est un propriétaire, flirtant tant avec l'aristocratie qu'avec une certaine tyrannie) peut avoir son charme et son confort, mais sinon, sans plus. Pour faire simple et rapide, je ne crois pas, ni aux droits (en tant que nouvelle religion) ni à l'égalité, des peuples, des chances, ou de tout ce que vous voudrez. L'égalité comme conquête individuelle, why not... comme convention collective décrétée... non merci. Mais cela nous mène à la question suivante.

Vous sentez-vous de gauche ou de droite ?
De droite précisément dans le sens contre-révolutionnaire d'un Joseph de Maistre, donc ni républicain, et encore moins libéral. Dans ce sens, qui réduit la scène politique française à un cerbère batard uniquement de gauche, du FN au PT : tous dans le champ républicain, socialiste ou libéral, voire les trois à la fois ! L'expression "anarchiste de droite", qui est plus un présupposé esthétique que politique pourrait mieux décrire ma position, même si elle tend déjà passer pour "commune". Catholique, anti-jacobin, ni nationaliste ni trop royaliste, voilà comment me définir, sans trop de dégâts...
Quant au positionnement des groupes, même les trolls réac' sur quelques forums douteux ne parviennent pas à les caricaturer mieux qu'ils ne le sont en réalité. Du sans-papiérisme du premier tocard de la chanson francaise venu à l'écologisme magique du presque déjà mort Aznavour, ça pue, ça pue la merde, et ça pue fort et de loin. Chacun peut les voir arriver de derrière les plateaux avec leurs gros sabots mielleux, guidés par les questions des journalistes complices, qu'on croirait, quant à eux, nés pour incarner le cligneur d'oeil de Nietzsche dans "Zarathoustra". Barthes avait déclaré la langue fasciste, surtout les questions, parce qu'elles forcent à dire, même dans le silence. Combien avait-il raison : nos médiatiques annoncent les réponses sous forme interrogative, et les artistes, avec l'air traqué du faiblard type Cali, de répéter le ou les discours officiels (ne jamais prendre trop aux sérieux les apparences de "pluralité" : boue sèche ou durcie, cela reste de la boue). Plus que jamais il faut faire taire les artistes pour qu'enfin, peut-être, ils se mettent à dire quelque chose. Qu'on fasse de même pour les défenseurs centraux à lunettes et les présentateurs de JT !

Que pensez-vous personnellement des propos de Fred Chichin ?
Simple bon sens, sans plus. C'est toujours agréable de voir la réalité exposée, mais on a quand même du mal à s'en satisfaire tant il y aurait à dire... On attend les autres... ça peut "susciter des vocations", comme ils disent. Le minimum syndical, en somme.

Vous est-il arrivé d'avoir des désaccords politiques significatifs avec d'autres musiciens ?
C'est à peu près systématique dès que l'on rencontre d'autres groupes : il y a en effet une paire de galaxies qui nous sépare des groupes que l'on est amenés à fréquenter, surtout dans le rap. Entre petits anars de centre-villes et autres anti-racistes des blocs... mais plus que l'invective, j'aime recevoir les regards outrés et incertains : à la fois "sont-ils sérieux ?" et "Merde, ils le sont !". En réalité, les gens avec qui l'on s'entend sont souvent bien islamisés : si un océan nous sépare, au moins, on est dans le même monde. Réactionnaire, religieux, viril, certain, franc... On préfère le conflit aux "jérémiades" (pas les originales, of course !), c'est le moins qu'on puisse dire.
Après, les désaccords sont souvent, peut-être malheureusement, atténués à cause du genre musical lui-même. Les musiciens sont tellement peu en désaccord entre eux, politiquement, tous sous la même chape de béton armé, qu'ils ne remarquent pas toujours la fracture. Du rap, c'est forcément cool. Engagé, social et durement cool. S'ils nous entendaient au lieu de nous écouter...

Quel regard portez-vous sur l'histoire de France ?
J'aime bien y choisir ce que j'aime. Alors ça fera hurler les souverainistes qui crieront au consumérisme historique, ou que sais-je, et qui sont eux sur une posture non moralisatrice, celle du pédagogue républicain en fait, pétri d'un réalisme qui n'est qu'un romantisme camoufflé (comme tout "bon" romantisme d'ailleurs...), du "Je prend tout, je n'jette rien". C'est assez moche, mais quand même moins dégueulasse que les postures actuelles, accusatrices ("le marxisme est l'idéologie de la faute des autres" comme le dit, peu ou prou, Gomez Dàvila...), forcément anachroniques, et beaucoup trop politiques pour être honnête. Tout ce mouvement de relecture, d'abolition de la critique, culte de la mémoire sélective, rappelle les conditions préparatoires à "l'emballement mimétique" girardien, il me semble. Pointer du doigt le passé pour mieux accuser dans le présent...
Sinon, j'aime me dire, et dire, qu'après Philippe le Bel, et le renversement complet de la "vraie laïcité" médiévale, c'est déjà un peu grillé... non ?! J'adore l'histoire de France parce qu'elle est intense. Beaux moments, beaux désastres, c'est complet : on y sent déjà, on y sent encore la civilisation, et surtout, la grande civilisation toujours déjà avortée. C'est passionnant, évidemment. Tout ou presque est contenu dans l'histoire de France... la grâce danse avec le nihilisme, la Vierge avec et contre Mama Gaïa....

Que signifie être français, pour vous ?
A vrai dire, pas grand chose. Je préfère l'avouer plutôt que de faire comme tant d'autres, c'est-à-dire de recréer des tissus imaginaires (qui n'ont même pas les charmes et la profondeur des récits mythiques...) et idéologiques (Diams, et Patrick Devedjian, quoi...) une "identité française" dont chaque intelligence sentira bien qu'elle n'a aucun rapport, si ce n'est analement parlant, avec l'ancienne, la passée... la réelle, traditionnelle, l'éternelle, que sais-je, "identité française". Je suis sûr de ne pas aimer un seul gramme de la "France du métissage", la France faussement américaine de Sarkozy, la Francitude qui bouge de Segolène, alors que j'en suis assurément le pur produit (au moins par le rap et myspace !). La France républicaine, la France-phare-du-Monde, la France verres-progressifs-du-Progrès me dégoûte. Remonter plus haut serait une posture plus malhonnête qu'esthétique. En bref je suis un locuteur français, et j'aime plus que tout cet langue, dont j'arrive un peu à percevoir les potentialités et tout ce qu'elle implique, dans l'histoire, dans les idées, dans l'art, etc. Soit je ne suis pas français, soit c'est précisément cela être français ! Réellement... question toujours ouverte pour moi...

Quelle place pour quel humanisme ?
Puisqu'ayant précédemment décrété qu'avec Philippe le Bel tout pourrissait déjà, il me serait ici difficile de défendre l'humanisme...même celui des bons convervateurs, le "vrai", le "haut", "l'originel", bien réformé, bien peint et tout. La place de l'humanisme serait idéalement dans une benne, mais dans la logique du monde, celui-ci règne, et règne en tant qu'"idéologie du salut" de l'homme par et pour l'homme en quelque sorte. Sans m'apesantir, je pense que l'humanisme, profondémment, à tout de l'hérésie messianique, l'idolâtrie en prime peut-être, et même qu'il les réalise toutes. Le "dieu de ce siècle" comme des précédents, à tout de ce fameux prince dont le nom est légion, travesti en homme, et qui en plus, aime ça !

Pensez-vous que l'art infléchisse l'histoire ?
Ah ! J'ai esquivé les questions qui m'auraient mené trop loin (trop ouvertes, celle sur l'avenir par exemple...) mais celle-ci je ne peux pas résister à lancer une petite réflexion qui semblera sûrement parfaitement absconse et creuse à certains (et cela sera peut-être bon signe !).
Oui, l'art infléchit l'histoire. La preuve n'est-elle pas qu'aujourd'hui, l'Histoire étant terminée, l'Art est partout ? A force de l'infléchir, l'art, l'immonde poésie par exemple, dont il est devenu interdit de dire du mal, règne partout. L'art a fait fléchir l'histoire, restant seul avec lui-même, vidé. D'où mon impression, si forte, de faire à chaque morceau, quelque chose de vain, et même, quelque part, carrément nul, sale (dans sa trop grande propreté...), d'affreusement banal... de l'art anti-artistique, au sens où je l'entend... le noeud oxymorique quoi !
Pour terminer, sortant de ce moi de Mai religieux au possible (je pense aux rituels sur Mai 68 dans tous les lycées du pays, pas de la Fête Dieu, évidemment) j'espère que l'équipe de France de football va bien rater son Euro, et nous épargner un peu de bourrage de crâne pour les vacances scolaires... Mais ils sont bons, les cons...

2 commentaires:

  1. Eh bien..'suis flatté d'être cité sur votre blog, que j'fréquente assez régulièrement depuis ses débuts.

    Content que notre petit boulot vous plaise...ça commence, donc ça tâtonne encore un peu, mais ça va venir!

    Si ça vous tente de venir écouter notre dernier morceau hein...

    Et j'en profite pour vous souhaiter bonne continuation pour ce blog, on est, peu ou prou, sur la même "ligne" et j'apprécie vraiment le boulot ;-)

    Romain

    (d'uncitizen...)

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  2. Extra! merci d'avoir déniché ces étranges! je crois rêver: des zicos qui parlent d'autre chose que de musique (ou d'instruments)... et qui parlent bien (c'est à dire fort et clair). A suivre...

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