26 juillet 2008

Nos chers petits sauvageons

Ayant trainé mes semelles Nike dans un milieu d’arsouille, lors de mon épopée juvénile où j’étais légèrement délinquant, je vais vous conter la fabuleuse histoire de ma jeunesse racailleuse dans une cité limitrophe de la belle Parisienne.
Il y a de tout dans la délinquance de banlieue. De, la racaille par moutonnerie, parce que c’est de la bombe, c’est telmor, ça chiredé, à, la racaille qui plaque le gros bifton sur le frigo de sa mater comme dans le film, estampillé boboïtude, « La haine », en passant par celle purement crapuleuse. La majorité du sérail, essentiellement d’origine magrébine, se situe dans la première catégorie (j’ai même connu un fils de PDG de PME qui racaillait). Un plus petit nombre est Africain subsaharien ou papayou des îles et encore plus réduit se trouve le pedigree européen (souchien-chiens ou autres). Puis quelques asiatiques, mais alors là, c’est aussi rare qu'un coran sur la table de chevet de Philippe Val.
On possédait tous un point commun comme fondement, principe directeur. Ce déterminisme premier, c’était la connerie avec un grand C aussi majestueux qu’une lettrine d’un manuscrit ancien (il m’en reste quelques pans). J’en ai trimballé de la mentalité de demeuré, fier comme un paon avec ses ocelles exhibés. Oh, oui… ça, on peut le dire, j’ai exposé ma crétinerie sans hésitation… et putain, qu’est-ce que je l’ai chouchouté ! Autant que Blueberry d’Ilys si le miracle de coqueter avec Adriana Lima s’opérait (en lui souhaitant bonne chance).
Parce que là réside le fond du problème ! Ce n’est ni la pauvreté, ni la misère, ni le manque de structures, de respect… non, le problème, c’est la pure et grandiose connerie ! Ce taureau fougueux et incontrôlable qui s’excite à la moindre muleta écarlate de la transgression. Dès qu’une dinguerie pouvait être commise, elle s’exécutait dans la fraction de seconde suivante. Le code de ce virus est gravé au burin dans le marbre de l’inconscient, en tant que commandement numéro un de la charte universelle du petit merdeux.
Et ce n’était pas de la bonne vieille connerie malencontreuse… oh, non ! Mais de la connerie étudiée, réfléchie, dument planifiée avec des stratégies affutées à l’instar de l’état-major yankee pendant la première guerre du Golfe. Qu’est-ce qu’on a pu foutre le dawa ! Je me souviens encore de cette piquante beauté et de sa merveilleuse idée d’inviter un des nôtres pour ses dix-huit ans. Elle avait préparé avec soin sa petite fiesta en louant une salle à la mairie et rédigé ses sympathiques cartes d’invitation en éprouvant une exaltation mystique proche de Sainte Thérèse d’Avila. Elle avait absolument tout prévu pour que les réjouissances laissent une trace indélébile dans sa mémoire. Tout, sauf une chose… qu’une bande de névrosés à l’éducation d’Ostrogoth se radine au nombre d’une trentaine d’effectifs avec l’unique souhait de pécho de la cramouille et éventuellement de déstructurer un superhéros défenseur de ces dames. En clair, on ne visait pas les mêmes objectifs que la donzelle. On avait peloté comme des épileptiques. On avait siphonné les réserves d’alcool comme des moines défroqués éclusant la cave à picrate de l’abbaye de Fontfroide. On avait insulté tout le monde sans être atteint du syndrome de Gilles de la Tourette (encore que) et on avait dépouillé quelques bouffons qui rasaient les murs prêts à jeter un camarade dans nos paluches dans l’espoir de s’en tirer. Qu’est-ce qu’elle a pu en chialer des hectolitres de naïveté ! Et nous, on demeurait tout jouasse, tout guilleret. Elle aurait dû savoir que lorsque l’on invite un loup, il se déplace toujours avec la meute. Mais ça a dû lui échapper en cours de route, certainement sous l’effet de l’excitation ou de son éducation « Club Dorothée ».
Comme fait d’armes, on détenait entre autres : déféquer avec générosité son colombin dans les chiottes de McDonald’s et refaire la peinture avec (ça a quand même plus de gueule que José Bové ! Non ?) ; aller en boite de nuit en RER en fumant des bedos au grand dam de la clientèle excédée, faire peau de zob et regagner le quartier en flibustant une caisse pourrave ; se bichonner la monstrueuse pendant le cours de math ; narguer les pions gauchistes avec nos gros cônes cancérigènes ; jeu-concours à base de coup de pression et rafales de mandales sur des mollassons choisis au hasard de nos humeurs ; pelotage aléatoire de formes protubérantes ; dawa systématique comme seconde nature ; pugilat anarchique et intensif inspiré par notre passion pour les films de kung-fu Hong-Kongais ; et plein d’avenantes délicatesses que je vous épargne par oubli.
Mais ce genre d’anecdotes, c’est un verre d’eau pour un chasseur. À dix-huit ans, en tant que jeune pousse de banlieue, on a plus que deux lubies… tenir une chienne en laisse qui baisse les yeux et acquérir assez de pépètes pour se torcher avec. Alors, on a commencé à penser business et établir les contacts. On détaillait une savonnette de résine de cannabis de deux cent cinquante grammes en quelques jours, ce qui nous permettait de fumer à l’œil et d’amasser quelques billets (pas grand-chose). On se cotisait à quatre pour acheter un kilo afin de réduire le prix de chaque savonnette (depuis la fin des années 90, elles sont généralement de deux cents grammes, mais la qualité du produit a augmenté). Un an après, on a accaparé la marchandise par lot de cinq kilos qu’on distillait dans l’économie parallèle en deux semaines environ, et tout ça, pour gagner à peu près quinze mille cacahuètes par mois chacun. Mais j’étais con, je vous le rappelle, et j’ai des restes. Mais quinze milles à la vingtaine insouciante, c’est pas mal comme départ dans la vie, hein ? Sauf que la dure loi de la réalité se présenta un jour avec sa carte de visite flambant neuve. Cette dure réalité si bien formulée par Sir Winston Leonard Alexander Spencer Churchill alias le gros sybarite. « Man is a wolf to man… whore, Clémentine, where did you put my cigars and my whisky ? Motherfucker ! »
Et les loups s’avéraient voraces, exhibant leurs canines pointues et dégoulinantes de baves avec l’air de dire que la soupe est servie. Cave, raclées, flingue dans le bec. Pas plus explicite comme message… on a lâché la grosse galette… cinquante mille balles de nos poches, avec en prime une bonne grosse coulante et des railleries que j’entends encore en dolby surround.
Après cette leçon de vie à l’opposé du film « le Cercle des poètes disparus », certains, dont bibi, se sont apaisés. D’autres ont continué dans cette voie. Ils finiront pour la plupart subventionnés par nos impôts à entretenir leur musculature toute la journée entre quatre murs Floriacumois.
Tout ça pour dire qu’en règle générale, la connerie domine en banlieue plus que la nécessité de la délinquance et en outre l’un n’empêche pas l’autre. Mais, une chose m’inquiète depuis quelque temps. On avait beau redoubler d’ingéniosité dans la débilité et crapahuter sur des traverses pourries, on n’était pas des barbares, ni nous, ni la plupart des racailles que j’ai côtoyés. Mais depuis les émeutes de 2005, les comportements asociaux de nos chers sauvageons ont franchi un échelon significatif.
Je n’apprendrai à personne que l’environnement à une influence capitale sur la psychologie des individus. Nos tendres cités françaises, à part exceptions, ne sont pas miteuses, mais elles sont considérées comme telles par notre degré d’exigences consuméristes. Le gros des mentalités, dont la non-éducation a défriché le terrain, est largement influencé par la sous-culture rap et les films violents. Lorsque Joeystarr, au début des années 90, lançait des expressions pour trisomique décomplexé, comme « à base de Pow Pow Pow ! » ou « c’est de la bombe, baby ! », elles effectuaient le tour des quartiers à la vitesse d’un cheval au galop. Des purs sangs appartenant à l’écurie Godolphin de la famille Ben Rached Al-Maktoum. Ils sont stupides ces putains d’effets de style, mais au moins ne prêtaient pas à conséquences. Alors que depuis la fin des années 90 et exponentiellement, les textes de rap prennent une tournure nauséabonde. En gros, on y jacte de plus en plus de barbarie. Mais jugez plutôt ce refrain de Zehef du collectif d’érudits « Truand2lagalère », un exemple parmi des milliers :

Nique sa mère les grosses structures,
Nous, nous, on vient poser notre
culture,
C’est la loi de la dictature,
C’est l’écriture qui censure,
À tout moment, on te met sous filature,
On fait des blessures, des
brulures, de la fracture, de la torture, de la capture,
Et on te défigure,
Mélangez à ça : le rôle du cannabis et sa propension à la subjectivité, l’impunité des émeutes de 2005, la protection idéologique de l’antiracisme, la non-éducation de valeurs saines, un niveau zéro de la pensée, un gout prononcé pour la frime résultant d’un virilisme de gros dur et la popularité grandissante du Happy slapping. Dans combien de temps les inoculations des virus rapologiques aux textes ultraviolents provoqueront-t-elles réellement leurs effets ? Le carnaval de 2005 tient lieu de mise en bouche par rapport au grand cru qui se prépare. Va falloir produire de nouvelles technologies de karcher !

Sinon comme jeunes dangereux, on a ça aussi.



10 commentaires:

  1. C'est tout à fait ça, beaucoup de ludisme et de connerie à la base et depuis quelques années l'envie de faire couler le sang pour faire l'américain, le Tartentino de banlieue, et pas comme un chevalier, mais comme un clébard.

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  2. « Petit, on me racontait l'histoire de truands, de boss
    Qui pouvaient saigner trois mecs puis bouffer des pâtes en sauce
    Scarface, le film, est sorti, puis il a vrillé l'esprit
    De beaucoup de monde et moi y compris
    Tu venais voir chez moi, on te disait "Entra, entra, Pana
    Bienvenue chez Tony Montana"
    On nous a fait croire que l'on était des merdes et à force on l'a cru
    Le stéréotype a pris le dessus »
    Akhenaton, Métèque et Mat (1995)

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  3. Très bon texte. Qui l'a écrit ?

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  4. "un niveau zéro de la pensée", cela me rappel une intervention de sir Finkielkraut à propos du Gang des Barbares, les tortionnaires de Ilan.
    La racaille, Malevitch de la pensée , pourquoi pas!!!

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  5. Finky et Bernard Stiegler ont utilisé cette expression et surement beaucoup d’autres. Mais l’origine viendrait du juge qui a instruit les complices de Fofana dans l’affaire Halimi.

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  6. Les Barbares

    http://www.deezer.com/track/38230

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  7. @ Goliot.
    "Très bon texte. Qui l'a écrit ?"
    Harry Roselmack !

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  8. @ anonyme.
    Je ne connaissais pas cette chanson de Lavilliers. Merci.
    J'en ai profité pour me faire une soirée Jacques Brel et Jean Ferrat sur deezer.

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  9. Tiens, c'est marrant, je n'ai pas eu la même jeunesse. Mais très joli texte en tout cas.

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