3 juin 2006

Sublime cadaveric decomposition


Le République est morte mais son cadavre bouge encore.

Les élements donnés par l'actualité récente (Dieudonné, déclarations de Roger Cukierman président du CRIF, appel des indigènes de la République, CRAN, joute Tribu du Ka/Ligue de défense juive...) corroborent cette idée que notre République a atteint le point de non-retour.

En près de trente ans la République a atteint le stade final de sa décomposition, il s'agit maintenant d'en identifier la genèse et de démontrer en quoi elle est liée à la montée en puissance du turbocapitalisme et d'une mondialisation qui nivelle les identités pour mieux affaiblir les nations.



ACTE I : LA PREMIERE GAY PRIDE, OU LA PREMIÈRE MARCHE IDENTITAIRE

En premier lieu, il convient de montrer comment la gauche abandonnant le champ de la lutte sociale a pu trouver dans les revendications identitaires un substrat afin de masquer son ralliement au marché et ce dès 1981.

4 avril 1981 : l'homosexualité constitue un délit selon la loi, le CUARH (Comité d'Urgence Anti-Répression Homosexuelle) et quelques organisations homosexuelles, qui ont délaissé le traditionnel défilé du 1er Mai aux côtés des organisations syndicales depuis 1978 pour des manifs en "solo", décident d'organiser une marche sur le modèle de la Gay Pride New-Yorkaise créée en 1970 afin que l'on prenne en compte leurs revendications.

Si les motifs de révolte pour les homosexuels étaient certes légitimes, le modes opératoires et les intérêts cachés derrière cette première "pride" l'étaient un peu moins: en pleine campagne présidentielle ; et, conseillée par Pierre Bergé, cette première "gay pride" constituait du pain-béni pour François Mitterrand, d'une part pour apparaître résolument "progressiste" et d'autre part pour récuperer un hypothétique vote "gay".

Aujourd'hui "la Gay pride" devenue "Marche des fiertés" constitue une sorte de rituel festif et victimaire auquel tout homme politique "progressiste" doit souscrire. Bien sûr, de nombreux homosexuels critiquent le nouveau conformisme véhiculé par cette manifestation, mais ceux-là sont obligatoirement isolés et brocardés car ils remettent en cause la conception hédoniste, consumériste et vindicative de la Gay Pride...

ACTE II: LA MARCHE DES BEURS, OU LA PREMIERE PIERRE À L'ETHNICISATION DE LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE

C'est en 1983,après des échauffourées à la cité des Minguettes près de Lyon qu'a lieu à initiative de divers mouvements anti- racistes ( SOS Avenir Minguettes du curé Delorme et Toumi Djaidja) et d'autres associations "beurs", une marche pour l'égalité et contre le racisme, partie de Marseille le 15 octobre et s'achèvant à Paris par un défilé réunissant 60 000 personnes tout cela dans une ambiance "conviviale".

Cette "première manifestation nationale contre le racisme" se terminera par la rencontre des leaders de la marche avec François Mitterrand; le président leur accordera à tous dans un grand élan démagogique une carte de séjour et de travail valable pour 10 ans.

Le mouvement plutôt déstructuré à ses débuts sera bien vite récupéré par les partis politiques en particulier, SOS Racisme (le fameux "Touche pas à mon pote") fondé par Julien Dray pour le PS mais également par France Plus, éphémère "rival" créé peu avant les élections législatives de 1986.

Tous ont applaudi au slogan « Touche pas à mon pote » alors qu’il constitue un appel à soutenir tous ceux que l’on juge semblable à soi. Il manifeste l’inverse de ce qui fait le fondement de la citoyenneté, la reconnaissance par des gens différents de l’existence d’un destin qui leur est commun.

Plus de 20 ans après, La Marche des Beurs s'est avérée comme un superfuge de la gauche caviar, usant et instrumentalisant "le mouvement beur" afin de faire oublier le passage à la politique de rigueur et au néolibéralisme européen de 1983. C'est l'amorce du virage "sociétal" du PS et la preuve du réel abandon des classes populaires en se fixant sur le fameux "droit à la difference".

ACTE III: LA NAISSANCE DU CONSEIL FRANÇAIS DU CULTE MUSULMAN, OU LA FIN DE LA NEUTRALITÉ LAIQUE

2002, après le choc du 21 avril 2002 où le thème de l'insécurité a été determinant et sur fond d'angoisse post 11-septembre et de "choc des civilisations". Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur toujours prompt à développer sa politique "clientéliste" désire mettre en place le fameux "Islam de France". Une première en France, alors que l'État n'intervient ni pour les élections des représentants israélites, catholiques ou protestants, le ministère de l'intérieur organise en mai 2003 les élections pour le Conseil Français du culte Musulman (CFCM) pour près de 6 millions de musulmans ( chiffre très hypothétique, selon Michele Tribalat, plus proche des 3 millions) et gérer les 1300 mosquées existant en France.

Très vite une des composantes de ce CFCM va se détacher médiatiquement : l'Union des Organisations islamiques de France (UOIF) dont l'activisme fera pâlir les autres fédérations que sont la Mosquée de Paris et la Fédération Nationale des musulmans de France (FNMF)

L'UOIF, fondée en 1983, est le résultat du lobbying des frères musulmans, installés en France et enEurope. Le Groupement islamique en France (GIF), résultat d’une scission intervenue au sein de l’Association des étudiants islamiques de France (AEIF) fin des années 1970 début 1980 suite à la crise syrienne en sera l'un des principaux artisans. Fort de ses structures (formation des Imams) et de son savoir-faire habile, celle-ci passera un marché de dupes avec Nicolas Sarkozy qui de cette manière espérera canaliser les vélléités de la puissante fédération.

Cette dernière sera en pointe dans le combat contre la Loi sur laïcité, allant même jusqu'à soutenir les deux lycéennes d'Aubervilliers Alma et Lila et leur père l'avocat Laurent Lévy.

Trois années après la création du CFCM, on peut dire que le contrat peine à être rempli: le CFCM est en crise et en proie à la querelle des chefs (Boubakeur/Bechari, l'ami du Front Islamique du Salut) et l'UOIF semble de plus en plus vouloir faire cavalier seul (formation des Imams à Chateauchinon), l'inanité de cette structure a été d'autant plus flagrante lors de l'affaire des caricatures de Mahomet.

Preuve une fois de plus qu'en ne respectant pas sa neutralité laïque l'État français s'est retrouvé dépassé par les évenements et la courroie de transmission désirée (le CFCM) ne possède que peu de crédibilité en tant que tel auprès des français de confession musulmane.

2005 OU L'ETHNICISATION DES RAPPORTS SOCIAUX.

L'année 2005 semble à bien des égards franchit un cap dans le délitement de notre République: Dieudonné attise les braises et le ressentiment envers la communauté juive en invoquant lui aussi la part de souffrance de son "peuple", Roger Cukierman (président du Conseil des répresentants israëlites de France-CRIF) fustige nos gouvernants en mettant en corrélation antisémitisme et politique française à l'égard d'Israël.

Mieux des appels inimaginables il y a 20 ans se mettent en place, comme celui, issu de la nouvelle radicalité progressiste, des "Indigènes de la République" dont la rhétorique s'apparente à celle du Mouvement de l'Immigration des banlieues (MIB).

L'idée force de cette pétition instiguée entre autres par le Collectif d'extreme gauche "les Mots sont importants' (les pères de la fameuse "Lepénisation des esprits") et par le site Oumma.com réside dans le fait que la République française colonialiste dans son essence se comporte au sein des banlieues comme elle se comportait dans les colonies, soit un usage honteux et abusif du passé colonial.

En parallèle et suite aux agressions de lycéens par des bandes de casseurs en mars 2005, s'est formé "Un appel contre les ratonnades anti-blancs". Une première dans notre paysage démocratique tant l'expression "racisme anti-blanc" semblait l'apanage de la droite extrême.

Cet appel issu du mouvement sioniste Hachomer Hatzaïr et de Radio Shalom a reçu le soutien de nombreux intellectuels comme Jacques Julliard, Alain Finkielkrault, Bernard Kouchner ou Pierre-André Taguieff (où comment l'inventeur du concept de communautarisme a perdu pied).

On y était les gaulois (je doute que beaucoup soient descendants de Vercingétorix) pouvaient eux-aussi participer à la grande parade de la souffrance en bandoulière, c'est ainsi que les identitaires créerent le CRAB (Conseil Représentatif des associations blanches) sur le même modèle que le CRAN (Conseil réprésentatif des associations noires).

FUSION IDENTITAIRE

Ce communautarisme correspond à un règne du narcissisme, à une incapacité à concevoir l'altérité:

"Cette conception libératrice, plurielle du moi est ce que le philosophe Charles Taylor, un des phares contemporains de la pensée multiculturaliste et de la fusion identitaire, ne pouvant en soutenir l'audace appelle "une terrifiante instabilité intérieure". Taylor ne peut admettre, comme du reste tous les organicistes des siècles précédents, que la raison et la morale, unifiées par le Moi pensant, puissent rester universelles alors que l'individu s'assume comme pluriel".(1)

A vrai dire même pendant "le moment magique" de la Coupe du Monde 98, l'ethnicisation était déjà présente: les actions d’associations ont ainsi été porteuses d’une nouvelle symbolique. Certaines ont choisi le drapeau « Blacks, Blancs, Beurs » qui fait référence à l’origine ethnique ou raciale des individus. Le drapeau tricolore est lui sans ambiguïté. Les hommes bleus ou rouges n’existent pas. Le blanc du drapeau ne fait pas référence à une race mais à un système de pouvoir, la monarchie. Avec le drapeau tricolore on peut venir de tout horizon et être Français. Avec le drapeau " Blacks, Blancs, Beurs" on ne peut pas être Français et d’origine asiatique.


Encouragé par le turbocapitalisme, flatté par Bruxelles, le Communautarisme s'est peu à peu mué en une sorte de racisme basé sur le concept de différence entrainant une ethnicisation des rapports sociaux. La guerre de tous contre tous sur fond de nouveaux marchés à caractère ethnique ou sexuels, la segmentation et la conquête de nouvelles niches commerciales ou quand le néolibéralisme vous fournit votre kit identitaire...

Ce rêve, le rêve de tous les identitaires, consiste à s'anéantir dans le magma du même... Tous cherchent à lever l'ultime tabou celui de l'inceste.

Néanmoins le cadavre a encore quelques spasmes (29 mai 2005), gageons que nos modernes l'acheverons tout en déplorant le "communautarisme".

(1) AG Slama, Le siècle de Monsieur Pétain, Perrin, 2005.

7 commentaires:

  1. "Bien sûr, de nombreux homosexuels critiquent le nouveau conformisme véhiculé par cette manifestation, mais ceux-là sont obligatoirement isolés et brocardés car ils remettent en cause la conception hédoniste, consumériste et vindicative de la Gay Pride..."
    La preuve par les malheureux Renaud Camus et Jack-Alain Léger.

    Barbu130

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  2. Bah, il a sorti son bouquin "Eh bien la guerre" sans promo à la télé ...

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  3. Je l'avais entendu en promo dans "ma nuit au poste" le soir sur RTL. Il me semble bien que c'était là.
    Depuis plus de nouvelles. Dire que cette salope de Pascale Clark l'a débarqué de On Refait le Monde.
    Rendez nous Jack Alain, ça fait du bien d'entendre plus névrosé et plus parano que soit.

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