8 novembre 2013

Je laisse mes putes à Albert Londres



Les volets étaient fermés sur un monde vide, une formidable boule de chaleur. A l'intérieur régnait une fausse tiédeur, mollement ranimée de temps à autres par un filet d'air tiède. L'entoilement du fauteuil défraîchi, usé jusqu'à la corde, tremblotant bouquet de fleurs fanées, et un papier peint tellement tarte que des envies de l'étoiler à coups de fleurets surgissent soudainement avant d'être anéanties par la température. Canicule, petite canicule, petit cimetière, ermitage, non faire, sous des flots d'eau que les corps desséchés bavent, cyprine surgissant de milliards de pores douteux. Et le cul qui colle, et le cul qui gratte. Putain d'enfer ! Putain de chaleur, putain, les putes. Les putes, oui.

Putain de putes...

Je déteste ça, mais le téléphone a sonné quand même. Sonne, sonne chinois microscopique en plastique. Rien n'est plus détestable que ces horribles sonneries, à part bien sûr de répondre à leurs sollicitations, ce que ne fait jamais un homme bien né. Et, à ce qu'on m'en a dit, s'il y a une chose que j'ai bien réussi, c'est ma naissance. Depuis, les avis divergent sur la destinée qu'on m'a infligée – de moins en moins d'ailleurs – néanmoins, mon statut de journaliste qui devrait en imposer aux mongoliens pathétiques qui peuplent ce monde n'est pourtant plus perçu que comme gimmick . Ce monde hait les journalistes d'une manière ahurissante, parfaitement absurde, aucun journaliste n'ayant plus rien dit depuis des décennies. Le vice qu'il faut pour s'acharner sur celui qui a la sagesse de se taire.

DOONG! La cloche du beffroi, votre téléphone vous parle, braves gens! Je tends une longue main décharnée vers cette connerie afin d'en écouter le message. Le message, bordel, c'est toujours des conneries. Pourquoi cette appellation si officielle? On devrait appeler ça dérangement, diarrhée virtuelle, que sais-je. Bref. Les putes. Voici des putes par centaines plein ton oreille. Et il me dit ça d'un timbre joyeux, extatique qu'il est toujours, l'aristocrate. Qu'il t'envoie couvrir une kermesse ou l'inauguration d'une boucherie chevaline, le doigt de Dieu, par sa bouche, t'élit toi, béni sois-tu! Vous savez quoi? Je suis sûr qu'il porte une chemisette rose. Peut-être a-t-il poussé le vice jusqu'au port du bermuda, c'est qu'on est détendu en diable, ah ! Cher ami ! Trouvez-moi des putes, c'est l'été, le public a besoin de sordide, de sexe, de débats élevés. Couvrez le lectorat à gros bides tout blancs de stupre, que ça éjacule discrètement dans les slips de bains. La Voie Lactée de la concupiscence.

Sinistre.

Et d'abord, pourquoi moi ? Il fait bien trop chaud pour faire quoi que ce soit, il fait bien trop chaud pour le sexe. Qui pourrait être assez moralement délabré pour faire la démarche d'aller se faire sucer par une naine tolmèque lorsque le thermomètre est en rage d'explosion ? Un assureur ? Un gérant de supérette ? Et après, que fait-elle, la monstresse assoiffée ? Te lèche-t-elle l'intégralité de l'épiderme, façon teckel ? Sucé jusqu'au bout, comme jamais, Michel décide de faire une réduction exceptionnelle de 10 % sur la Kronenbourg, gloire à l'artisanat français ! Tout ça n'a aucun sens.

Qu'y connais-je sur ces dames, moi ? Rien. Je m'en fous. Albert Londres il aurait trop kiffé, trois mille pages sur le sujet, et de la pute mutilée, plombée, miséreuse, torturée, dans un pays en guerre, s'il vous plaît. Des larmes, du sang, et du sperme. L'aventure. Et de l'intelligence en surplus. La rédaction d'un « Que sais-je... » sur n'importe quel sujet, avec plein d'entrées, de références, de couloirs graveleux où l'on se perd, tout taché d'encre. Très virtuose, à passer dans l'émission de Patrick Sébastien, avec reconstitution du Kosovo en guerre, l'Albert en costume opère une unijambiste prostituaire tandis qu'elle le suce, et qu'un bataillon de mafieux barbudos font des claquettes. Il écrit son torrentiel article du pied gauche, pour l'édification du peuple ébahi.

Est-ce là du journalisme ? Non. Le journalisme, c'est moi. Du réel pour les pauvres. Facilement appréhensible. Une zone commerciale, une Halle aux Chaussures, c'est la fête à tes panards, il y aura du Schweppes à volonté. Venez tous, on va se tordre de rire sur le parking dans la célébration de l'Égalité, la Fraternité, enfin retrouvés. Le réel, l'économique, la création, voici ce qui intéresse les Homo Sapiens dotés d'appendices pédestres. Pas du Steinbeck, du Zola. Mais du Combien ça Coûte, du Jean-Pierre Pernaud. Ce monde est exclusivement économique. Partant, je ne vais pas faire un guide du meilleur rapport qualité/prix du trottoir, l'Ouest ou le Sud, que choisir ? Ça va gueuler dans les ménages. C'est impossible.

La débauche, c'est pour les grandes villes, le mégalopoles du vice. Ici, ça ne peut pas faire fantasmer, il n'y a pas de Lanterne Rouge, il n'y a pas grand chose, d'ailleurs. Avez-vous déjà vu ces rangées de bonbonnes de gaz grillagées? Bravo, peignez-les en noir et vous tenez la quasi intégralité de la prostiputation urbaine et nocturne. Un mètre sur un, elles dépassent à peine du buisson, avec leurs sacs à main. Tu repasseras pour l'Afrique mystérieuse, on nage en plein Rwanda grande époque. C'est la résultante d'un complot visant à démoraliser le Blanc et l'empêcher d'avoir des pulsions migratoires vers le continent du soleil et de la danse tribale. Ça ne peut être que ça. Rien que d'imaginer ces pays immenses peuplés de dizaines de millions de bonbonnettes Butagaz stationnant sous de splendides bananiers centenaires me donne l'envie de me mettre minable avec cette bouteille de pisse de whisky à deux balles. Ivre à déambuler parmi les putes pygmées et leurs putains de sac à mains. Docteur Livingstone, je présume? C'est cinq francs CFA la pipe.

La prostitution m'aura assassiné l'Afrique. Une pépinière de golems. Et la guerre. Guerre qui vomit les bordels spontanés. Cercle vicieux.

Des Massaïs, s'il vous plaît, ça aurait une autre gueule. De la gracile liane noire qui tapine enroulée autour des lampadaires. De la jungle. De la magie vaudou. Des fellations anthropophages. Saga Africa, l'ambiance de la partouze. Alors que ce que l'on a risque de faire progresser le Front National. On ne se ressent pas de clamer la nécessaire fraternité des peuples avec ces vagues hominidés. La réconciliation ne peut passer que par le jumelage avec des nids à bombasses ébènes de deux mètres de haut, voilà qui rendrait ses chances à Mélenchon.

Un village global dont ces dames seraient les ambassadrices. Ô, mannes de DSK!


De l'autre bout du prisme, un fantôme,une beauté pâle, errant sur le pont de la République. Slave esclave terrorisée. Fleur de la laideur. A imaginer l'obésité quadragénaire la profanant, heure après heure. Pipe après pipe. Enculage après enculage. Triste fine beauté blonde. Seul le beau peut faire ressortir à ce point, par un terrible contraste, toute l'horreur qu'il y a à vendre son corps à la vieillesse, au délabrement, la solitude, et toute la misère du monde.

Ça marche nettement moins avec un clone de Valérie Damido révisé Alice Sapritch. L'égalité ne tient pas face à la beauté.

Nous voici au chapitre de la nécessaire morale. Le consommateur argue de la liberté de choix de la donzelle, alors que l'homme n'est jamais libre, jamais. L'homme est encore moins libre lorsqu'il est une pute. Tandis que le consommateur a lui la liberté de ne pas l'être. Que fait-il alors, l'ami frustré, que lui reste t-il pour vider ses cojones ? Toutes les formidables opportunités que lui propose le postmodernisme, c'est à dire principalement du cul, du cul en papier peint, du Xhamster en filigrane du drapeau, Marianne porte un plug anal, et Zahia comme modèle post-Tapie. La grande parade de la pénétration. Ça baise, ça copule partout tout le temps, mais lui, il est puni, il est au coin, pas zizi pan-pan.

Lui reste la pornographie mais les études montrent qu'il vaut peut-être mieux traiter une pute convenablement que de participer à la promotion de ce milieu sordide. Ses actrices défuntes, ses actrices finissant en fauteuil roulant, camées, plombées sida, alcooliques, suicidaires... comme les putes. Les bordels allemands sont tenus par des mafia, ça n'aura pris que quelques courtes années. Les escorts, confrontées à l'extraordinaire violence à laquelle destine ce « métier », en viennent à payer des bodygards, autre forme de maquereautage spontané, et ne semblent faire qu'un petit tour et puis s'en vont, c'était moins swag que sur le plateau de Ruquier.

Lorsque la contre-culture s'est épanouie, avec ses qualités et ses défauts, dans les années soixante, nombre de jeunes puceaux tentaient de se faire accepter dans les communautés, milieux hippies, dans le seul but de baiser comme des gnous. Comme ils n'y arrivaient que très rarement, principalement parce que l'amour libre a été abandonné rapidement par les intéressés tant ça créait de tensions, ils en ressentaient un sentiment d'exclusion. Avant, c'était plus simple, t'allais au bordel et tu n'en faisais pas une maladie, ou tu prenais ta place dans la file pour juter dans Marie, cette salope de nymphomane. Le monde était bien fait, et la baise un acte naturel, autant fascinant que de chier ou faire du vélo. Tout soudain, partouzer était politique, militant, rebelle. Le puceau était prêt à se déguiser, être d'accord avec n'importe quel sous Maoïsme, tant que ça suçait dans tous les coins, oui camarade. Mais voilà, au coin sans orgie. Les couilles pleines. C'est intolérable ! Et la jeunesse, merde ?

Nous vivons encore dans cette même vague. Tant que d'immondes dégénérés se livreront quotidiennement aux plus perverses et lubriques imbrications de bites, de trous, et de clous, l'occidental lambda voudra y trouver sa place. S'ils font, il doit faire. Suivre la kermesse jusqu'au bout de la nuit. Quitte à se faire déchirer le côlon jusqu'aux amygdales. Il aura vécu toute l'intensité du troisième millénaire. Tout en cuir, dans une foule de manutentionnaires, épiciers, vendeurs de vent, chefs de micro-bureaux, par milliers à s'enfiler parce que c'est un droit que l'égalité et la modernité profèrent. Tu parles s'il va en profiter !

Bien con, bien triste, est l'être humain après l'amour. Alors, quand l'amour consiste à copuler mécaniquement dans une société qui célèbre la copulation mécanique, la seule joie à en tirer est d'aller raconter partout combien tu es un bonobo névropathe qui s'est sali en salissant. Chacun et chacune t'admire, les yeux s'allument, pétillent, quelques reproches pour la forme auxquels personne ne croit. Tu gagnes, question statut social. Moi, j'ai gangbangé une truie blondasse, on était douze à l'escalader, j'ai dévissé pour me retrouver suspendu à une mamelle dantesque, à trente centimètres du sol, le sperme giclait comme les balles à Gravelotte. J'avais les yeux collés, alors j'ai enculé Jean-Michel par accident, c'était une belle performance collective. De la « baise à la Dubout », ça s'appelle. Tu recrutes une vingtaine d'anorexiques du tertiaire, une montagne teutonne pétée à la bière, et en avant. C'est tout nouveau. J'ai été un des premiers. On va faire un reportage sur moi à W8, j'expliquerai qu'il vaut mieux faire ça au rez-de-chaussée, c'est plus sûr.

Quel formidable Antoine !


La baise du XXI siècle me déprime totalement, alors s'il faut en plus payer...

C'était encore marrant il y a vingt-cinq ans, tous ces poils, ces odeurs de femme, le naturel de la chose. Aujourd'hui, elles s'épilent des sourcils au trou du cul, momies glabres et bronzées, qui sentent la salle de chimie. Où sont ces corps translucides à force d'être blancs, ces fins duvets odorants, ces sauvageonnes, et leurs mignonnes retenues? Une des dernières choses que m'a dite la femme qui sentait que je me détachais de plus en plus est « encule-moi ! » Elle était allongée nue sur le ventre, j'ai renfilé mon pantalon et je suis sorti de la pièce. Vaste dépression sur la baise, de la Bretagne jusqu'à la fin du siècle.
Ah, mes aïeux !


Vu l'état global de mes réflexions sur l'emboîtage des bas morceaux, je suis persuadé que j'éprouverais une encore plus affligeante mélancolie à tirer la substantifique moelle de laides prostituées posées entre les voies ferrées et un sex shop. C'est un coup à finir bourré scandaleux, à en finir au poste, un coup à ne plus vouloir en tirer un.

Journaliste à la con, reporter de deux pièces, moiteur et canicule. J'irai pas. Rien à foutre. On n'est pas sur M6. Ici, on a de la morale, on est de la vieille école. Dans ton cul, le spectaculaire ! Taille des sabots, fonds des cloches, un tour en poney, le fromage, la technique en pointe, un cuisinier tout en moustache qui pue le graillon. Eux. Tous et toutes, leur splendide conneries à propos des asperges, bétail, flore unique, en parler, je veux bien. Je n'ai même pas besoin de leur parler, je fais ça de ce cloaque, en style immortel, à mettre des vaches dans les coins. Les gens aiment les vaches, ça les rassure. Paf, je leur file des noms à la con, planant dans le doute et l'anonymat, dans un monde aussi vaste, sept milliards, pourquoi n'y aurait-il pas un bouffeur d'âne se prénommant Kevin et des éleveurs affligés nommés Tchang ? Acte satanique ? Menace sectaire ? Enquête. Est-ce une rumeur ? C'est fou. Il se passe des choses mais c'est pas sûr. Suspense. Si l'on crée une rumeur ex-nihilo, celle-ci prend vie instantanément, et il y aura bien un perturbé pour aller manger un âne. Je lui souhaite bien du plaisir par cette chaleur.


Alors, vous savez quoi ? Les putes, je les enterre sous le fauteuil, avec le loyer en retard, les aristocrates en chemisettes rose, leurs mollets bronzés, les fades femmes robotisées, et ma bite, tant qu'on y est. Je la ressortirai cet hiver, au zénith de février, pour frapper aux volets des veuves, tard la nuit. J'inscrirai « haine » en lettres de pisse devant la gendarmerie pour célébrer cette belle saison où les cons restent chez eux. À REGARDER LA TÉLÉ.

Tas de cons !

Flics de merde !

Soleil socialiste !

Je vais couper mon portable, descendre cette bouteille, me foutre à poil, et espérer ne pas trop faire d'esclandre. Ce qui revient à planquer mes habits pour ne surtout pas pouvoir sortir plus tard. Et ce sera formidable. Je le veux. J'en ai besoin. J'en ferai une aventure plus belle que les putes, d'ici, de la gare, ou de partout ailleurs.

Personne n'en saura jamais rien.


Jamais je n'écrirai cette bouse. Levons un verre à notre probité, mon très cher marquis !

Il n'est pas un peu tôt ?

Ta gueule, marquis.

6 commentaires:

  1. Joe a un talent XXL et est nouveau sur CGB, il me plait il faut le garder,

    en revanche il va donner de l'urticaire à certains :-)

    tant mieux.

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  2. Joe a été incubé dans les fermes CGB à l'aide du divin sperme de notre parrain et couvé par Pierre Bergé. C'est dire s'il est talentueux.

    Bienvenue à notre nouveau camarade de jeu.

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  3. Ca sent bon le sperme froid ici... Tiens Joe, prends une chaussette, y'en a plein qui trainent dans les bureaux du CGB.

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  4. Merci à vous pour votre accueil. Maintenant, il serait bon de me donner l'accès aux toilettes collectives, je finis par avoir des problèmes avec le voisinage.

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  5. Comme disent les roycos
    "Mon âme à dieu
    Mon coeur au roy"
    Ajoutons...."mes putes... à Albert Londres !"

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Attention : le CGB n est pas une démocratie. Si t es qu un gros con de troll, tu seras irrémédiablement réduit au silence.
(Les anonymes serviront de cibles aux tirs d exercice.)

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