30 novembre 2011

Prophétie

Que l’on appelle « civilisation » ou « humanisation » ou « progrès » le trait pour lequel on cherche aujourd’hui à distinguer les Européens; qu’on appelle simplement, sans éloge et sans blâme, d’une formule politique, le mouvement démocratique de l’Europe: derrière toutes ces caractéristique morales et politiques de surface, auxquelles renvoient de telles formules, s’accomplit un formidable processus physiologique qui ne cesse de s’amplifier, – le processus qui rend les Européens semblables, leur autonomie croissante à l’égard de tout milieu déterminé qui aimerait s’exprimer au fil des siècles dans l’âme et dans le corps sous forme d’exigences identiques, – donc la lente apparition d’une espèce d’homme essentiellement surpranationale et nomade qui, pour parler en termes physiologiques, possède pour trait distinctif typique un art et une faculté d’adaptation maximalisée. Ce processus propre à l’Européen en devenir peut voir son tempo ralenti par de grandes rechutes, mais peut-être gagnera-t-il et croîtra-t-il de ce fait en véhémence et en profondeur – le déchaînement et la poussée de « sentiment national » qui continuent de faire rage aujourd’hui entrent dans ce cadre, tout comme l’anarchisme qui commence à se lever – : ce processus entraînera vraisemblablement des résultats que ses promoteurs et apologistes naïfs, les apôtres des « idées modernes », pourraient bien ne pas escompter le moins du monde. Ces mêmes conditions nouvelles à la faveur desquelles se développera, en moyenne, une égalisation et une médiocratisation de l’homme – un homme animal de troupeau, utile, dur à la tâche, utilisable et compétent dans des domaines variés -, sont au plus haut degré propice à faire apparaitre des hommes d’exception possédant cette qualité d’être suprêmement dangereux et suprêmement attirants. Alors en effet que cette capacité d’adaptation, qui fait l’épreuve de conditions variant continuellement et commence un nouveau travail à chaque génération, presque à chaque décennie, ne rend absolument pas possible la puissance du type; alors que ces Européens à venir donneront probablement l’impression générale d’ouvriers variés, volubiles, pauvres en volonté et offrant de larges possibilités d’utilisation, qui ont besoin du maître, de celui qui commande comme de leur pain quotidien: alors que, par conséquent, la démocratisation de l’Europe aboutira à la production d’un type préparé à l’esclavage au sens le plus subtil du terme: dans des cas particuliers et exceptionnels, l’homme fort deviendra nécessairement plus fort et plus riche qu’il ne l’a peut-être jamais été jusqu’à présent, – du fait de son éducation dénuée de préjugés, du fait de sa formidable diversité de pratique, d’art et de masque. Je voulais dire: la démocratisation de l’Europe est du même coup une organisation travaillant involontairement à l’élevage de tyrans, – à tous les sens du terme, y compris le plus spirituel.

Par delà bien et mal, Nietzsche, 1886

29 novembre 2011

Simone Weil, l'obligation et les besoins

Il y a des milliers d'années, les Égyptiens pensaient qu'une âme ne peut pas être justifiée après la mort si elle ne peut pas dire « Je n'ai laissé personne souffrir de la faim. » Tous les chrétiens se savent exposés à entendre un jour le Christ lui-même leur dire : « J'ai eu faim et tu ne m'as pas donné à manger. » Tout le monde se représente le progrès comme étant d'abord le passage à un état de la société humaine où les gens ne souffriront pas de la faim. Si on pose la question en termes généraux à n'importe qui, personne ne pense qu'un homme soit innocent si, ayant de la nourriture en abondance et trouvant sur le pas de sa porte quelqu'un aux trois quarts mort de faim, il passe sans rien lui donner.

C'est donc une obligation éternelle envers l'être humain que de ne pas le laisser souffrir de la faim quand on a l'occasion de le secourir. Cette obligation étant la plus évidente, elle doit servir de modèle pour dresser la liste des devoirs éternels envers tout être humain. Pour être établie en toute rigueur, cette liste doit procéder de ce premier exemple par voie d'analogie.

Par conséquent, la liste des obligations envers l'être humain doit correspondre à la liste de ceux des besoins humains qui sont vitaux, analogues à la faim. Parmi ces besoins, certains sont physiques, comme la faim elle-même. Ils sont assez faciles à énumérer. Ils concernent la protection contre la violence, le logement, les vêtements, la chaleur, l'hygiène, les soins en cas de maladie. D'autres, parmi ces besoins, n'ont pas rapport avec la vie physique, mais avec la vie morale. Comme les premiers cependant ils sont terrestres, et n'ont pas de relation directe qui soit accessible à notre intelligence avec la destinée éternelle de l'homme. Ce sont, comme les besoins physiques, des nécessités de la vie d'ici-bas. C'est-à-dire que s'ils ne sont pas satisfaits, l'homme tombe peu à peu dans un état plus ou moins analogue à la mort, plus ou moins proche d'une vie purement végétative.

Ils sont beaucoup plus difficiles à reconnaître et à énumérer que les besoins du corps. Mais tout le monde reconnaît qu'ils existent. Toutes les cruautés qu'un conquérant peut exercer sur des populations soumises, massacres, mutilations, famine organisée, mise en esclavage ou déportations massives, sont généralement considérées comme des mesures de même espèce, quoique la liberté ou le pays natal ne soient pas des nécessités physiques. Tout le monde a conscience qu'il y a des cruautés qui portent atteinte à la vie de l'homme sans porter atteinte à son corps. Ce sont celles qui privent l'homme d'une certaine nourriture nécessaire à la vie de l'âme.

L'Enracinement, Gallimard point, p. 13-14.

23 novembre 2011

Les évangélistes du numérique sniffent de la poudre d'informaticien concassé.


Le travailleur français est en première ligne pour se prendre les effets désagréables du mondialisme en pleine tronche. Parce que le travailleur français coûte trop cher. Le travailleur français, il exige une sécu, des congés payés, un salaire qui lui permette de payer un loyer à lui tout seul. Des privilèges qu'il est en train de perdre, comme l'atteste le dernier rapport de l'OMS, mais qu'il perd pas assez vite pour être compétitif. Alors en attendant qu'il se résigne à vivre au niveau du Brésil, on délocalise chez des peuples moins gourmands, prêts à bosser pour un bol de riz par jour.

Le mondialisme est un grand magicien: il y'a des secteurs comme ça où, abracadabra, plus y'a de l'embauche et plus y'a de chômage.

L'informatique, il y'a 20 ans c'était un métier de riche, parce qu'il y'avait très peu d'informaticiens. Aujourd'hui ils sont légion et, comme il faut bien répartir le fric, les salaires baissent. Le niveau des formations aussi. C'est donc en train de devenir un métier de pauvre. Alors on délocalise progressivement en Inde et en Chine.

Pour empêcher l'informaticien occidental de se révolter, on a mis en place un savant système de destruction psychologique afin de le pousser à la division, au silence, à la honte, au suicide et à la toxicomanie.

Un lynchage médiatique sournois.

A l'instar du rom, du musulman, du chômeur, du paysan ou de la viande à h.p., l'informaticien fait partie des bouc-émissaires publics sur lesquels on a le droit de chier en toute impunité.

L'informaticien est obèse, puceau, moche, sale, attardé mental, il bouffe que des pizza et du macdo, il est fan de star wars et passe son temps à mater des films porno. Alors allez-y, balancez-leur toutes les pierres que vous voulez à la tronche, ça fait du bien de se défouler sur des innocents et c'est sans risque.

Une révolution technologique tous les 6 mois.

Des commerciaux avec un charisme et des arguments de scientologue nous bombardent incessamment de news méga géniales qui nous expliquent que la programmation va devenir encore plus super high tech révolutionnaire.

C'est incroyablement facile de faire une révolution artificielle en informatique à partir du moment où on a le fric pour se payer du tapage médiatique. Investissez dans la promo d'une tentative de programmation de chat en javascript qu'un stagiaire dyslexique a complètement foirée, ça donne un truc révolutionnaire comme twitter.

Ces révolutions sont complètement bidon, parce que ça fait belle lurette que l'inventivité est complètement gelée côté programmation, l'innovation est plutôt côté hardware de frimeur et autres gadgets inutiles pour gros beaufs qui savent pas quoi foutre de leur fric. L'informaticien n'a déjà pas le temps de s'adapter aux machines qui changent sans arrêt, il passe sa vie à traduire des algos préhistoriques, en inventer des nouveaux est devenu le cadet de ses soucis.

Ces super géniales méga power top révolutions de la programmation servent en fait à justifier les licenciements. Bon coco, désolé mais c'est la révolution là, tes compétences sont démodées, allez hop, à la porte, t'avais qu'à passer tes nuits à t'auto-former au lieu de dormir.

Et, loin de se serrer les coudes entre eux contre les méchants escrocs qui les enculent, les travailleurs de l'informatique se livrent une guerre sanguinaire, chacun défendant bec et ongles la technologie qui le fait bouffer à un instant T. En plus le codeux se fait la guerre à lui-même à l'intérieur de sa tête, parce qu'il doit jongler entre plusieurs technos dont sa vie dépend.

Ca fait rêver, hein ?

Les formations d'experts en branlette.

Non seulement les révolutions-wanking justifient de jeter le travailleur à la poubelle, mais ça justifie également de ne plus jamais l'embaucher. On cadenasse la poubelle à double tour et direction l'incinérateur.

L'informaticien au chômage pour cause de désuétude est sensé faire des formations pour mettre ses compétences à jour.

Car c'est bien connu, le chômage c'est la faute aux chômeurs.

D'ailleurs, la famine c'est la faute des crève la dalle, ils avaient qu'à pas être pauvres. Les tremblements de terre c'est la faute des morts écrasés sous leur baraque, ils avaient qu'à se payer des baraques de riches. Et la pratique de la torture, c'est la faute des torturés, ils avaient qu'à courir plus vite.

Bon, je m'égare. Enfin, à peine.

Manque de bol, une fois qu'il a fini sa formation, il y'a de grandes chances pour que ses nouvelles compétences soient déjà démodées. Alors, histoire d'économiser du temps et de l'énergie, les formateurs leur enseignent des trucs complètement bidon pour les endormir.

Il y'a des types qui sont payés à former des développeurs, ou même à écrire des bouquins, alors qu'ils ne savent pas ce qu'est une propriété statique, une interface ou une adresse mémoire, qu'ils sont capables de confondre mosaïque et z-buffer, qui ne connaissent aucun langage à part le javascript, qui ignorent à peu près tout des concepts élémentaires de la programmation puisqu'ils vivent en récupérant du code gratuit à l'usage des bras cassés, voir en cliquant sur les boutons de générateurs automatiques de code.

Et j'invente rien, c'est des mecs que je connais.

Le développeur a donc bien plus de chances de se refaire en auto-formation, mais là encore c'est un terrain miné.

Première mine: les forums d'experts en overwanking qui racontent n'importe quoi, se la pètent à mort en balançant une tonne de termes techniques et autres noms d'algos savants auxquels ils ne connaissent strictement rien, ça fait classe de tartiner du jargon de frimeur, à les écouter on pourrait croire qu'ils sont spécialistes en tout et qu'ils ont dix carrières derrière eux. Il y'a d'ailleurs des centres de formation qui se sont spécialisés dans cette technique d'enfumage immonde et qui se sont fait des couilles en or en abrutissant les chômeurs. Non, non, je donnerai pas de noms, c'est pas que j'en ai pas envie, hein, mais la dernière fois que j'ai essayé, l'hébergeur a fermé mon site parce qu'il a été menacé de procès pour diffamation.

Seconde mine: les bouquins bidon rédigés par les escrocs des formations bidon.

Troisième mine: les sources super pédagogiques mais inutilisables vu qu'elles ne servent à rien. Toujours rédigées par les mêmes connards.

Décidément les fonblards sont partout.

Etant donné que l'informaticien n'est pas forcément un abruti, il peut être amené à comprendre que s'il s'est trouvé au mauvais endroit au mauvais moment, il a intérêt à changer de métier.

Mais quand on a passé 10 ou 20 ans à apprendre à faire marcher des machines ultra compliquées... c'est... comment dire... Prenez l'éleveur de boeufs qui a passé sa vie à apprendre à faire tourner une laiterie. Il n'arrive pas à vendre son lait. Ben, en général, plutôt que de foutre le feu à son exploitation et se reconvertir en balayeur, il préfère se suicider.


Les professionnels du sabotage.


L'ignominie ne se cantonne pas au cadre des chômeurs/précaires/intérimaires/formés/etc. Au sein des entreprises c'est pareil, on a mis en place des savants stratagèmes pour empêcher tout le monde de bosser.

Vous allez me dire, quel interêt de couler sa boîte ? Hé bien, ça s'appelle du noyautage, et c'est assez facile en réalité car les patrons ne comprennent rien à l'informatique, leur boulot consistant à amasser de la thune, pas à comprendre comment ça marche un programme.

Le sabotage professionnel profite à la concurrence, qu'il s'agisse de boîtes concurrentes ou de nations concurrentes, ça se fait. Imaginez que Bébert, chef d'entreprise, a embauché à son insu des spécialistes du sabotage qui vont ruiner sa société. Cela va immédiatement profiter à Marcel, chef de la boîte concurrente, qui a promis une belle promotion aux saboteurs - et qui lui couleront sa boîte à leur tour, on rivalise pas avec des enfumeurs professionnels formés par les pires crapules des écoles de commerce.

Ce stratagème fonctionne aussi à l'échelle des nations. A qui profite la destruction de l'informatique en France ? Regardez où foutent le camp nos ingénieurs, nos techniciens et nos investisseurs, et tout s'éclaircit.

Suivez mon regard: ma clientèle franco-belge ayant coulé, j'ai deux alternatives:
- sauter sous un train
- bosser pour les ricains

Vous comprenez mieux ?

Et ça marche, et nos boîtes coulent.


Et maintenant, un peu d'humour.

Regardons de plus près avec quelle stratégie vachement subtile ils cassent tout. On a déjà une petite connaissance des méthodes de harcèlement moral utilisées pour bousiller des salariés ou couler une boîte, voyons comment ça marche en informatique.

En fait c'est simple. On a réussi à convaincre nos patrons que la façon la plus intelligente de gérer une équipe, c'est de mettre un commercial ou un graphiste au poste de chef de projet, bref tout ce que vous voulez sauf un développeur, alors que seul un développeur de haut niveau avec une expérience de brute est apte à occuper ce genre de poste.

Prenez une entreprise du bâtiment qui construit un immeuble. Remplacez l'ingénieur par un trader ou un dessinateur de b.d., normalement l'immeuble s'écroule.

Ca provoque des situations fort cocasses. Par exemple, prenons l'image d'une construction de maison:

"Hep l'ouvrier, l'architecte a oublié la cuisine, la salle de bains et les chiottes sur les plans. Tu te démerdes pour les caser. T'as deux jours. Et si t'es pas content t'es viré. De toutes façons si la baraque s'écroule, c'est toi qu'on va accuser."


Mais... et le droit du travail là dedans ?

Ca existe encore le droit du travail, en dehors de la fonction publique ?

De toutes façons, à partir du moment où une profession est précarisée, le droit du travail est un luxe révolu qui a rejoint le néant.

Quand le travailleur est occupé à s'écorcher vif pour essayer de se vendre, le droit de grève n'existe pas.

A l'époque où le droit de grève n'existait pas, la seule façon de se défendre, c'était d'occuper l'usine avec des flingues. Et puis quand on a même pas d'usine à occuper, il reste la rue.

Dormez bien en attendant la guerre civile.

John Salecon.

Texte reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur.

20 novembre 2011

Guerre Totale: l'interview

Guerre totale a un ton tellement personnel, il sort tellement des conventions que j'ai voulu rencontrer son auteur.
Au milieu des romans autofictifs de trentenaires urbains mi- dépressifs, mi-concernés, et de choses vaguement écrites n'aspirant qu'à l'adaptation "série télé", ce roman remet de la littérature dans les épinards.

15 novembre 2011

Paradis immédiat

Le temps des utopies est derrière nous, c’est bien connu. Et petit à petit, c’est jusqu’à la capacité de se projeter qui disparaît : la société ne sent plus le besoin de deviner ce que l’avenir lui réserve, ni de se fixer des rêves lointains à réaliser. La mentalité collective vit désormais conscrite dans cette courte vue qu’on reprochait jadis aux politiques : l’horizon immédiat lui suffit.

Pourquoi inventer un avenir quand le présent en est déjà un ? Quand la nouveauté est perpétuelle et que les révolutions et les progrès sont le lot quotidien ? Pourquoi planifier le monde de demain quand on est convaincu qu’il n’y a pas d’au-delà et qu’il faut être heureux ici et tout de suite ? Penser le futur ? Le bonheur est ici et maintenant, pourvu qu’on mange sainement et qu’on fiche un peu la paix à la nature. Ici et maintenant parce qu’il n’existe rien d’autre.


Au 21ème siècle, les hommes ont appris à aimer leur présent, à en être euphoriques, au point qu’ils n’ont de souci plus que de l’améliorer, de le préserver, mais non pas de le changer. C’est une évolution assez sensible lorsqu’on regarde la production d’œuvres de science-fiction : ce qu’on appelle aujourd’hui science-fiction, ce sont en réalité des œuvres fantastiques, où s’opèrent des croisements entre différents univers imaginaires déjà existants. L’utopie, l’exercice de rêver, de fantasmer, est toujours là mais on rêve d’autres mondes, parallèles, pas de mondes « plus tard ». Toutes les ambitions et les lubies ont été remisées au profit d’une seule qui a pris toute la place : l’utopie ultime, l’utopie du présent.

L’utopie du présent fait voir par exemple le travail non plus comme du travail mais comme un moyen de s’épanouir ; elle fait voir l’argent qu’on n’a pas comme quelque chose qui « n’est pas ce qui compte » ; le lopin qu’on ne peut pas acquérir comme quelque chose de « tant mieux ! comme ça rien ne nous retient » ; et si l’entreprise n’offre plus de carrière toute tracée : bon débarras ! Bonjour mobilité, liberté, flexibilité… Petit à petit, les hommes apprennent à chérir un mode de vie au rabais. De bon gré ils respectent les principes de Restriction Durable© : préserver les ressources, se faire tout petit, ne pas laisser de traces, vivre sobre à tous points de vue... Les hommes s’affranchissent de tout ce qui pouvait les séparer d’un bonheur immédiat, à portée...

Désormais, le présent est tout ce qu’il y a : être ambitieux, visionnaire, ce n’est plus que penser à perfectionner ce présent, à l’entretenir… C’est penser, d’autre part, à éliminer tout ce qui sur terre fait obstacle à l’établissement du paradis immédiat. Voilà donc que se forment ces colonnes de gens qui s’indignent de tout ce qui ne va pas bien tout de suite et maintenant, qui ne tolèrent pas que le présent utopique soit entaché, et qui se mobilisent autour de moratoires, de plans d’action, parfois même de guerres humanistes… Ils sont si satisfaits de leur présent que, quand l’occasion se présente, ils veulent l’étendre aux régions du globe où il tarde à advenir.


14 novembre 2011

Ploutocratie

L'Ultime Souper de Silvio

Un film pour toute la famille


Synopsis :
Cinq dirigeants mondialistes et amis des banques se réunissent dans un agréable pavillon autour d'une table choisie, pour refaire le monde. Ce soir comme chaque semaine, ils invitent un plus petit dirigeant, soigneusement sélectionné pour les difficultés économiques de son pays et sa mauvaise image médiatique, à partager leur table et à exposer son point de vue sur un sujet donné. A la fin du repas ils l'éliminent.
(devant le succès rencontré par la version grecque et la version italienne, une adaptation française serait prévue courant 2012)

9 novembre 2011

R.I.P. Joe Frazier

Joe Frazier est K.O.
Son dernier adversaire sur le ring de la vie fut un cancer du foie qui ne lui laissa aucun répit. L'ancien Champion du Monde de boxe catégorie poids lourd est décédé ce lundi 7 novembre et laissant parmi nous sa gloire. Joe Frazier s'était illustré comme le premier à avoir battu le King Mohamed Ali en 1971 au Madison Square Garden de NY.
Deux ans plus tard, George Foreman, champion olympique 1968 à Mexico, lui fait mordre la poussière à la deuxième reprise, après l’avoir envoyé six fois au tapis.
Dans son espoir de reconquérir le titre suprême, Frazier s’incline par deux fois contre Mohammed Ali, à New York en 1974 puis aux Philippines, en 1975, dans un combat d’une très grande brutalité devenu célèbre sous le nom de "Thrilla in Manila".
Puis il s’incline une nouvelle fois en juin 1976 contre Foreman, à New York.
"Je sais qui je suis, et oui, j’ai battu Ali les trois fois, disait Frazier en 2006 au New York Times. Ali disait toujours que je ne serais rien sans lui. Mais qu’aurait-il été sans moi ?" Frazier a remporté trente-deux combats pour quatre défaites (2 contre Ali, 2 contre Foreman) et un match nul. Frazier avait été couronné à trois reprises comme "boxeur de l’année" par Ring Magazine, en 1967, 1970 et 1971.

Thrilla In Manila

7 novembre 2011

Guerre totale, putain de roman


Qui ça intéresse, la rentrée littéraire ? A part quelques libraires, quelques rombières, quelques quinquagénaires, qui a encore assez de temps libre à consacrer à l’élagage de cette absurde jungle ? Combien de romans ? 600 ? 700 ? 654, très officiellement, à ce qu’il paraît…
Est-ce qu’on se figure bien ce que ça représente ? Il n’y a peut-être pas, dans l’histoire du monde, sept cents livres qui méritent d’être lus, et voilà que chaque année, en France, la littérature industrialisée déverse sur nos têtes un coulis romanesque toujours plus épais. La littérature est entrée dans l’âge massif.
Heureusement, des éditeurs continuent de publier des livres à leur rythme, et sans calcul. L’Editeur, par exemple.

Guerre Totale, premier roman de Jean-Luc Marret, est ce que les journalistes ont coutume d’appeler un « ovni littéraire », pour éviter d’avoir à trouver une meilleure définition. Un « ovni littéraire », en bon français, c’est un livre qui surprend, qui n’adopte pas les codes habituels et s’empare d’un sujet en créant sa propre partition. C’est aussi, peut-être, un livre qui paraît si éloigné des canons du succès public qu’on le croirait chu d’une autre planète. D’où l’image de l’ovni… C’est que Guerre totale n’est pas, comme on pourrait le craindre, un énième réquisitoire contre la guerre, pas plus que son apologie, d’ailleurs. C’est plutôt la version littéraire d’une réflexion sur cette activité fondamentalement humaine, l’auto violence globale, et l’exploration très fine de ses variantes. Un auteur qui ne pose pas sa morale comme un CV (avec ce que cela comporte de dénonciations convenues, d’offuscations de bon goût et de position morale supérieure), c’est devenu suffisamment rare pour être remarqué.

« Des limousines, de vieilles limousines popofs, des Volga, achetées à un trafiquant ukrainien, se garèrent face à l’entrée, autour d’un grand arbre calciné, et en faisant crisser le gravier gelé. Le Chef du Parti – la fonction officielle du mâle alpha du pays, le Phallus supérieur – se fit attendre. Comme toute dictature digne de ce nom, n’est-ce pas, mes chéris, le pays se trouvait sous le contrôle d’un parti unique, lui-même commandé par un seul homme, lequel à son tour était la proie d’un vertige. »


Il ne s’agit pas d’une guerre, mais de la guerre. L’action, s’il faut résumer, se passe partout, c'est-à-dire ici même. Partout en même temps, de façons différentes mais avec une remarquable constance, des hommes se battent. Le théâtre principal est l’Albanistan, pays de merde comme on en fait de plus en plus, conjuguant archaïsmes mentaux et moyens de destruction sales. Tout est ringard en Albanistan, les matériels comme les combattants, les communications comme le régime politique. La seule chose qui fonctionne encore, c’est la boucherie humaine, mélange hallucinant de violence crue, d’à peu près méthodiques, d’improvisations martiales et d’un burlesque à se pisser dessus. L’humanité en guerre totale ne fonctionne d’ailleurs plus qu’en deux modes simultanés : la haine active et le grotesque. Le héros peu reluisant de cette fresque n’a plus comme dernière religion que la volonté de s’en sortir. Passer entre les balles lui semble une raison de vivre bien suffisante. Dans la galerie de personnages inquiétants qu’il croisera, une femme incarne la guerre des sexes, qui se répand sous le feu de la guerre globale : Manjola, cinglée totale. C’est évidemment une hystérique, c'est-à-dire le pendant féminin du génie destructeur des hommes, avec son charme si particulier…

Une précision : la violence mise en scène ici n’a rien à voir avec celle que l’on trouve, par exemple, chez un Bret Easton Ellis, avec sa monotonie dans l’immonde, sa complaisance sadique et son esthétique de série Z.

Dans ce premier roman, Jean-Luc Marret réussit le coup de maître de conjuguer les tons, les rythmes, les plans narratifs, de superposer les modes lyrique, technique, comique, psychologique, poétique, de multiplier les angles de vue, d’embrasser le génie violent de l’humanité jusque dans ses implications sexuelles, pour nous donner une odyssée d’images fantastiques (explosion nucléaire vécue, parachutage de millions d’êtres, invasion atomique finale, etc). Le récit est haché, coupé, tronçonné d’interruptions impressionnistes ou d’informations qui forment un tout haletant, angoissant et drôle à la fois, et même poétique. C’est comme si l'on suivait les opérations d’une guerre devenue générale en étant soi-même dépassé par le rythme du monstrueux bordel. C’est une littérature qui pétarade de partout, qui bondit, s’affale et détale dans un même mouvement, qui zappe et s’hystérise en conservant une profonde compassion pour ceux qui font ce qu’ils peuvent. Mais ici, à la différence d’une certaine littérature contemporaine confite en mode compassionnel et devenue aussi chiante qu'une armée de bigotes, l’énergie de la langue, féroce, drôle, baroque, barbare, déferle sur un monde qui reste à plaindre, même s’il est habité par la démence.

4 novembre 2011

La minute de Batpat : Bref


Tu aimes Bref ? Attends. Ne réponds pas. Ecoute. 9 heures zéro zéro, mon Iphone me prévient sur l’air remarquable de puissance de Phil Oakley Together in electric dreams (si vous tentez de lire ce texte en écoutant en même temps cette chanson culte tirée du film culte éponyme, vous risquez de mettre votre cerveau en danger niveau 4) que le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt, c’est à dire pas trop ; à une heure raisonnable, pour le teint, contre les cernes… Nous sommes tous commerciaux. Nous sommes tous Steve fucking Jobs.
Au lever, surprise : ciel bleu, plein soleil. Et c'est que j'aime les soleils d'automne. Dont acte. Je décidai après ma séance d’exercices physiques matinaux (une centaine de pompes sur les poings, un bon millier d’abdos et 33 minutes de méditation transcendantale afin d’unifier l’effort dans le corps) de partir me promener dans les rues de Paris, cet authentique musée à ciel ouvert et à l’entrée libre. Bref, comme dirait l’autre connard… Lui, il ne tardera pas à tomber entre mes mains. Je le regarderais, il me regarderait, je le regarderais, il regarderait un chat, le chat me regarderait, je regarderais le chat, je le regarderais, alors j’attraperais le chat et je lui tordrais le cou, il me regarderait, je le regarderais. Bref, je le dépècerais de mes mains et il se ferait arracher par la grâce de mes ongles manucurés par les plus grandes techniciennes du XVIème arrondissement son putain de DAMNE REGARD DE CHIEN ! Bref. Il était déjà midi et après tout, qui travaille un vendredi ? Si ce n’est ces méprisables cafards insupportables, les moyens de la classe moyenne. Tapis pour un trip. Voici le bilan de ma journée. Est-ce que tu aimes les singes ?


Oh le bâtard !


Aujourd’hui, j’ai épargné :
1. Aux Halles :
_ 3 Kate Moss en bas résilles déchirés, dont l’une ne devait pas avoir plus de 11 ans ;
_ 27 Beyounce en jeans slims à paillettes sur des popotins de 10 m3 ;
_ 589 Joey Starr à doudoune et caleçons CKca;
_ 576 50 Cent à déflecteurs textiles et chromes aux chaînes en toc d’un kil ;
_ 3 Pères Noël en avance, tous de la CIA.

2. Dans le Marais :
_ 21 fantômes de FX (RIP à toi mec, enfin meuf, truc quoi) à perruques brushées, talons aiguilles (il ressemblait tant à Vincent Mac Doom, égérie de l’humanité travestie) et lunettes Chanel mange gueule (Tu mérites ces lunettes. Tu es d’Hollywood) ;
_ 1 Rhianna, en short et fourrure, qui s’avérait être un homme ;
_ 98 Stevie Boulet millésime 2001 peroxydés jusqu’aux poils des trous de nez ;
_ 2 Azzedine Alaia, dont l’un était le vrai ;
_ 3 Pères Noël en avance, tous du Mossad.

3. A Saint-Michel :
_ 1 Alain Badiou, assistante maternelle à l’école élémentaire du coin ;
_ 89 Django Reinhardt de moins de 10 ans et de sexe féminin, qui voulaient faire signer des pétitions engagées à 89 Bernadette Chirac à gros sacs à main moches, plein à craquer ;
_ 37 Charb, tous islamophobes ET inflammables ;
_ 69 Che Guevarra qui faisaient de la mendicité agressive ;
_ 3 Père Noël en avance, tous d’Al Qaeda.

4. A Saint-Germain :
_ 57 Catherine Deneuve à mèches, en tailleur soupe au lait, et lunettes de soleil Chanel cache misère (Tu mérites ces lunettes. Tu es le glam) ;
_ 184 James Bond en smokings et pare-soleils teintés Police (Tu mérites ces lunettes. Tu es bankable) ;
_ 4 Nicolas Sarkozy sur talons compensés, modèle Aviateur sur le nez (Tu mérites ces lunettes. Tu es le rêve américain) ;
_ 1 256 BHL engagés (sur un passage piéton) à cheveux mal peignés qui sortaient tous de Science Po ;
_ 975 Florian Zeller à touffe blonde dont l’un était le vrai ;
_ 2 Frédéric Beigbeder, dont l’un était Emmanuel de Brand ;
_ 1 Dexter absorbé dans un Ichat avec son for intérieur, et qui ne m’a pas pris en chasse ;
_ 1 Vincent Lindon, dont l’un était alcoolique ;
_ 3 Père Noël en avance, tous des Editions Gallimard.

5. A la Mosquée de Paris :
_ 99 Mahomet dont 98 portaient des Nike et ricanaient en lisant Charia Hebdo ;
_ 2 Sakineh voilées qui en réalité étaient des bonnes sœurs sortis de leur retraite ;
_ 1 Alain Soral à kipa réfugié politique palestinien ;
_ 5 Adolphe Hitler, qui vendaient du saucisson ;
_ 3 Père Noël en avance, tous baptisés à Saint-Nicolas du Chardonnay.

On ne le dit pas assez, mais la liberté du fils de l’homme qui descend du singe, c’est de singer... Il faut de la patience pour rester raffiné. Est-ce que tu m’as pris pour Breivik ? Mon carnage c’est du portrait, du personnalisé, du sur mesure. Le meurtre de masse, c’est pas du service. Si vous le permettez, je préfèrerais aimer mon prochain plutôt que mon semblable. Bref. Où est ma hache ?

6. Dans ma glace :
_ 1 blogueur, dont l’un était Batpat.

Les Intouchables, ces impayables




François Cluzet était en compagnie d’Omar Sy sur le plateau de Claire Chazal dimanche 30 octobre pour faire la promotion du film les Intouchables, qui relate une histoire d’amitié entre un paralytique monté sur fauteuil roulant et un jeune valide. Si l’un a enfin acquis un nom de famille en passant du stade de petit humoriste à Canal à celui de comédien césarisable, l’autre, déjà primé à moult reprises (meilleur espoir masculin, meilleur acteur, meilleur acteur dans un second rôle), nous a joué la comédie de l’artiste engagé. En effet, et François Cluzet, dans sa rage humanitaire toute de sensiblerie humaniste, la larme à l’œil comme à l’accoutumée pour l’habité de gôche, y est allé de sa propre définition du handicap, une définition qui ne nous a pas laissés indifférents au CGB.

Citation : « Et c’est bien le problème des handicapés c’est à dire qu’on change à la limite de trottoir alors que, ils existent comme nous tous et que la seule chose qu’ils peuvent demander c’est un échange, d’être égal à égal. Finalement un homme égal un homme quel qu’il soit, dès lors qu’il a encore sa tête, dès lors qu’il a encore l’usage de la parole, alors on peut échanger quelque chose avec lui. C’est la leçon du film. C’est une comédie, une comédie profonde. »

En vingt secondes, François Cluzet aura incarné toute la bêtise qui caractérise ces acteurs déconnectés du réel mais qui se prennent pour des super citoyens infaillibles sur la question de l’homme. Nous ne saurions que trop conseiller à François de choisir d’incarner un psychiatre pour son prochain rôle, histoire de le sensibiliser au handicap mental, à l’autisme, à la schizophrénie, de le sauver d’un amalgame malheureux avec le docteur Mengele, et de lui épargner un procès de crevette à la Timsit. Quant aux muets qui croiseraient un jour la route de Cluzet, nous ne saurions trop les inviter à le lui dire avec des signes : un majeur levé, ou à grand coup de poing dans la gueule.

2 novembre 2011

Les transgresseurs mis à nus par leurs apologistes mêmes


En ce moment même, mes chers concitoyens, tandis que vous dormez sur vos vastes oreilles de sourds, la bête immonde rôde autour de la civilisation et fait peser sur cette partie du globe une menace qui rappelle les heures les plus soirs de notre histombre.
Des intégristes catholiques ont perturbé une pièce de Roméo Castellucci, variation scatologique sur le visage du Fils de Dieu. Attention, je précise que n’ayant pas vu la pièce et n’ayant aucun désir de la voir, je ne porterai ici aucun jugement sur cette merde ! Que ce soit bien clair : on ne badine pas avec la déontologie au CGB !

Il y a bien plus amusant à faire, par exemple écouter comment France culture relate la chose.
(cliquer ici pour écouter)
zSHARE - France cult.mp3

Le 24 octobre 2011, dans l’émission La dispute, d’Arnaud Laporte, une présentation des échauffourées nous est impartialement faite. Le chroniqueur Antoine Guillot évoque le courageux dramaturge, champion de la transgression, comme de juste. A l’heure où même les chanteuses de variété française renversent les tabous, où un animateur télé peut-être « dérangeant », où un T-shirt est « subversif », où un billet d’avion est « révolutionnaire et où ma boulangère « déplace les lignes », il serait étonnant qu’un artiste subventionné par l’Etat ne soit pas, au minimum, transgressif. Passons.

Le Guillot raconte donc l’histoire des perturbations cathos et évoque une autre pièce «dérangeante », Golgotha Picnic , de Rodrigo Garcia, bientôt donnée à Paris, et qui risque d’être à son tour attaquée ! A cette occasion, Rodrigo Garcia est présenté comme un artiste…devinez quoi : transgressif ! Bigre, encore un !!
On apprend même qu’il « bouscule protocoles et tabous » et que « les vociférations et images chocs sont ici assumées ». Bien...

Jusqu’ici, me direz-vous, nous sommes dans la parole ordinaire de l’élite cuculturelle, bien dans son rôle, ma foi, quand elle défend les artistes (surtout les transgressifs subventionnés) contre ces connards de Cathos. Mais là où la chose prend un tour cocasse, impayable et pour tout dire murrayien, c’est quand Joëlle Gayot, qui anime une autre émission sur France Culture, se fend de son commentaire outragé. Elle crie au scandale devant ces groupes qui « participent de l’extrême » et « qui n’ont plus de surmoi » et qui « au grand jour, se permettent d’intervenir sur tel ou tel artiste ». En trois mots, cette inepte reproche aux Cathos ce qu'elle applaudissait chez Castellucci. Extrême, sans tabous (plus de surmoi) et qui se permet d’intervenir sur tel ou tel Dieu, c’est bien le portrait que son collègue Guillot venait de faire du Roméo ! Elle se prend les pieds dans le tapis. La transgression oui, mais pas touche à mon théâtre subventionné ! Les tabous c’est caca, mais respecte mon statut ! La religion, je lui piétine la face mais j’appelle les flics si tu n’es pas d’accord. Ha, les braves…

Ce qui est beau, dans cette bouffonnerie, c’est de voir des usurpateurs pris à leur propre piège. De courageux compisseurs du Christ en 2011 (alors qu’il est mort depuis 1882) ressassent des attaques contre un ennemi déjà en putréfaction. La charogne a fini de puer depuis un siècle qu’ils en sont encore aux insultes. Leurs excès de retardataires sont tout désignés pour soulever le cœur de quelques nonagénaires, au mieux de quelques scouts. Mais dès que ces artistes "radicaux" trouvent en face d'eux des cathos tout aussi radicaux, on crie pouce ! On veut bien être radical, mais tout seul ! C’est à devenir fou : si l’on veut soutenir la transgression comme valeur, faut-il tresser des couronnes à un Castellucci, ou adhérer au combat des cathos intégristes qui « participent de l’extrême », selon le mot immortel de la Gayot ? L’un transgresse un tabou depuis longtemps tombé au sol. Les autres transgressent le tabou de l’artiste contemporain, supposé libre de clamer sa vérité tout en exigeant un désert critique. Faut-il applaudir l’esprit libre de Rodrigo Garcia qui " bouscule protocoles et tabous ", ou celui des scouts à cheveux courts qui n’ont carrément « plus de surmoi » ? Et, ce faisant, n’ont-ils pas atteint le nirvana contemporain que tout artiste cherche, le moment où le surmoi étant dépassé, enfin libre, on défonce les conventions bourgeoises ?


Quand Voltaire défendait Callas, il prenait des risques. Il ne combattait pas l’Inquisition pour obtenir un bon papier dans les Inrock, ni une chronique hagiographique sur France Culture. Les artistes contemporains pourraient tout à fait décider de ne pas se ranger dans la tradition voltairienne, mais voilà, il semble que la transgression et le combat militant soient devenus l’alpha et l’oméga de toute création. Eh bien, qu’ils transgressent vraiment, qu’ils se battent contre des dangers réels, et qu’ils laissent tranquille ce pauvre Christ auquel plus personne ne croit, puisque plus personne n’est prêt à mourir ni à tuer pour lui. Au lieu de chercher des poux dans la dépouille momifiée de la morale chrétienne, dont tout le monde se cogne depuis un siècle au moins, pourquoi aucun théâtre subventionné ne se penche-t-il, par exemple, sur les implications psychosociales du personnage d’AÏcha, troisième épouse et favorite de Mahomet ? La tradition nous rapporte des choses bien étranges sur ce modèle d’union proposé aux croyants : épousée à six ans, devenue femme à neuf… (Références ici)

Qu'attendent donc les transgresseurs ? L'autorisation de leur ministre de tutelle ?

1 novembre 2011

Après l'occupation de la Ruhr...


Occupons ce misérable pays qui a l'outrecuidance de vouloir organiser un... comment disent-ils déjà... un "référendum" [sic]... Vieille idole barbare du monde d'avant.



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