28 février 2009

Proudt

1964, une école catholique dans le Bronx.
La père Flynn, un prêtre de la paroisse, entraineur de basketball, est soupçonné d'aérophagie compulsive. Soeur Aloysius, directrice de l'école, a des doutes sérieux sur le sphincter du prêtre mais n'arrive pas à établir les preuves nécessaires à son "renvoi".
Quand soeur James, une soeur naïve, vient lui raconter un événement impliquant le père Flynn et un plat de flageolets, soeur Aloysius estime que ses soupçons sont confirmés. Elle part donc en guerre contre le prêtre, bien determinée à le demasquer. L'aumônier accusé va tenter de se disculper mais soeur Aoysius n'a pas dit son dernier mot. La doute s'installe. Quelles en seront les conséquences ? Et si tout cela n'était qu'un malentendu ?




Putain de ricains !! Ca sent l'Oscar à coup sûr !

Attention, Meirieu est doxique!

L'immortel créateur des IUFM et de l'a-pédagogie... Le gourou dogmatisant faussement critique, celui qui a régné sans partage sur les bibliographies IUFMiennes, le pondeur de concepts à séduire ceux qui n'ont jamais vu une classe ou un élève... Le grand pourfendeurs des "clercs" qui savent, le thuriféraire de la révolte à haute teneur ajoutée en apprentissage:

(...)
Il n'est pas impossible que la recherche de formes de transgression qui mettent en péril l'intégrité psychologique et physique des enfants et des adolescents, soit liée à la perte du pouvoir transgressif des apprentissages scolaires. Il n'est pas impossible qu'apprendre à lire, qui a été présenté par Jules Ferry comme le moyen de pratiquer le libre examen et de nous libérer de la parole du clerc, soit devenu aujourd'hui un acte d'assujettissement et non de libération : les élèves cherchent à se libérer par des formes de transgression qui ne sont pas intellectuelles, mais qui contribuent à les mettre en péril, voire à les détruire.

Et si, dans la classe, l'essentiel était aujourd'hui de retrouver le goût de la clandestinité, si les enseignants étaient plus souvent des passeurs que des douaniers, s'ils empruntaient un peu plus souvent les chemins de traverse avec un certain goût de l'aventure au lieu de passer leur temps à demander leurs papiers aux élèves, est-ce que nous ne retrouverions pas un peu plus le goût d'apprendre ?

Extrait de son blog.

Bref, ce fromage mou classe 68 veut à présent nous expliquer doctement ce qu'est un philosophe au lieu de constater l'ampleur des ravages du spontanéisme de sa pédagogie "active" et de demander pardon à genoux aux enfants de France avant de partir de lui même, tel un esquimau, faire une randonnée sur la mer de glace.

Parce que, grâce à lui, terminée l'éducation républicaine, ouelcome at the garderie sympa! Par ici l'inscription aux écoles privées.

Mais écoutons ce que le maître veut nous enseigner (oui, il oublie vite les mérites de la pédagogie proactive dès lors qu'il s'agit de défendre son pré carré):



Je t'en foutrai moi "de la pure spéculation". Meirieux voudrait que tous les intellectuels lui ressemblent, enfermés dans un burlingue à produire une élégante doxa pour école virtuelle, à peaufiner concepts et lexique destinés d'abord à conforter la belle âme de son producteur, à l'estampiller gentitouplin, quitte à entraîner la faillite du monde réel... car voyez-vous, on ne transige pas avec la posture humaniste Môssieur!

27 février 2009

Ironie soit qui mal y pense n°9

Certains vivent aux crochets de la société, alors celle-ci tente de noyer le poisson

Europa park





"La création d'une Europe unie, si longtemps désirée et si farouchement combattue, eut certaines conséquences inattendues. La réalisation de ce vieux rêve fut l'occasion de célébrations justifiées, d'innombrables fêtes de rue, banquets et discours d'autosatisfaction. Mais l'Europe qui avait donné le jour à la Renaissance et à la Réforme, à la science moderne et à la révolution industrielle avait encore un tour dans son sac. Il va sans dire qu'en 1993 rien ne le laissait prévoir. La suppression de tant d'entraves fiscales et bureaucratiques au commerce permit d'atteindre directement le but d'une Europe enfin dans une fédération politique et culturelle. En 1995, l'année la plus chaude après 1968, la législation nécessaire fut votée par une douzaine de parlements, qui prononcèrent leur propre dissolution et transmirent leur pouvoir à l'Assemblée Européenne de Strasbourg. Ainsi naquit l'Europe nouvelle, royaume visionnaire qui ferait miraculeusement fusionner l'esprit de Charlemagne et de la carte à mémoire, de Michel Ange et du club Med, de Saint Augustin et de Saint Laurent. Epuisés mais satisfaits du résultat, les nouveaux Européens partirent pour les plages de la Méditerranée, leur aire d'accouplement tribale.(.) Un fait encore plus significatif ne tarda pas à émerger. Si la plupart des vacanciers européens s'étaient octroyé un mois de congés supplémentaire, une substantielle minorité d'entre eux avait décidé de ne pas rentrer du tout. Ils restèrent dans leur hôtel ou dans leur appartement, s'allongèrent au bord de leur piscine et se consacrèrent au culte de leur propre épiderme."

James G Ballard, "Le plus grand parc d'attractions du monde" in Fièvre guerrière - 1989

Hommage à Michel Clouscard (1928-2009)



Michel Clouscard est mort, il y a déjà une semaine... et on ne l'apprend que maintenant.

Vous ne le verrez pas dans les pages nécro de Télérama... mais l'oeuvre de cet inlassable critique du libéralisme libertaire demeurera grâce au formidable travail des éditions Delga et de l'association qui porte son nom .

Sacré Régis!


Avant que Babeth ne recopie cette entrevue dans son club de précieuses ridicules au capital de 50 000 euros, voici une entretien fort intéressant de Régis Debray pour le journal Le Point.

On s'étonnera bien sûr du vouvoiement de la taulière de Causeur alors qu'ils dinent l'un chez l'autre... quoiqu'il en soit, il est désormais acquis que Babeth s'est éloignée des chimères du national-républicanisme pour mieux se rapprocher du ricanement posthistorique (sa manière d'invoquer le grand rival de Debray, Marcel Gauchet est là pour en témoigner).

Reste le grand Régis, virevoltant et très en verve (pour les amateurs, il sera le 15 mars au Salon du Livre de Paris ... les sudistes attendront leur heure, d'autant qu'ils auront un débat Malrieu/Michéa le 19 mars, on en reparle...)





Régis debray : le sacré repousse tout seul
Interview. Contre l'individu-roi, jouons collectif, affirme le médiologue dans « Le moment fraternité » (Gallimard).

Élisabeth Lévy


Qui dit je en nous ? interrogeait Claude Arnaud en 2006. Debray n'en démord pas : quelque chose continue à dire « nous » en « je ». On croit en avoir fini avec les mémoires, les appartenances, les allégeances, on croit appartenir à une nouvelle espèce humaine qui peut se payer le luxe de choisir son identité. Illusion, rappelle Debray : pour vivre ensemble, il faut que les hommes aient en commun quelque chose de plus grand qu'eux-un dieu, une nation ou un idéal, une journée mythologique dont ils se souviennent ensemble. En clair, nous avons besoin de sacré, qu'il soit ou non religieux.

On peut, avec Marcel Gauchet, récuser cette grille de lecture et estimer qu'en analysant le lien politique sous les espèces du religieux « Debray commet un abus de langage » . Mais on ne peut pas éluder les questions qu'il pose : comment redonner sens au collectif ? Et à quel collectif ? Que les droits de l'homme relèvent, comme le dit Gauchet, de « l'incantation verbeuse » , qu'ils soient, comme l'affirme Debray, la « religion de l'Occident contemporain » et « l'alibi d'une hégémonie » , ils ont échoué à fonder une nouvelle appartenance. L'universalisme ne suffit pas pour aller faire la guerre ensemble. Voir l'Afghanistan, voir l'Irak.

Tous les hommes sont hommes, c'est non négociable. Mais ils ne sont pas tous frères. Pas de « nous » sans « eux », rappelle Debray. Pas d'hôte sans hôte, pas d'autochtone sans étranger. Et pas d'ailleurs sans frontières. Savoir qui nous sommes, dit-il, c'est savoir quelles frontières-territoriales, imaginaires, économiques-nous sommes prêts à défendre. A moins que nous ne laissions de nouvelles barricades intérieures désagréger la maison République. C'est donc ça. Debray, diront les ricaneurs, nous refait le coup du cher et vieux pays. On peut appeler ça Etat-nation, mais il faut reconnaître qu'on n'a pas trouvé beaucoup mieux pour conjuguer demos et ethnos , communauté d'intérêts et imaginaire partagé, sécurité sociale et rituel collectif. Va pour la France, donc. Seulement, la France, ça ne marche plus très bien comme idée. Et Debray le sait. « Faisons place à la fraternité » , dit-il. « Notion sympathique et vide, et même régressive » , réplique Gauchet, qui lui préfère celle de solidarité, fondée non pas sur les sentiments mais sur l'interdépendance. L'un veut réenchanter la politique, l'autre, la désenchanter. Finalement, c'est à nous de voir. A supposer que « nous » il y ait

Le Point : Il y a du sacré partout et de tout temps, rappelez-vous. Ce sacré omniprésent n'est-il pas, comme vous le reproche Marcel Gauchet, un concept inopérant ?

Régis Debray : La vie est un mot creux, mais les êtres vivants, c'est très opératoire. Le sacré est une abstraction fumeuse, mais les lieux et les livres sacrés se portent à merveille. Allez cuire un oeuf sur la flamme du Soldat inconnu ou ouvrir une crêperie sous le portail d'Auschwitz, vous m'en direz des nouvelles. Quelle communauté humaine, athée ou non, n'est-elle pas flanquée d'un sacrilège puni par la loi ? Gauchet devrait voyager. Un tour du monde de temps à autre, cela dérouille les neurones.

En médiologue grave et farceur, vous prétendez recenser les preuves matérielles du sacré, mais vous n'en tournez pas moins autour d'idées.

Je ne parle pas en philosophe, je me promène, du Kazakhstan à l'île de la Cité. Même dans un plat pays, vous trouverez un haut lieu, enclos, crypte ou tour. Un point de rassemblement, matérialisant le point de référence mythique, événement, héros ou mythe fondateur qui cristallise une identité. Je photographie les variations pour chercher l'invariant.

Lequel a ou a eu partie liée avec le religieux ? Qu'est-ce qui les distingue l'un de l'autre ?


Le sacré précède le religieux et lui survivra. « Religion » est un mot latin qui n'a pas de traduction en chinois, ni en hébreu, ni en persan, ni en grec. Cela signifie pour nous un Dieu, un clergé, des écritures et des dogmes, acquis tardifs. Au temps de Stonehenge, il n'y avait pas de religion, mais il y avait du sacré. Et quand une religion s'en va, un sacré repousse tout seul, puisque ainsi s'appelle ce qui permet à un tas d'individus de se vivre comme un tout. On ne se déprend pas du sacré en le sécularisant. Michelet l'a fort bien dit pour la Révolution.

Pour vous, l'hypothèse de Marcel Gauchet selon laquelle notre monde est celui de la sortie de la religion est donc inopérante ?


Prophète, père de la patrie, défaite ou victoire légendaires, tombe, mur ou montagne-le point unificateur relève du mythe ou d'une histoire mythifiée. Je crains qu'on n'y échappe pas. Et puis, qu'appelez-vous notre monde ? L'Afrique noire, Madagascar inclus, où le prophétique encadre le politique comme jamais ? Le monde arabo-musulman, où l'islamisme remporterait les élections si elles n'étaient pas truquées ? Les Etats-Unis, où Obama se fait bénir par deux pasteurs, pour plus de sécurité ? La Chine, où renaît le confucianisme par le bas ? L'Inde ? Le Pakistan ? Soyons sérieux. C'est vrai que dans le petit cap catholique de l'Asie, Québec inclus, Don Camillo s'est éclipsé, Peppone aussi. Ce n'est pas la partie la plus dynamique du monde.

Ce « besoin de sacré » n'est pas ce que nous avons de mieux. « Nous ne pensons pas, donc nous sommes », écrivez-vous. Le sacré rendrait-il con ?


Assurément. Il est là pour faire un peuple avec des populations, pour associer et souder, et penser, c'est toujours se dissocier. Le besoin de sacré ne fait pas l'affaire de l'individu mais des groupes. Y aurait-il Israël sans la Torah, un monde arabe sans le Coran ? L'Inde sans le Mahabharata ? Le culte d'Athéna a fait vivre Athènes. Il a aussi tué Socrate. Disons qu'il faut une sacralité pour construire une cité et des impies pour casser la baraque. Une vraie civilisation tient du double bind. Pas très amusant, mais un homme prévenu en vaut deux.

« Qui dit je en nous ? » interrogeait Claude Arnaud en 2006. Vous, vous demandez plutôt si quelqu'un dit encore « nous » en « je ». Souffrons-nous d'une carence de sacré ? Ou existerait-il, comme pour le cholestérol, un bon et un mauvais sacré ?

Deux choses menacent le monde, disait Valéry, l'ordre et le désordre. Deux choses menacent nos sociétés, le « moi je » et le « nous ». Dans les sociétés dites holistes, le collectif précède et étouffe la personne. Dans nos sociétés d'individus, le « moi je » fait éclater le « nous ». C'est le cas en France, et même en Europe, où la crise déchaîne les égoïsmes nationaux. Ce n'est pas le cas des Etats-Unis d'Amérique avec le one nation under God .

Ne tournez pas autour du pot. Le bon « nous », pour vous, c'est le « nous » national, version républicains-hussards noirs.

Le « nous » patriotique a été sacralisé en France, disons de 1790 jusqu'à 1968. Ce lien s'est désagrégé. On ne peut pas le renouer à froid, mais de là à s'imaginer qu'on peut se passer d'un coagulant imaginaire... Un consommateur en chasse des soldes et en manque d'identité se retrouve breton, juif ou homo d'abord, ou noir. En Amérique, il y a une nef centrale avec de multiples chapelles autour. Chez nous, la molécule est à atomes lâches. Chacun se bricole son appartenance avec les moyens du bord.

Résumons : pour réapprendre à vivre ensemble, il nous faut retrouver le sens de la fraternité, donc du sacré, donc de la division. Paradoxal, non ?

Entendons-nous. Fraternité n'est pas fratrie, c'est une solidarité élective, et non naturelle. Cela consiste à reconnaître pour frères des gens qui ne sont pas de la famille. Or ce qui met ensemble, une famille élective, c'est ce qui la met à part d'une autre. Il n'y a pas de nous sans un eux. « La Guadeloupe sé tannou/La Guadeloupe a patayo. » La Guadeloupe est à nous, la Guadeloupe n'est pas à eux. Ce qui se dit en créole se pratique partout mais affleure dans les crises. Les roses ont des épines, la fraternité aussi.

Peut-être le monde sans frontières est-il adapté à l'hyper-individu du XXIe comme celui des nations l'était à l'homme des Lumières. Dans notre grande salle de gym, avons-nous vraiment besoin d'appartenance ?

Plus que jamais. L'utopie libérale remplaçait la carte d'identité par la Carte bleue. Fin des mythes de fondation, des patois et des petits drapeaux ! Ça ne marche pas ! Plus vous inondez un pays de Coca-Cola, plus vous y semez d'ayatollahs. Le monde technique et économique produit de la convergence, mais cette convergence appelle une divergence de sens contraire, par une sorte de thermostat de l'appartenance. Il faut de nouveau penser les sacralités, les mémoires, y compris chez nous. Les ethnologues ne sont pas seulement faits pour étudier les Papous.

Dans ces conditions, rien de ce qui nous concerne ne doit être étranger au Papou, à commencer par la liberté. Les droits de l'homme sont, déplorez-vous, la nouvelle religion de l'Occident contemporain (ROC). Il y a pire croyance partagée que celle qui consiste à créditer chacun de son humanité.


En effet. Confucius, Epictète et Jésus nous faisaient déjà ce crédit. Il y a comme une morale universelle de la compassion. Mais un individu abstrait de son milieu dont le but ultime est le bonheur, ce n'est pas l'alpha et l'oméga sur la planète. L'universel des droits de l'homme ne peut devenir notre bonne conscience et notre mauvaise foi. Je suis le Bien et j'occupe pour libérer ?

En somme, les droits de l'homme ne sont pas seulement la religion de l'Occident mais son bras armé idéologique ?


Comme on ne peut pas faire ce qu'on dit ni dire ce qu'on fait et qu'on est bien forcé de faire la politique de ses intérêts, on s'adonne à l'hypocrisie pour huiler les rapports de forces.

Reste qu'il y a quelques raisons à la centralité des droits de l'homme en Europe, et en particulier dans la gauche européenne, à commencer par les expériences totalitaires.

Oui, la ROC a été chez nous un sursaut protestataire contre le « nous » de la race et celui de la classe. De là à fantasmer un client emprunteur qui n'a ni langue ni mémoire et n'est fils de personne... Le délice de la déliaison me semble une utopie.

Peut-être, mais le confort du relativisme est aussi inefficace pour empêcher que les petites filles afghanes soient vitriolées sur le chemin de l'école.


Les Afghans sont mieux placés que nous pour faire évoluer l'Afghanistan. Si une coalition de chrétiens s'en mêle en bombardant les noces de village, il y aura encore plus de vitriol. Napoléon en son temps a voulu moderniser l'Espagne, les moines fanatiques l'ont fichu à la porte. La croisade américaine en Afghanistan est aussi absurde que contre-productive. Que nous soyons devenus les supplétifs d'une idiotie coloniale ne plaide pas pour notre sens des réalités.

Est-il possible de sauver les droits de l'homme du droit-de-l'hommisme ?

Oui, à condition de le faire modestement, sans les imposer. Et en renonçant à l'idée que tous les hommes ont rendez-vous à la fin de l'Histoire pour prêter serment à notre déclaration des droits de l'homme. Cette croyance proprement religieuse suppose que l'Occident aura encore l'hégémonie dans cent ans. On peut en douter.

En quoi la fraternité pourrait-elle être une alternative au sacré officiel mais faible que sont les droits de l'homme et à tous les sacrés privés qui nous requièrent de plus en plus ? La fraternité sauvera-t-elle la nation ?

La nation civique, pas la nation ethnique, n'est-ce pas ? Non, il n'y a pas de sauveur suprême ni de formule miracle. Mon livre s'appelle « Le moment fraternité ». Il faut lui faire une place, c'est tout. Ne pas la rendre impossible, comme le fait le marché roi. Rien de plus.

Il y a une ruse dans votre histoire personnelle. La première fraternité que vous vous êtes choisie, celle de la révolution, était internationaliste.

J'ai cru y trouver une famille. C'en était une, d'ailleurs, mais pas vraiment la mienne. C'était le nationalisme latino-américain en marche, sous le drapeau rouge. Et il avait bien raison. On ne se débarrasse pas de l' ethnos , des communautés de mémoire. Il ne faut pas l'idolâtrer, mais il faut faire avec. Le demos ne suffit pas.

Vous récusez donc l'accusation de nostalgie souvent formulée à votre encontre ?


La nostalgie est un sentiment révolutionnaire. Je reconnais le conservateur à ce qu'il n'en a aucune. Toutes les forces actives dans l'Histoire partent de là. Le sionisme, c'était le retour à Sion. Si Che Guevara n'avait pas pensé à Bolivar, il n'aurait pas été en Bolivie. Et Obama sans Lincoln ne serait pas à la Maison-Blanche.

Pourquoi refusez-vous de désenchanter la politique ? Quel mal y aurait-il à ce que ses passions et ses débordements soient remplacés par l'appréciation d'intérêts bien compris ?

Ce serait l'idéal, en effet, de pouvoir s'en tenir à la réalité. Mais il y a toujours de l'imaginaire en jeu, le dalaï-lama, la Bretagne, l'homosexualité ou le PSG. Le désenchantement sur la longue durée, c'est le passage d'une chanson à une autre.

Que nous faut-il, alors, pour redevenir français ? Une bonne petite guerre ?

Il est vrai que la guerre fait apparaître le « nous » par-dessus le « moi je ». Ça vaut pour Israël comme pour le Liban. Jamais il n'y a eu plus de monde à Notre-Dame de Paris qu'en 1914 ou 1939. Aux Etats-Unis, au lendemain du 11 Septembre, on priait dans les rues. Pour redevenir fraternels, nous n'avons certes pas besoin de Te Deum mais d'une confrontation. C'est le prix du nous. Moi, ça ne me fait pas peur

« Le moment fraternité » (Gallimard, 384 pages, 21 E).




26 février 2009

Yves Jégo sali par les tabloïds anglais

L'histoire est un éternel recommencement. Toujours, quand un Français a voulu s'élever de sa misérable condition, il s'est trouvé un anglo-saxon sarcastique et haineux pour briser ses rêves de gloire.

XVème siècle, une jeune bergère fait une crise de mysticisme après avoir absorbé des champignons hallucinogènes, les anglais envahissent la France et condamnent la pauvre enfant au bûcher *.
XIXème siècle, un brillant caporal franco-corse aimant l'oignon cru et les culs mulâtres décide d'apporter aux peuples européens les bienfaits de la Révolution Française à grands coups de batailles citoyennes. Les Anglais sortent de leur île maudite, capturent et exilent le petit homme sur un récif sinistre avant de l'assassiner lâchement pour cause de restriction budgétaire pour la garde des prisonniers politiques.
Fin du XXème siècle, Gérard Depardieu, exploitant agricole, s'apprête à triompher aux Oscars, les journaux américains ** lancent une scandaleuse cabale sur de prétendues agressions sexuelles dont se serait rendu coupable l'acteur. Sa carrière internationale est ruinée.

Yves Jego son terrible secret dévoilé

Début 2009, Yves jégo, brillant (ses amis disent luisant) secrétaire d'État à l'Outre-mer, courageusement passé du gaullisme souverainiste au sarkozysme ostentatoire quand vînt l'heure de la gamelle, rencontre des difficultés en Guadeloupe. N'oubliant pas avoir été en 1758 maîtres de l'île ; les anglais cherchent à nuire au brillant serviteur de l'État. Après une fouille dégueulasse de son passé, les tabloïds découvrent que l'homme n'est pas que brillant mais aussi précoce. Yves a été père à ses 13 ans d'une petite fille (prénommée Millie) qui sera élevée par les services sociaux français, le jeune Yves et sa compagne de jeu ayant été déclaré inaptes à la garde d'un enfant. Les journaux britanniques déterreront même une vieille vidéo de l'époque où le jeune Yves (parfaitement bilingue à 13 ans) était interviewé par une chaine anglaise peu après la naissance de l'enfant. Depuis, cette affaire fait les choux gras de la presse outre manche, toujours heureuse de gloser sur la perdition morale de l'ennemi héréditaire français.




* notons que 6 siècles plus tard, la France se vengera tout de même en envoyant chez les Canadiens, cousins dégénérés des Anglais, un écrivain à lunettes noires victime de crises mystiques métaprophétiques après absorptions répétées de psylos.
** les Américains sont une sorte d'Anglais élevés aux céréales et vendus au lobby sioniste.

Le malaise des jeunes UMP

C'est quand même triste des jeunes qui ne se droguent pas.


Let's get lost



Les dix premières minutes (sous-titré en japonais et de mauvaise qualité)du chef d'oeuvre de Bruce Weber "Let's get lost" sur Chet Baker tourné en 1987 et réédité récemment pour le cinéma et la vidéo.

O Brother...


On disait Régis Debray fatigué, en année sabbatique comme l'annonçait son email de réponse automatique...C'était pour mieux examiner la troisième marche du perron suprême: la Fraternité.

"Le Moment fraternité" (Gallimard) marque le retour du grand Régis qui n'a de cesse de réinventer un nouveau républicanisme puisant sa source dans les diverses formes du sacré.

En voici quelques extraits publiés dans l'hebdo chrétien "La Vie":




« L’individu est tout, et le tout n’est plus rien. Que faire pour qu’il devienne quelque chose ? Comment, au royaume éclaté du moi je, susciter ou réveiller des nous qui ne se payent pas de mots et laissent chacun respirer ? Qu’est-ce qui peut encore sceller une complicité, en dehors de la maison, du stade et du bureau ? Questions urticantes, mais que je ne crois pas intempestives.

Elles tenaillent obscurément l’envie que l’on n’ose s’avouer d’un autre horizon que notre va-et-vient affolé entre soif de gain et peur de perdre, et elles appellent une réponse sans fard ni tabou. (...) Dans la conviction que l’économie seule ne fera jamais une société.

Les pronoms n’ont pas d’âge, les totems accusent le leur. Une évasive fraternité continue d’orner nos frontons, sceaux, frontispices et en-têtes administratifs, mais le mot ne se prononce plus guère chez nos officiels, par peur du ringard ou du pompier. Le président de la République se garde de l’utiliser, même dans ses vœux de nouvel an, lui préférant les droits de l’homme. Et quand un préfet plus audacieux le fait résonner le 14 Juillet dans ses pièces de réception, il ne tient pas trop à le voir se concrétiser le lendemain sous ses fenêtres. Depuis 1848, date de son intronisation dans la triade républicaine, il a perdu son chic et s’est fané. Dans la « sainte devise de nos pères », la petite dernière est devenue orpheline. Pas de statut conceptuel, pas d’entrée dans les dictionnaires de philosophie contemporaine. Liberté d’expression, égalité des chances : le génitif met de l’animation. Les assemblées en débattent, l’intellectuel s’en saisit, l’opinion se fâche. Rien de tel pour la puînée. La fraternité n’a pas de génitif. En France, c’est une vieille cousine qui s’est fondue dans le décor, mais qui fait tapisserie, et personne ne l’invite à danser. On se souvient vaguement qu’elle tournait tous les cœurs, dans sa folle jeunesse, au XIXe siècle, quand elle courait les barricades et les sociétés ouvrières. Il serait impoli de lui demander de partir, mais ce qu’elle fait encore là, personne ne sait. Les sciences sociales lui tournent le dos, les marchés n’en ont cure, les libéraux lui préfèrent la compassion et nos socialistes honteux la trouvent tocarde. Rares les chercheurs qui acceptent de prendre encore au sérieux un prêchi-prêcha qui n’engage à rien de sérieux. Quant aux profanes, vous et moi, ils ne savent plus trop si ce mot devenu chez nous flasque et sans arête doit faire sourire ou frémir. S’il faut l’expédier au musée avec le gilet à boutonner dans le dos et le quarante-huitard à spencer et grand chapeau râpé partant organiser à Nauvoo, Illinois, le bonheur de l’humanité, ou bien s’il faut désormais en charger la préfecture de police et tous ceux qui ont un œil sur les frères des banlieues. Qui fera cette traversée jusqu’au bout préférera, espérons-le, se retrousser les manches.

Du Père et de sa Loi, le procès est derrière nous, le verdict rendu, beaucoup ont tourné la page. De la Mère et du maternage, la poisseuse emprise a été dénoncée, avec tout ce qu’a de régressif et d’infantilisant la Big Mother. C’est désormais et par ricochet du Frère qu’il nous est demandé, en Europe, de faire notre deuil. C’est là que le bât blesse. Et c’est cette ­blessure qu’on voudrait sinon soigner ou guérir, du moins débrider, aviver et approfondir.

Voici donc la chanson d’une mal-aimée. “Sois mon frère ou je te tue.” Le mot assassin et tendancieux de Chamfort a laissé des traces. Tant de morts... Tant de pièces à charge... Si la charité a redoré son blason, sa cadette incroyante reste sur les étagères, en vitrine, mais à lorgner de loin. La citoyenneté est un produit de grande consommation, devenu à force inodore, incolore et sans saveur, mais de bon ton et peu compromettant.

La fraternité est une essence plus rare, qui se consomme sur ordonnance, diluée et en prises espacées – avec la solidarité de l’État providence –, ou bien vaporisée en convivialité, pour de brèves euphories, ou alors, au compte-gouttes, en tête à tête, sous l’étiquette amitié. Le policier garde de l’estime pour son collègue. L’avocat ou le médecin, pour son confrère. L’ancien élève, pour son condisciple, le footballeur, pour son coéquipier, l’engagé, pour son camarade de régiment, l’ébéniste du Tour de France, pour son compagnon. C’est tant mieux, mais pas assez.



Notre chère petite personne aspire à plus et à mieux : pouvoir appeler frère ou sœur un étranger qui ne porte pas notre nom. De cette grâce précaire qu’est une famille élective, de ce bonheur insolite et dangereux, certes, mais que rien ne remplace, le rêve ou la mélancolie ne veulent pas mourir, étrangement. La débâcle du communisme, l’étouffoir communautaire, la phobie du sectaire et du totalitaire ont suggéré à de bons esprits qu’il fallait passer un bracelet électronique au suspect “communauté”. N’empêche que la démangeaison demeure, en sourdine. Une vie à la première personne du singulier est une vie mutilée, et si l’ordre des tribus est mortifère, quelque chose en nous refuse l’appartenance zéro, et recherche d’autres communions que celles du sang et de la couleur de peau, auxquelles ramène, par dépit, l’invocation d’un droit passablement éborgné mais qui se dit universel.

Il y a des nous sans fraternité, mais il n’y a pas de fraternité sans nous, et c’est l’énigme des appartenances qu’il nous faudra d’abord élucider, pour arracher ses lourds secrets à ce mot-valise, ce mot-relique, ce mot-épave. Sans pleurer à l’enterrement, sans promettre un second souffle. En laissant le lyrisme à de plus doués et la morale à de plus qualifiés... En simple artisan médiologue, pour deviner comment ça se tisse, un groupe d’affinités, et comment ça se détricote, au fil des ans.

Connaître au plus près, c’est toujours lier entre eux des idées et des événements relevant de planètes différentes. Pour retrouver un objet perdu comme le lien de fraternité, force est de panacher les registres, puisqu’il sert de trait d’union aux domaines religieux et politique. Le curieux qui met son nez dans sa généalogie n’est pas peu surpris d’y trouver du sabre et du goupillon. C’est en 1790, dans un discours portant sur l’organisation de la garde nationale, que Robespierre proposa d’écrire “fraternité” sur nos drapeaux. Le bas clergé patriote ne manqua pas d’applaudir l’inattendu retour d’un précepte évangélique. La consécration en principe de gouver­nement d’une valeur spirituelle qui servait déjà de clé de voûte aux francs-maçons, par cordeliers et jacobins interposés (les couvents franciscains et dominicains ayant donné leur nom aux clubs révolutionnaires), eut pour ressort la patrie en danger. Elle a tourné court avec l’Empire, la Restauration et la monarchie des banquiers.

C’est le Sermon sur la montagne qui l’a ressuscitée, en 1848 : le tiers salvateur, empêchant les libéraux de piétiner l’égalité et les partageux d’anéantir les libertés, fut porté au pinacle par une émeute parisienne invoquant le “prolétaire de Nazareth”, à une époque où la dernière bande du drapeau tricolore ramené par les redingotes apparaissait aux hommes en blouse, rouge comme le sang du Christ. Anecdote, mais qui témoigne, dès le lever de rideau romantique, d’une paradoxale alliance entre les Lumières et l’Évangile. Comme d’une passerelle entre le sacral et le profane, les verticales et les horizontales de l’établissement humain. Puisque nos grands moments de fraternité se donnent tous une référence mythique de l’ordre du sacré (ancêtre, idéal ou patrie), il fallait commencer par l’amont en cherchant d’abord ce que sacré veut dire, concrètement. Et comme “les droits de l’homme” se donnent pour l’expression actuelle de la fraternité, il était nécessaire d’examiner ce qu’est devenue cette religion civile qui a donné son aura à un nous d’élite, souvent dominateur et longtemps sûr de lui, l’Occident (ou demain la Ligue des démocraties). Si ce credo unanimiste est devenu un obstacle à un dialogue en réciprocité, à l’échelle du monde, entre dominants et dominés, entre les fulminants maîtres du ciel et les bouseux exterminés au sol, c’est le principe même de fraternité qu’il nous faut réensemencer, en vue d’un nous solidaire et durable, sans complexe de supériorité ni danger de représailles pour les pauvres qui n’en sont pas.

Et pourquoi, me direz-vous, tous ces tours et détours autour d’une idée vieillotte et quasi moribonde ? Pour ne pas rendre la place ? Oui, mais peut-être aussi pour contribuer au chapitre suivant d’un grand récit d’émancipation qui a couvert deux siècles de notre histoire et dont on peut dire, comme nos amis de l’Éducation sentimentale pour conclure leur odyssée, que “c’est bien là ce que nous avons eu de meilleur”. A-t-on le droit de refuser qu’il finisse en queue de poisson ?



Nous n’irons plus planter, c’est sûr, un phalanstère en Icarie, avec un vade-mecum sous le bras, craignant trop qu’un goulag nous attende à la sortie. Mais, pour autant, ni le sweet home ni le tête-à-tête avec l’écran ni la course au rendement n’étancheront notre besoin de chanter à plusieurs, et, au-delà, celui d’appartenir à une lignée qui nous déborde et nous grandisse. Si la gagne et la secte, le trader et le gourou nous rebutent tout autant, reste à chercher la porte étroite d’où pourraient s’apercevoir en perspective les vallons familiers d’une fraternité modeste et sans terreur.

Utopie ? Mirage ? Billevesée ? Peut-être. Tenter de donner couleurs et contours à cette échappée vaudra toujours mieux, cependant, qu’un assemblage de lotissements et de résidences sécurisées, où “l’homme croit vivre et pourtant il est déjà presque mort/et depuis très longtemps/il va et vient dans un triste décor/couleur de jour de l’an/avec le portrait de la grand-mère/du grand-père et de l’oncle Ferdinand” (Prévert). Sans vouloir offenser Ferdinand. Juste pour lui rappeler qu’il y a un monde derrière sa porte blindée, et qui vaut encore le voyage. »





La France a besoin de lui

...encore une fois!

Alain Soral et compagnie : contre-argumentaire

Courrier envoyé par un de nos lecteurs, qui a l'air de connaitre la mouvance, à propos des déchirements qui secouent la droite de la droite. Un débat qui n'est pas neuf et qui remonte au GRECE et au Club de l'Horloge.



Une grave rupture est en train d'apparaître à l'intérieur de la droite nationale. Certains s'en désoleront. Je pense au contraire qu'il faut continuer à remuer
le couteau dans la plaie jusqu'à ce qu'il n'y ait plus d'autre choix que l'amputation, et le plus tôt sera le mieux. Parce qu'on ne mène pas une guerre efficace quand les généraux ne sont même pas d'accord sur la question suivante: qui doit-on attaquer ?

Ce qu'on pourrait compléter d'ailleurs par : avec qui peut-on s'allier ?

Les nationalistes-révolutionnaires de Christian Bouchet, le groupe Égalité et
Réconciliation d'Alain Soral, le GRECE d'Alain de Benoist, voire le Front National de Jean-Marie Le Pen ont répondu à ces deux questions on ne peut plus clairement, notamment à l'occasion des derniers évènements proche-orientaux et de leurs prolongements en France.

L'ennemi : pour l'extérieur, les États-Unis et Israël, pour l'intérieur, le lobby juif et ses supposés larbins goy.

L'ami : pour l'extérieur, le monde islamique, pour l'intérieur, le monde islamique.

Ajoutons pour ceux qui pourraient me reprocher une trop grande simplification que la Russie et le Venezuela, considérés également comme des alliés potentiels par les courants sus-nommés, ne bénéficient pas de la présence dans
l'hexagone de six ou huit millions de leurs ressortissants ; puisque c'est bien de cette scission basée sur la position à adopter par rapports à des affrontements qui se produisent à la fois à l'extérieur et à l'intérieur de nos frontières (d'ailleurs extrêmement poreuses ces trente derniers années, ceci expliquant cela) dont il est ici question.

Mais revenons à nos moutons.

La position de collaboration des groupes en question avec la communauté islamique de France est dictée avant tout par le raisonnement suivant, entendu tant de fois : « Ils ne partiront pas, nous devons faire avec. »

Ils ne partiront pas. Que cela peut-il bien signifier ? Quant on creuse un peu,
on a droit en général à : « Ils ne partiront pas, c'est trop tard, ils ont déjà la nationalité française, c'est une utopie de penser qu'on peut les rejeter à la mer ».

D'abord, précisons que, s'il est vrai que ces gens ont en général la nationalité française, il serait plus conforme à la vérité de dire que la quasi-totalité d'entre eux, nés ou pas à l'étranger, possèdent la double nationalité. Mais ce n'est pas l'essentiel. L'essentiel est ceci : l'expulsion de colons par les autochtones est une constante historique. C'est le contraire d'une utopie : c'est une banalité.
Il y avait en 1960 un million de pieds-noirs en Algérie, détenteurs de la nationalité française dans un département français. L'essentiel de cette communauté était arrivé en Algérie avant le XXème siècle. Deux ans plus tard, la quasi-
totalité était expulsée par le FLN.

Il est amusant en tout cas de voir des militants politiques, prétendument engagés dans une démarche révolutionnaire, être à ce point incapables de remettre en cause une nationalité distribuée au rabais depuis trente ans par la social-
démocratie de Giscard, Mitterrand et Chirac.

Il y a aussi l'argument humaniste. Comme le dit Alain Soral : « Si Dieudonné et Le Pen peuvent se respecter, alors la France est sauvée, sinon ce sera l’éclatement communautaire et le Kosovo… Seul un salaud peut vouloir ça. »

Et Soral de citer l'alliance entre le général Aoun et le Hezbollah comme exemple de collaboration réussie entre chrétiens et musulmans. La vérité c'est que la guerre civile a bien eu lieu au Liban, et que les chrétiens l'ont perdu. Ils ne leur reste plus qu'à essayer, désespérément, de retarder le plus longtemps possible leur « coptisation » inéluctable.

L'utopie n'est pas de penser qu'on peut rapatrier l'ensemble de la communauté musulmane dans ses territoires d'origine, ce qui s'est déjà produit plusieurs fois dans l'histoire (expulsions massive de Crimée, d'Espagne, de Grèce...). L'utopie est de penser que les Français pourront continuer à garder leur liberté et leur identité dans une France islamisée ; que cette France, qui selon une enquête publiée par le Monde comptera 40% de musulmans dans trois décennies, pourra être à cette date autre chose qu'un champ de bataille.

L'argument du « ils ne ne partiront pas, il faut donc faire avec » n'est rien d'autre qu'un renoncement et une abdication. C'est en fait le même discours que tenaient en 1940 Pétain et ses partisans, quasiment au mot près ; les Allemands ont gagné, ils ne partiront pas, la seule solution réaliste est la collaboration...

Le problème est que cette « solution réaliste », avec une population musulmane qui double tous les vingt ans (les nouveaux arrivants en provenance
d'Afrique noire venant compenser la baisse du taux de natalité des Magh-
rébins) , c'est l'engourdissement qui précède la mort. On nous appelle à la capitulation sans condition, et on se dit qu'un miracle va peut-être se produire, que nos nouveaux maîtres seront peut-être gentils avec nous, si nous courbons suffisamment l'échine et que nous manifestons avec eux contre Israël en criant « mort aux juifs ».
Churchill disait : « ils avaient le choix entre la guerre et le déshonneur. Ils ont choisi le déshonneur, et ils auront la guerre. »









Face à cette reddition morale et intellectuelle, la critique, si elle est nécessaire, ne suffit évidemment pas. Osons formuler un contre-projet, à l'attention d'un mouvement nationaliste et identitaire cohérent.

Le rapatriement de l'ensemble des populations musulmanes qui colonisent actuellement le territoire français et européen n'est pas un point négociable. L'indépendance et la souveraineté européennes sont à ce prix.

Que cette souveraineté s'exerce par le biais d'un gouvernement unifié ou par le retour aux anciennes nations n'est pas le problème. Cela conduit surtout à un débat artificiel et secondaire entre Européistes et nationalistes maurassiens.

La violence politique ne doit pas être rejetée au nom d'un quelconque
« humanisme » (position – hypocrite - d'Alain Soral).

Le combat est double : contre l'islam, fort d'une communauté d'environ huit millions de personnes dans l'hexagone, et contre les forces politiques qui sont responsables de cette situation. Comme jadis les mouvements de
décolonisation en Algérie et au Vietnam, nous devons affronter à la fois
les envahisseurs extérieurs et leurs complices autochtones.

Le combat s'inscrit dans la longue durée, et il doit avoir lieu dans tous les domaines. Même si le « grand soir » tarde à venir, il faut savoir que notre existence, nous qui considérons que la colonisation en cours n'est tolérable en aucun cas, constitue à elle seule le plus grave échec du système. Considérer, comme Soral, que l'islam « a sa place » en France, c'est donner
raison à BHL, à Attali, à Glucksmann et à l'ensemble de la caste mondialiste qui nous gouverne.

Voir dans toute manifestation de défiance envers l'islam l'effet de manipulations américaines ou sionistes est une manie qui finit par être lassante. C'est surtout réduire le problème à une confrontation islam/Occident, idiotie derrière laquelle il faut sûrement voir en grande partie l'influence de René Guénon, malade mental qui finit par se convertir à la religion du prophète.

Considérer que l'islam n'est qu'une des formes de la « Tradition » et que son combat contre la « modernité » occidentale est forcément juste, c'est oublier que le combat que mène l'islam est total. Il a lieu en Tchétchénie ou en Ingouchie contre les Russes, au Xinjiang contre le pouvoir chinois, en Somalie contre l'antique nation éthiopienne ; en Inde, comme l'ont rappelé les récentes tueries de Bombay ou des musulmans ont mitraillé la foule au hasard -typique de cette religion. Au Nigéria. Au Soudan ; partout, en fait ou
le monde musulman et le monde non-musulman – quel qu'il soit – se trouvent en contact. Cette frontière s'apparente en réalité à une véritable ligne de front.

Une autre impasse consiste en ce que Guillaume Faye appelle un anti-américanisme de colonisé, geignard et faussement moralisateur. La puissance américaine n'est telle que parce que les États-Unis ont réussi à neutraliser tous les rivaux qui avaient les moyens économiques d'exister militairement, donc diplomatiquement. D'abord les puissances allemande et japonaise en 1945, ensuite l'URSS en 1989. Mais l'exemple du général de Gaulle, qui en 1967 expulse l'armée américaine et fait sortir la France de l'OTAN, démontre que les dirigeants européens ne sont soumis que parce qu'ils le veulent, parce qu'ils ont renoncé aux responsabilités et au pouvoir.

L'anti-sionisme/antijudaïsme (dans la droite nationale, cela signifie à peu près la même chose, l'un n'étant que la conséquence de l'autre) est une impasse totale. Cela signifie la fixation du combat politique sur une communauté qui représente en France environ 500 000 personnes et en Israël cinq millions. La destruction ou la défaite d'Israël, pas plus que la neutralisation du lobby en France, ne changerait quoique ce soit à la situation de l'hexagone et de ses voisins. Il s'agit tout simplement d'un faux problème.

Il ne s'agit pas non plus de tomber dans l'excès inverse et de penser qu'une alliance avec la communauté juive organisée, ou une partie de cette communauté, changerait la face du monde. J'ai moi même écrit à plusieurs
reprises en faveur d'une telle alliance entre nationalistes et juifs lucides, sans en faire mon cheval de bataille, puisque je reste fondamentalement
un nationaliste européen (non par délire idéologique identitaire, mais par pragmatisme) et que centrer son attention sur la communauté juive, que ce soit par haine ou par idolâtrie, me paraît finalement aboutir au même résultat, qui est d'oublier le combat principal. Étant plutôt favorable à Israël, je suis tout à fait prêt à considérer comme un de mes pairs un nationaliste français ou européiste par ailleurs anti-israélien, à partir du moment ou il considère comme moi que cela ne doit pas constituer notre principale préoccupation.

Je tiens néanmoins à dire que le slogan « ni keffieh ni kippa » a ceci de honteux qu'il met sur le même plan d'altérité deux communautés dont l'une a donné à la France Henri Bergson, Raymond Aron, Marcel Proust, Joseph Kessel ou Emile Durkheim, et l'autre Sami Nacéri et Jamel Debouzze...

Rentrer enfin dans le XXIème siècle. Arrêter de se référer sans cesse, pour analyser la réalité actuelle, à la seconde guerre mondiale ou à la Guerre froide. Ben Laden n'est pas un « nazislamiste », Israël n'est pas un État « fachiste » et la Russie n'a plus les moyens d'être l'URSS.
Au contraire, ce chef de guerre et ces deux nations ont résolument tourné le dos à la modernité en tant qu'idéologie (mais sans la renier comme technique) pour réactiver des concepts politico-religieux d'une force bien plus grande, car ancrés dans une réalité historique millénaire ou pluri-millénaire.
Quand je défends Israël ce n'est pas par réflexe atlantiste anti-communiste « occidental » comme cela aurait pu être le cas il y a trente ans, alors que l'Union soviétique soutenait les armées arabes. Quand je défends Israël, je ne soutiens pas l'Occident, je ne soutiens pas le « monde libre », je ne soutiens pas la « démocratie » : je soutiens le peuple hébreu contre les pillards du désert. Archéofuturisme...
Des gens comme Ivan Rioufol ou Maurice Dantec continuent à soutenir Israël par réflexe post- Guerre froide. Ils sont d'ailleurs toujours également pro-américains, comme si l'un n'allait pas sans l'autre (problème de décalage générationnel partagé -mais en sens inverse- par Alain Soral). Une politique européenne intelligente consisterait au contraire à soutenir Israël pour le détacher de l'orbite américaine.

Voilà quelques pistes de réflexion. En tout cas, une chose est sure : en choisissant de soutenir les pires ennemis de l'Europe, Soral et ses amis ont franchi la frontière qui sépare la divergence tactique de la pure et simple trahison.

André Waroch.

Autre vision, plus énervée dans la forme mais plus modérée dans le fond

25 février 2009

Marketing kaillera

Le principe du marketing viral?

Avant que les gens n'aient compris ce qui se passe, ils se sont déjà fait...
Dans cette nouvelle campagne pour d'jeunz débiles, Groland s'est fait mettre bien profond.
A moins qu'ils ne soient complices, on atteindrait des sommets de "rebellitude"...

Le coup vient de Pepsi Cola cette fois là>>
http://www.pepsi-kairashopping.fr/

L'art total

Gilles Langoureau ne fait pas que chanter, il "peint" aussi:



Bravo au Conseil général du Val-de-Marne pour cette vidéo!

Lorsque le génocide des narcotrafiquants devient vital



Ciudad Juárez : ville morte
Meurtres par centaines, trafics de drogue, règlements de compte, menaces et extorsions : tel est le quotidien de la ville la plus violente du Mexique.


MEXICO, de notre correspondante EMMANUELLE STEELS

«Interdit de jeter des déchets ou des cadavres» : c’est l’affiche placée en vitrine par un commerçant de Ciudad Juárez, lassé de ramasser sur le pas de sa porte les dépouilles de victimes assassinées par les narcotrafiquants. «Cette anecdote paraît délirante, mais elle est véridique», raconte un journaliste originaire de cette ville du nord du Mexique qui détient le macabre record national d’assassinats liés au crime organisé. En 2008, plus de 5 700 personnes ont perdu la vie dans le pays lors d’affrontements entre criminels ou avec les forces de l’ordre, et de règlements de compte. Près d’une exécution sur quatre a eu lieu à Ciudad Juárez. «Dont celle de ce commerçant, poursuit le journaliste. Il a été abattu peu après avoir placé sa pancarte.»


L’année 2009 a débuté dans la même veine meurtrière : déjà plus de 1 000 personnes tuées dans le pays, dont la moitié dans l’Etat de Chihuahua, où se trouve Ciudad Juárez. Pôle économique du Nord, logée sur la frontière avec les Etats-Unis, cette ville d’1,3 million d’habitants est une fourmilière d’organisations criminelles, qui tirent les ficelles du trafic de drogue, sapent l’autorité et ensanglantent le territoire qu’elles se disputent.

Narcomessages. Vendredi, le chef de la police municipale, Roberto Orduña, se voyait forcé de démissionner suite à un chantage des cartels. Deux jours plus tôt, plusieurs narcomessages - des menaces portant la marque du crime organisé - avaient été envoyés aux autorités, annonçant l’exécution d’un agent toutes les 48 heures si Orduña ne renonçait pas à son poste. Très vite, les deux premiers cadavres de policiers ont fait leur apparition. A côté des corps, un message : «Il y en aura d’autres.» Le 17 février, avant que le sinistre compte à rebours ne s’enclenche, le numéro 2 de la police est pris pour cible avec deux membres de son escorte. Orduña s’est finalement résigné à rendre son tablier pour «protéger la vie de [ses] hommes». Le maire s’est refusé publiquement à interpréter cette démission comme une capitulation, s’engageant à résister aux provocations des bandes criminelles. Dans la foulée, il a confirmé la poursuite du programme d’assainissement de la police municipale qui, en moins d’un an, a mené au renvoi de 600 agents corrompus.

A Ciudad Juárez, les menaces font partie du quotidien. Les journalistes qui couvrent les affaires criminelles se sont équipés de gilets pare-balles après l’assassinat d’un des leurs en novembre. En décembre, c’était les écoles qui étaient placardées de narcomessages : si les professeurs ne remettaient pas leur prime de fin d’année aux cartels, des enfants seraient kidnappés. Le menace ne fut pas mise à exécution, sans qu’on sache ce qu’il est advenu de la paie des instituteurs.

Tête de porc. L’extorsion est monnaie courante pour tous les commerçants de la ville. Le milieu du cinéma a aussi été victime d’intimidations. Lors du tournage du thriller l’Arrière-cour (El Traspatio), qui traite des assassinats de femmes à Ciudad Juárez, l’équipe fut sommée de quitter la ville à travers une série de lettres et de colis inquiétants, comme l’a relaté le metteur en scène Carlos Carrera. Une actrice a reçu une tête de porc fraîchement coupée en guise d’avertissement. Epouvantée, elle renonça à son rôle. Le film est une fiction, certes, mais qui traduit une réalité sinistre : l’épidémie de violence à l’égard des femmes. Celle-ci s’alimente de la passivité policière et de la vulnérabilité des centaines de milliers de jeunes ouvrières exploitées dans les maquilas, les usines sous-traitantes qui pullulent à la frontière. Depuis 1993, on dénombre 600 disparues et 380 corps de femmes violées, mutilées, étranglées ou poignardées, abandonnés sur des terrains vagues. Mystérieusement, les enquêtes piétinent. Malgré la désignation d’un procureur spécial pour élucider ces crimes, les coupables courent toujours. On parle de serial killers, de bandes organisées et, comme toujours, d’un système gangrené par la corruption.

La couverture des médias a donné un retentissement international aux meurtres de Ciudad Juárez, en l’espace de quelques mois. Mais la ville égrène encore ses martyrs. Depuis le début de l’année, sept jeunes femmes ont disparu, et une autre a été retrouvée morte la semaine dernière. On comprend mieux dès lors comment le film l’Arrière-cour, qui dépeint une société oscillant entre le fatalisme et l’indifférence, a dérangé ceux qui veulent continuer d’assassiner en toute impunité à Ciudad Juárez


Source : http://www.liberation.fr/monde/0101321374-ciudad-ju-rez-ville-morte

Star traque (7 /7)


C’est Günter qui prit le volant. La voiture roula environ quarante minutes et s’arrêta devant une maison en bois à la pelouse incroyablement entretenue. La bonne mexicaine qui ouvrit donna du Madame Bacall à Cathy et les introduisit dans une vaste chambre sombre. Sur un lit, un homme, vieux, très maigre, presque réduit à son seul pyjama, semblait être aspiré par le matelas.
- C’est Peter O’Toole, dit Cathy à voix basse.
- Peter O… !
Le vieux ouvrit les yeux, se redressa imperceptiblement et dit :
- Lauren, ma chère amie… vous êtes venue.
- C’est moi, Peter, je suis là. Restez allongé. Comment allez-vous ce soir ?
- Eh bien, je ne sens plus mes jambes… elles ne me font plus souffrir, voyez-vous, c’est déjà ça. Et je ne dors plus mais ne suis pas non plus éveillé. J’ai l’impression d’être ailleurs.
- Reposez-vous, il n’y a que ça. Je suis venu avec un ami à moi, Günter Walberg, un ami allemand qui vous a toujours admiré.
- Admiré… moi ? mais, Lauren… est-ce que ?...
- Ne vous inquiétez pas, il est au courant de tout. Il connaît notre histoire. Il est de notre côté.
- Monsieur O’Toole, intervint Walberg, je suis très honoré de vous rencontrer. J’espère que vous vous remettrez rapidement.
- N’espérez pas, monsieur, n’espérez pas trop. Je vais mourir, je le sais, et je n’en fais pas un drame. Si, Lauren, c’est la vérité, je suis en train de mourir. Je suis très vieux, je sens que la vie me quitte. C’est ainsi.
Walberg hésita un instant. Son regard croisa celui de Cathy et l’interrogea en silence. Oui, il pouvait parler, elle l’avait amené là pour qu’il s’entretienne avec une vraie star, une authentique légende.
- Monsieur, dit-il doucement, puis-je vous poser une question personnelle ?
- Je vous en prie.
- Un autre vous-même est en ce moment dans une villa de Beverly hills et, aux yeux du monde, il est Peter O’Toole. C’est lui qui est l’acteur mondialement connu, et il est en bonne santé. Comment voyez-vous ça ?
- Ha, j’ai beaucoup réfléchi à cette question quand j’ai pris la décision de cette retraite spéciale, comme nous disons entre nous. Ça ne me pose pas de problème. Voyez-vous, comme tous les hommes, j’ai cherché l’amour, j’en ai eu une bonne part mais je n’ai jamais réussi à en être blasé. Pour des millions de gens, Peter O’Toole incarne quelque chose qui n’appartient qu’à lui, et c’est pour ça que les gens m’aiment. A titre personnel, cet amour-là m’a profité. Devenu un vieil homme, je préfère que mon nom continue d’être un vecteur d’admiration et d’amour plutôt que tout ça disparaisse avec moi. L’être humain n’est qu’un corps, vous savez, rien d’autre qu’un corps. Quoi qu’on dise sur l’âme, sur l’esprit ou sur Dieu, le corps comporte tout ce que vous êtes. Il n’y a que nous, les héros modernes, les stars, les symboles, qui possédons autre chose que notre corps, et c’est ce qu’on appelle la gloire. C’est une aura, une valeur si vous voulez, une puissance d’amour qui dépasse notre corps, que des millions de gens entretiennent et renforcent chaque jour. C’est ça, l’immortalité, c’est dépasser son corps.

Il se tut. Le souffle lui manquait pour les grandes déclarations. Il respira faiblement, chacune de ses inspirations marquée par un petit bruit de gorge aigu. Ses yeux de jeune homme avaient l’aspect mort du verre dépoli.
- Quand je me suis fait remplacer par mon double, j’ai fait le choix de disparaître pour que vive Peter O’Toole. Le contrat était très clair sur ce point : je devais redevenir un être anonyme et accepter l’idée d’un enterrement discret quand mon jour serait venu. Et ce jour arrive. Que se passera-t-il ? Mon corps sera enterré discrètement, sans funérailles nationales, sans articles dans la presse, sans show commémoratif à la télévision, mais je continuerai à vivre dans le corps d’un autre. Je préfère ça, Monsieur Walberg, j’ai trop fréquenté la gloire, j’ai trop été habitué à être plus qu’un simple être humain pour préférer disparaître comme eux, alors que j’ai la possibilité de vivre par delà ma mort.
- Mais c’est une survie dans le mensonge, dans la tromperie !
- On se trompe tous. Tout le monde se trompe, et en permanence. On ne fait que mettre sur les autres les images ou les idées qu’on se fait soi-même, en s’efforçant de croire que ça colle. Qui peut dire qu’il ne s’est pas trompé sur la réalité de celui qu’il aime, ou de ceux qu’il admire ? Quand les gens s’aiment et vivent ensemble, ils peuvent vérifier si l’idée qu’ils se faisaient de l’autre est conforme à la réalité, et souvent, après des années ensemble, ils divorcent, n’est-ce pas ? Ils se sont trompé, voilà. Avec nous, les stars, ce n’est pas possible. On ne nous connaît que par ouï-dire, par la presse, par le cinéma, on ne nous voit pas quand nous sommes malades ou quand nous prenons notre bain. Avec nous, les gens peuvent vivre dans l’illusion sans limite… et c’est bien ainsi. Alors que ce soit moi ou un autre qui incarne Peter O’Toole, où est la différence ? Les gens continueront à croire que je suis ceci ou cela, et je le serai pour eux… Que nous demandent-ils, enfin, et pourquoi nous aiment-ils tant ? Parce qu’ils voient en nous ce qu’ils rêvent d’être. On a rêvé être cet aventurier fiévreux et inspiré que j’ai incarné dans Lawrence d’Arabie. On a rêvé être ce que James Dean fut dans la Fureur de Vivre. On a rêvé avoir la vie de Liz Taylor ou de Prince, même si personne n’y arrive. Eh bien, aujourd’hui, les gens continuent de rêver grâce à nous, ils rêvent de vieillir aussi bien que nous, de rester jeune, actif, dans le coup, d’avoir des aventures amoureuses après quatre-vingt dix ans. Ils continuent de nous admirer de ne pas être comme eux.
Je vais mourir seul, monsieur Walberg, et ma tombe ne portera pas mon nom. Personne ne viendra s’y recueillir. Mais on continuera d’aimer ce que j’ai été parce qu’aux yeux de tous, je suis vivant.


*




(Cimetière de Madera, Californie, 9 novembre 2019.)

On vient de mettre en terre le cercueil de Joseph Stanton, mort à 87 ans. Le curé a récité mécaniquement le minimum attendu en ces moments. Il fait un signe de tête aux deux personnes présentes, Maria Fuentès, ancienne domestique du décédé, et Günter Walberg, comme pour leur dire qu’il a terminé son boulot.
Dans les allées voisines passent trois ou quatre personnes, des fleurs en plastique à la main. Le soleil est encore doux à cette heure, et on entend partout le chant des merles. Maria Fuentès serre la main de son voisin puis s’en va, son petit sac au bras. Sa silhouette ronde emboîte le pas de celle, déjà loin, du curé. Walberg lève les yeux au ciel, s’emplit les poumons de cet air frais. Les collines voisines sont encore de vagues formes bleues qui émergent de l’ouate. Walberg reste là, il contemple ce coin perdu et goûte son calme facile. Il lit des noms sur les tombes voisines : Clifford Reynolds, 1947- 1999, Chuck Sacramento, 1952- 2009, Paula Gibson Taner, 1924- 2005. Finalement, se dit-il, nous ne sommes que ça. Tout ce qui reste de la plupart d’entre nous, ce sont deux dates, et un nom. Il dit à haute voix : Günter Walberg, 1957 et … ? Puis il part rejoindre son taxi, emportant avec lui un secret que je n’avais pas le droit de révéler avant sa mort.

Fin.

24 février 2009

Diabolisation... (un petit bijou)



Bravo à l'auteur.

Star traque (6 / 7)


Tania est le modèle de la copine effacée et fidèle. Elle est aussi grosse que Lauren-Cathy est mince, aussi râblée qu’elle est fine, aussi brune qu’un Mélanésien d’ascendance mexicaine. Mais sa peau est d’un blanc extrême, laissant voir souvent le bleu des veines. Dans cette Californie du sud, elle trouve le moyen de ne pas bronzer : elle est veilleuse de nuit dans un hôtel de Laguna Beach et dort le jour. Elle est la seule amie de Cathy, la seule qui sache son secret, la seule pour qui Cathy n’a pas disparue au profit de Lauren Bacall. Elle est là, dans sa cuisine, en train de faire du café pour la seconde fois pendant que Walberg et Cathy sont au salon.
Son calme retrouvé, Cathy a tout expliqué de l’affaire : elle n’est donc pas la star que tout le monde croit, elle a été « recrutée » lors d’un faux casting, d’abord pour sa relative ressemblance avec Lauren Bacall jeune, puis en raison de son profil psychologique. Elle a répondu à des centaines de questions avec docilité, elle a subit des tests, elle a rempli du papier jusqu’à ce qu’on lui propose un invraisemblable marché : quitter sa famille, ses amis, sa ville, disparaître tout simplement sans laisser aucune trace, et, grâce à la chirurgie, prendre le rôle de Lauren Bacall dans la vraie vie. La vraie star, elle, très vieille dame fatiguée, est d’accord pour ce tour de passe-passe : elle cède la place, se retranche dans une maison confortable et très bien gardée, et voit son double rajeuni continuer d’exister par delà sa propre mort, qui viendra bien un jour.
- Mais enfin, personne ne s’est aperçu que du jour au lendemain, Lauren Bacall avait perdu soixante ans ? On nage en pleine fiction !

- Non, Günter, tout ça est bien réel, et c’est même assez simple. Quand une star d’Hollywood veut passer le relais, elle commence par se faire retoucher la figure. Elle passe deux ou trois fois sur le billard de façon à obtenir une tête très rajeunie : on tire la peau du cou, on traite les yeux, on change ce qui doit l’être, on regonfle ce qui est affaissé, etc. Et que pense le public après ça, Günter ? il pense tout simplement que sa vedette préférée s’est fait refaire la gueule, rien de plus, car tout le monde s’en aperçoit immédiatement. Banal. Habituel. Routine. Ceux qui vieillissent naturellement à Hollywood sont une infime minorité, et là aussi, tout le monde les remarque (en disant mince ! qu’est-ce qu’il a vieillit, lui qui était si beau). Donc, on attend que le public soit habitué à la nouvelle tête de la star en question, et on la remplace, tout simplement. On cherche, et on trouve toujours, crois-moi, un sujet jeune ayant la même silhouette, on le convainc de la combine, et on n’a plus qu’à le faire passer sur le billard pour une bonne opération esthétique qui lui donnera très facilement la gueule artificielle d’une vieille peau refaite. Une chirurgie à l’envers, en quelque sorte…
- C’est de la démence…
- C’est pire que ça, c’est du business.
Cathy Straw, redevenue maintenant aussi belle que Lauren Bacall, marqua une pause, inspira profondément et sembla revoir le moment où sa vie avait basculé.
- Pour moi, au début, c’était pas une question d’argent, pas du tout. Je voulais devenir quelqu’un, tu comprends ? devenir quelqu’un, ne pas rester dans l’anonymat des hôtels, des stations balnéaires, des supermarchés et des cimetières. Mais devenir quelqu’un, quand on n’est personne, quand on n’a pas au fond de soi ce qui fait les artistes, les stars, les grands, c’est impossible ! On a beau essayer, on n’arrive jamais à rien. Dans le meilleur des cas, des gens se servent un peu de nous, nous font faire un petit tour sur la scène, et ils nous jettent. Se rendre compte qu’on n’est pas à la hauteur de ses rêves, tu peux pas t’imaginer ce que c’est.
- Cathy…
- Eux, ils l’ont bien compris, ils savent parfaitement à qui ils ont affaire ! Ils m’ont tout simplement offert de devenir quelqu’un : qu’importe si ce n’était pas moi-même ! Devenir une star déjà connue et reconnue, une icône du cinéma, une image de réussite et de valeur pour des millions de gens dans le monde, comment refuser ? Comment dire non quand son avenir personnel se résume à la retraite et dix, quinze ans de vie au ralenti, deux voyages en Europe, un en Egypte dans un bus climatisé, des parties de cartes avec les petites vieilles du club. Non, tu ne peux pas proposer ça à quelqu’un de trente ans et t’attendre à ce qu’il saute de joie.
- C’est une histoire de fous… ça ne tient pas debout. Et les familles des stars, leurs enfants, tous les gens qu’elles fréquentent ? Comment garder le secret quand des centaines de gens sont dans le coup ?
- Des centaines de gens, tu l’as bien dit. Des milliers peut-être. Les pros de l’industrie du cinéma, les acteurs, leurs familles, les gardes du corps, le personnel domestique, les chirurgiens, ça fait du monde. Mais tout ça a tenu bon pour l’instant par la force du fric et du rêve. La gloire, celle qui te fait sortir du lot commun des mortels, c’est un moteur plus puissant que tout. C’est une foi sans dieu, sans autre dieu que soi-même. C’est une foi qui t’apporte des récompenses ici, sur cette terre, des récompenses immédiates, palpables, des cadeaux tels qu’ils font naître l’envie dans le cœur de toute l’humanité. Les familles des stars sont au courant, elles sont d’accord, elles s’accommodent de ça pour de bonnes ou de mauvaises raisons. Le pouvoir que donne la gloire d’un parent, le prestige attaché à tel ou tel nom, le genre de vie que ça implique, ce sont des éléments qu’on n’abandonne pas si facilement. A la mort de Clark Gable, sa famille a tout perdu. Pas l’argent, non, la plupart des stars en ont suffisamment pour composer de beaux héritages, mais le reste, la folie de se savoir différents, au dessus, très au dessus des hommes, dans une bulle qu’ils n’imaginent même pas et qu’ils contribuent pourtant à bâtir de leur amour, ça ils l’ont perdu et ne s’en remettent pas. Eh bien, sache que les familles n’ont jamais été un obstacle à la supercherie, jamais ! Les seuls à ne pas marcher quelquefois, ce sont les acteurs eux-mêmes. Ils restent alors ce qu’ils sont, ils ne jouent pas ce jeu-là, ce sont d’ailleurs toujours ceux qui ne se prêtent pas à la chirurgie esthétique par ailleurs. Mais le reste, le petit personnel, les producteurs et toute la maffia de ceux qui s’engraissent de ce business, aucun problème.
- Mais comment se fait-il que rien n’ait percé ? Ceux qui ne marchent pas dans la combine, comme tu dis, pourquoi ne parlent-ils pas ?
- La peur. On est menacé. Le truc est devenu tellement énorme qu’on ne peut plus faire machine arrière. Celui qui ne veut pas participer doit impérativement se taire et continuer comme avant, sous peine de se faire buter, lui et sa famille. Je te jure que ça se passerait comme ça. Ces gars-là ne plaisantent pas, tu le comprends tout de suite. En tous cas, personne n’a jamais eu le cran de vendre la mèche, pas plus Clint Eastwood que cette grande gueule de Martin Sheen, qui pourtant n’y participent pas.
- Et toi, tu es bien en train de la vendre, la mèche ?
- Oui… je…je ne sais pas… je suis arrivée au bout de ce que je pouvais faire. Quand ils ont appris que je t’avais vu, que je t’avais parlé hors de leur contrôle, ils sont devenus méchants. Ils m’ont menacée, ils m’ont battue, ils m’ont fait faire un tour dans le désert… ils m’ont fait voir un trou creusé au milieu de nulle part… c’était horrible, c’était vraiment horrible, j’ai cru que j’allais mourir et que personne ne le saurait jamais…
- Tu as déjà disparu, Cathy…
- Ils m’ont dit qu’ils me tueraient, là, dans le désert, en pleine nuit, et que tout serait fini pour moi… Je ne veux rien révéler du tout, qu’ils continuent sans moi, pourquoi je prendrais un tel risque ? je veux juste partir loin d’ici et qu’on m’oublie, que le monde entier m’oublie !
La conversation cessa dans les larmes. Tania fit ce qu’elle avait déjà souvent fait pour son amie, elle la consola, l’écouta sans jamais perdre patience ni la contredire. Comme tous les amis du monde, elle pris sur elle une partie de son fardeau. Plus tard, pendant que Cathy prenait une douche, Walberg essaya d’imaginer la suite. Pas besoin de détails supplémentaires sur la brutalité de l’organisation qui tenait tout ça, il était bien persuadé qu’à partir de maintenant, s’il se décidait à l’attaque, il n’aurait plus de répit. Cette idée lui donna la nausée. Il ne put pousser très loin les raisonnements et les scénarios. Se mettre une sorte de maffia US à dos n’était pas du tout le genre d’aventure qu’il souhaitait. Mais d’un autre côté, pouvait-il, lui aussi, se taire ? Il ne pouvait s’empêcher de penser au sort des récalcitrants dans le genre de Cathy, car il y en avait eu, fatalement. Soit des paumés qui craquent, comme elle, soit des accidents, quelqu’un qui a trop pris de dope, un autre qui tombe dans la dépression, un qui a le mal du pays. S’il y en avait eu, qu’étaient-ils devenus, combien y en avait-il sous le sable du désert autour de L.A. ? Et Peropoulis, que lui avaient-ils fait ?
Quand il s’en ouvrit à Cathy, celle-ci ne tenta pas de le dissuader. Ça le déconcerta, ça le déçut même un peu. Elle était redevenue calme, elle avait recouvré le maintien qui l’avait invinciblement séduit le soir de leur première rencontre. Elle était encore un peu Lauren Bacall, une femme tout simplement capable d’envisager les problèmes sans se mettre à chialer. Quand il évoqua les possibles disparitions de ses collègues fausses stars ou d’autres personnes de l’entourage, elle ne nia pas la question mais n’y apporta aucune réponse. Elle semblait maintenant repartie dans un univers artificiel, comme on dit, ou les règles ordinaires n’ont aucun sens.
- Mais enfin merde, Cathy, tu ne peux pas t’en tirer comme ça ! Tu me balances tout le truc et tu me dis que tu ne feras rien. Tu comptes t’en sortir comment ?
- Je viens d’y réfléchir et j’en ai parlé à Tania. On est toutes les deux d’accord. Personne de mon entourage ne la connaît, personne ne sait que je suis ici. J’ai toujours gardé intacte mon amitié secrète avec Tania, et personne n’a jamais réussi à me coller suffisamment pour m’empêcher de venir ici incognito, quand je le voulais. C’est une planque idéale. On ne nous a pas vu entrer, ça nous donne du temps.
- Du temps pour quoi ? tu comptes passer le restant de tes jours entre la cuisine de ta copine et ses chiottes ?
- Je compte me tirer d’ici, refaire ma vie ailleurs, et j’ai besoin de laisser les choses se tasser avant d’agir. J’ai toujours donné de l’argent à Tania, qui ne l’a pas toujours dépensé. On a donc de quoi me faire de nouveau changer de visage et partir loin de Berverly Hills.
- Et moi, maintenant que je sais ce qui se passe, tu crois que je vais fermer ma gueule ?
- Ça te regarde ! C’est ton problème. Ne me rends pas responsable de TES décisions. Si tu veux garder le secret, tu peux le faire, tu n’es obligé à rien. Tu es journaliste, tu gagnes ta vie avec ce qui se passe dans le monde, les scoops ou le malheur des gens, la mort d’un grand homme te permet de remplir ton frigo parce que tu vas en faire trois papiers, tu fais donc comme d’habitude. Je t’ai dit qu’il y avait danger, je te le répète, mais je ne peux rien faire pour te protéger.
- Tu témoignerais ?
- Jamais. En aucune façon. J’ai décidé de ne rien dire à personne, jamais.
Walberg sortit furieusement de la pièce. Il était piégé. Révéler le pot aux roses sans témoin direct, ça ne valait pas un clou. Personne ne le publierait. Il en avait marre. Il se jeta sur le canapé et alluma la télévision. Les pubs s’enchaînèrent sans qu’il les remarque. Les images changeaient devant ses yeux mais son regard, fixé sur un point imprécis, ne voyait rien. De longues minutes se passèrent ainsi, puis une heure, puis une autre.
- Tania va devoir aller travailler, dit soudain Cathy, qui s’était glissée silencieusement derrière lui.
- Hum…
- Elle va travailler comme d’habitude et il ne faut pas que les voisins puissent apercevoir de la lumière chez elle. Tu comprends… ne pas attirer l’attention.
- Qu’est-ce que tu me chantes là ? On n’est pas dans 1984 d’Orwell !
- Ecoutes-moi, Günter, je te propose un truc : j’ai quelque chose à te montrer, quelqu’un à te faire rencontrer, qui a un rapport avec tout ça, et qui peut t’intéresser. Viens avec moi. On passe la soirée ailleurs, on fait le point sur tout ça, on verra.
Toujours debout derrière lui elle avait posé les mains sur ses épaules, et d’un doigt, lui caressait la joue. Elle se pencha et lui fit une bise dans le cou, une belle sensuelle bise, légère mais suffisamment appuyée pour qu’il en soit marqué.
- Viens. On y va.

A suivre.

23 février 2009

D'inspiration Ilysienne


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Texte d'Ilys ici Les bouffons

Star traque (5 / 7)


(Copie du courrier électronique de Günter Walberg, envoyé à mon domicile parisien le 2 novembre 2019. Emis à 11h23, heure locale.)

« Cher collègue.
Ce message t’étonnera peut-être mais je te demande de le prendre au sérieux, car je suis en danger. J’ai été physiquement agressé par des gens dont j’ignore tout, mais qui sont organisés et puissants. Comme je te l’ai dit dans l’avion, j’enquête sur les vieux acteurs (et actrices) d’Hollywood. Ce que je ne t’ai pas dit, c’est qu’un certain nombre d’indices me font penser que ces acteurs ne sont pas réels, enfin qu’ils ne sont pas vrais, qu’ils sont trafiqués d’une manière que j’ignore. Leur jeunesse est artificielle, j’en ai maintenant la certitude, et je vais essayer d’en trouver la preuve.
J’ai rencontré Lauren Bacall et, aussi incroyable que ça puisse te paraître, j’ai couché avec elle. Lauren Bacall, une femme presque centenaire ! Je t’affirme qu’il est IMPOSSIBLE que son âge soit celui qu’on dit, ou alors je n’ai pas rencontré la vraie Lauren Bacall. J’ai couché avec elle, je sais de quoi je parle. De visage et de silhouette, elle fait jeune, tout le monde le sait. Mais son corps, que j’ai vu entièrement à poil et sous pas mal de coutures, son corps n’a pas plus de trente ans, pas plus ! Je ne veux pas entrer dans des détails grivois mais je peux te certifier qu’un cul de quatre-vingt-quinze ans ne m’aurait ni enthousiasmé ni ravi comme celui-là ! Sa peau est d’une perfection que la chirurgie ne pourrait pas atteindre. A la limite, ce que tout le monde voit et admire d’elle, son visage, est moins bien conservé que le reste. Il est figé dans des expressions auxquelles nous nous sommes habitués mais qui n’ont rien de naturel. Les yeux sont trop parfaitement remontés, les lèvres sont trop dodues et n’ont plus de souplesse, l’ensemble du visage ressemble quand même à un masque, il faut bien l’avouer. Toutes les actrices ont ces têtes. Mais on ne voit finalement que ça alors que le plus stupéfiant, au moins concernant Lauren Bacall, c’est la jeunesse des membres, la beauté de son petit ventre, la fraîcheur de tout son corps. Crois-moi, même si ça te semble du chinois : il y a quelque chose d’anormal là-dessous. D’ailleurs, j’ai reçu la visite d’un gorille qui m’a bien violemment fait comprendre qu’il fallait que je foute le camp. Interdiction pour moi de revoir la Bacall. On n’envoie pas un tueur effrayer quelqu’un si on n’a rien à planquer. Ni à se reprocher. Je vais donc tenter le coup en me cachant.
Je te contacterai avant le 6 novembre à 20 heures (heure de Paris). Si je ne l’ai pas fait à cette date précise, merci de prévenir le lieutenant de police Farmeri, deuxième district de Berlin, qu’il se passe des choses curieuses à Beverly Hills. Raconte-lui ce que je t’ai dit. Il saura quoi faire. »


*

Peropoulis ne répond plus. C’est ce que Walberg conclut après quelques essais et renseignements. Il l’avait d’abord appelé chez lui, puis sur son portable, puis il s’était posté discrètement dans les coins où il devait l’apercevoir : niente ! En observant les allées et venues autour du bunker de Lauren Bacall, il avait reconnu quelques têtes quand les vitres des bagnoles n’étaient pas fumées (c'est-à-dire rarement) mais rien qui ressemble au plus petit poil du Grec. Pour se mouvoir tranquillement dans les alentours et continuer son enquête, il s’était payé une fausse barbe, une perruque à la Kurt Cobain, arbora un polo grotesque et des lunettes de soleil. Il en rit lui-même le premier jour mais s’était bien convaincu qu’il ne fallait pas négliger les détails dans ce genre de partie. Pendant trois jours d’affilée, il traînailla dans le quartier en faisant la causette à des épiciers, des jardiniers et des coiffeurs. Il alterna ses interviews discrètes du voisinage avec une surveillance de la villa à distance respectueuse. Il cherchait quelque chose qu’il n’avait pas bien défini, un renseignement, une clé qui lui permettrait d’entrer en contact avec Bacall sans laisser de trace et sans crainte d’être écouté.
Il s’attendait bien à voir un jour ou l’autre la limousine de la star sortir de ce putain de portail mais non, c’est à bord d’une petite bagnole assez insignifiante qu’il la vit soudain sur Rexford street, conduisant seule, nerveusement. Il se précipita alors au milieu de la route en lui faisant des signes, elle s’arrêta, il monta.
- Lauren, je cherchais à vous joindre depuis plusieurs jours, j’ai des choses graves à vous dire… roulez, roulez !… je…
- Je n’en peux plus, j’en ai assez, je ne peux plus les supporter !
- Qui ça, les ? qui ?
- Eux tous ! tout ça… je ne veux plus être leur jouet, je veux vivre librement. Je sais ce qui vous est arrivé… ils m’ont raconté. Ils m’ont dit aussi que j’avais enfreint la plus importante des lois et que ça pouvait me coûter très cher, vous comprenez ? Je suis menacée. Peropoulis a disparu depuis trois jours, je ne sais pas ce qu’ils lui ont fait.
- Lauren, calmez-vous, il faut tout me dire, je suis prêt à vous aider mais il faut d’abord vous calmer, nous calmer tous les deux et agir froidement. Où comptiez-vous aller ?
- Chez Tania, une amie à moi, ma meilleure amie… la seule amie que j’aie. Elle n’habite pas ici mais à côté de Laguna Beach, à une centaine de kilomètres. C’est un endroit sûr.
- A condition de ne pas être suivis. Il faut s’en assurer : prenez à droite après la station service.
La voiture fit quelques crochets et prit trois ou quatre tangentes tandis que Walberg observait ce qui se passait derrière eux. Tout avait l’air normal, la voiture reprit alors sa route, filant vers la liberté des gens ordinaires.
- Vous n’êtes pas Lauren Bacall, n’est-ce pas ? Dites-moi tout.
- Non, non… Je… je suis Lauren Bacall depuis seulement huit ans. Avant, je m’appelais Cathy Straw, et j’habitais Jackson Hole, Idaho. Je travaillais dans un hôtel et je rêvais d’être un jour quelqu’un. J’ai même pris des cours d’art dramatique, un peu, j’ai essayé…
- Vous n’êtes pas la vraie Lauren Bacall ? C’est ça que vous me dîtes ?
- Oui, c’est exactement ce que je vous dis. Je ne peux plus vivre comme ça !… j’ai été recrutée pour jouer un rôle, le rôle permanent d’une star du cinéma, et j’ai accepté… au détriment de ma propre personnalité, vous comprenez ? Je fais bien plus que jouer le rôle de Lauren Bacall, je suis devenue elle au yeux du monde entier, je suis elle…
Elle se mit à pleurer lentement, avec une sincérité qui surprit Walberg. Elle pleura avec application et constance, en cessant immédiatement toute autre communication. Ses pleurs réguliers coulaient sur ses joues superbes et faisaient gonfler plus encore que d’habitude ses célèbres poches sous les yeux. La route était maintenant composée de grandes plaques de béton qui marquaient chaque passage des roues d’un double plop bref, synchrone. Walberg laissa faire en silence pendant que l’auto gardait son cent à l’heure métronomique sous le ciel bleu rose. A l’horizon, rien, ou presque.

A suivre.

22 février 2009

Front Unifié pour les décédés



"La mort a quelque chose de tout à fait inacceptable quand on y réfléchit un peu"
Matthieu Jung, Le Principe de précaution, Stock.

Star traque (4 / 7)



Walberg venait juste d’entrer dans sa chambre d’hôtel. Il avait éparpillé chaussures, pantalon et chemise en vrac sur le sol et mis en marche son ordinateur portable. Il s’apprêtait à travailler sur le fichier « Bacall » lorsqu’il entendit un petit bruit sec derrière lui. Il se retourna et bondit :

- Haa !! Qu’est-ce que vous foutez là ?!

Un homme était dans la chambre et se tenait là, adossé à la porte, silencieux.

- Qui êtes-vous, merde ?!

Pas de réponse. Le type, que Walberg avait eu le temps de ranger dans la catégorie « balèze », restait planté nonchalamment en se croisant les bras. Il n’avait pas l’air menaçant et souriait même comme quelqu’un qui fait une blague à un bon pote.

- Putain, j’appelle les…
- Tu n’appelles rien, ni personne... Günter…
- Vous… me… on s’connaît !?
- Non : moi j’te connais. Mais j’ai encore des choses à apprendre sur toi, mon chou. Assieds-toi.
- Quoi ? M’enfin, je refuse de…
- Assis !

Le type fit deux pas en direction de Walberg, qui s’assit donc comme demandé. Quelque chose lui disait de s’en méfier, sûrement ses mains de boucher ou peut-être la façon dont ses épaules remplissaient sa veste légère. Pourtant, il n’avait pas peur, peut-être en raison des mimiques et de la diction très tapette du malabar. « Ce mec est une tante, ou quoi ? » se demanda-t-il tout de suite. Ça lui paraissait inconcevable ces cent kilos et ces attitudes précieuses. Le type parlait non seulement avec cet horripilant accent travelo mais levait les yeux au ciel, penchait la tête comme une bimbo et faisait tout le tralala habituel d’un acteur sous-payé dans un rôle de folle. « C’est peut-être un genre qu’il se donne pour se foutre de ma gueule », pensa-t-il juste avant de se lever de sa chaise, pour voir. L’armoire à glace n’était pas vide : d’une seule main, plaquée sur son épaule, il le força à se rasseoir comme on le ferait avec un môme de six ans.

- Maintenant mon chou, tu vas rester tranquille et pas me faire répéter deux fois les mêmes questions !
- Non mais dîtes-donc, vous êtes qui, d’abord ?
- J’vais t’expliquer ! Tu vas comprendre !

Le type l’empoigna sous les aisselles et le jeta comme une merde sur le lit, la tête la première. A peine arrivé sur la couette, Walberg reçu les fameux cent kilos sur le dos et poussa un grand OUppFFF ! de surprise. En l’atteignant dans le dos, le mec avait réussi à lui bloquer l’estomac, c’est dire ! Il pesa de tout son poids sur la pauvre crevette en slip/chaussettes (ne l’oublions pas), enfonça son menton dans ses omoplates et se mis à le chatouiller à la taille en le grondant, « tu vas être gentil, hein Günter ? tu vas pas me forcer à t’faire mal, hein ? dis ? ».
- Ha ! ha ! ha ! ha ! Haharrêtez merde ! Arrêtez !
- Tu veux pas me faire de la peine, hein Günter ?

Il le chatouillait de plus belle en lui malaxant les flancs à coups de pinces nerveuses. Walberg avait beau hurler, se débattre, se tortiller comme un lézard, la brute efféminée maîtrisait complètement le combat.

- Ha ! ha ! Hi ! hi ! hi ! NON ! Pitié ! Pitiéééé !

Les hurlements rigolards emplissaient toute la chambre et le lit se baladait en rayant le parquet sous les ruades du couillonné.

- Ha ! Ha ! Ho, ho hau sec-hours, ha ! non ! STOP ! j’vais crever merde ! Ha ! ha ! haaa !
- Chut ! Arrête de faire ce raffut. Tu te tiens tranquille, oui ?

Il venait de cesser le chatouillement.

- Oui… oui… (pff.. pffouu) mais s’il vous plaît arrêtez… (le chatouillement repris de plus belle, plus fort encore). Houahahah ! ha ! non ! Ha ! ha ! hou ! HA !

Walberg atteignit la stridence. Ses rires grotesques suivaient les insistances de son bourreau comme un orchestre obéit à la baguette impériale du chef. Il y avait des rires hoquetant comme des staccato, des barrissements rappelant Berlioz dans ses pires outrances, il y avait des prouesses lyriques montant dangereusement dans les aigus puis des ritardando maîtrisés à deux mains. A un moment, il y eu ce qu’on aurait pu prendre pour une fin shuntée, quelques dernières plaintes mourantes, mais une bourrasque raviva le sabbat une dernière fois, plus haut et plus violemment que jamais. Les yeux de Walberg inondaient de larmes les draps du lit et ses cris maintenant s’étouffaient dans les plis de la couette, comme un appel désespéré dans une corne de brume absolument bouchée. L’air lui manquait. Il n’était plus qu’un vacarme retenu. Il était bel et bien sur le point de mourir de rire.
Au meilleur moment, c’est-à-dire au dernier, la tantouze cessa son manège et se releva. La mécanique vitale de Walberg se remit alors à fonctionner sans qu’il y soit pour rien, ses poumons reprirent leurs mouvements plus régulièrement et ses larmes cessèrent. Il ne releva pas le visage de sa flaque, se contentant de respirer comme si c’était la chose la plus précieuse du monde, vaincu définitivement et s’en foutant bien.
Soigneusement, le type se repeigna en grimaçant de satisfaction devant son reflet impeccable. Pendant que Walberg revenait silencieusement à la vie, il fouilla un peu dans la chambre, ouvrant une mallette sans conviction, feuilletant un carnet illisible, puis s’installa devant l’ordinateur. « Qu’est-ce que t’es allé fouiner chez madame Bacall, Günter ? On t’a vu chez elle : tu n’as pas demandé la permission », commença-t-il en inspectant le fichier « Bacall ».

- Stefano Peropoulis, souffla Walberg.
- Stefano Peropoulis, on l’emmerde. Il est que dalle.
- J’en savais rien, moi !… J’écris un bouquin sur Hollywood...
- Raconte, Günter, raconte.
- J’écris un bouquin d’entretiens, c’est tout, avec des grandes stars d’Hollywood, celles qui ont connu l’âge d’or.
- L’âge d’or ?... L’âge d’or ? C’est maintenant l’âge d’or. De quoi tu me parles, Günter chéri ?
- Je veux dire les années cinquante, l’après-guerre. J’ai l’hab…
- Ecoute bien, je répèterai pas. Ici, on ne fait d’entretien avec personne sans demander la permission. Y’a des agents pour ça. On traite pas avec les chauffeurs de maître, compris ? Ton bouquin, on n’en veut pas. L’âge d’or, mon cul ! Ne t’approche pas des gens qui sont pas d’ton milieu et qui sont pas à ta portée, Günter. Ne t’approche plus de Madame Bacall. Est-ce que je me suis fait comprendre ?
- Ou…oui. C’est compris. Je m’approche plus.
- Hou ! que je suis maladroit ! Je viens de supprimer définitivement les conneries que t’avais notées dans ton fichier « Bacall »…

Sans que Walberg dise quoi que ce soit, il continua d’inspecter les fichiers qui l’intéressaient. « Tiens, James Garner : supprimé, Liz Taylor : supprimé, Gena Rowland : supprimé, Peter O’Toole, rien que ça ? Non, là encore : Peter Falk, Charlton Heston, Cher, Angie Dickinson, Kirk Douglas, Faye Dunaway et encore d’autres ! C’est bizarre cet intérêt pour les vieux acteurs et les vieilles actrices… Allez, je supprime tout ! »
Il se leva en glissant dans sa poche les deux clés de sauvegarde qui se trouvaient là. Il fit craquer ses doigts dans une grande salve et se dirigea tranquillement vers la porte. Walberg ne s’était pas relevé du lit, il s’y était juste assis et regardait le bout de ses pieds. Il jeta un coup d’œil furtif au type qui sortait en ondulant du cul d’une manière impossible.

- Si tu te penches sur le cas des acteurs de moins de trente ans, tu peux encore rentabiliser ton voyage, Günter. Mais je te le dis une dernière fois, entends-moi bien : laisse tomber les vraies stars.

A suivre.
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