12 septembre 2008

Bernard Stiegler- Esthétique et politique


Bernard Stiegler- Esthétique et politique


Ce pouvoir est aussi le pouvoir sur d'autres êtres humains, sur les corps mais surtout sur les esprits. Le pouvoir sur la matière n'est pas important, notre maîtrise de la matière est déjà absolue. Ce qui importe c'est de commander à l'esprit. La réalité est à l'intérieur du crâne... Le réel pouvoir, le pouvoir pour lequel nous devons lutter jour et nuit, est le pouvoir non sur les choses, mais sur les hommes. Comment assure-t-on le pouvoir sur un autre? En le faisant souffrir. L'obéissance ne suffit pas. Comment, s'il ne souffre pas, peut-on être certain qu'il obéit, non à sa volonté, mais à la nôtre? Le pouvoir est d'infliger des souffrances et des humiliations. Le pouvoir est de déchirer l'esprit humain en morceaux que l'on rassemble ensuite sous de nouvelles formes que l'on a choisies.

1984, George Orwell

12 commentaires:

  1. On bosse en tandem ma parole! C'est de la télépathie...
    J'avais pas vu ta vidéo avant de poster mon laïus.

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  2. "Des personne qui ne sentent pas..."

    Il me fait beaucoup rire pour le coup.
    Le désert n'est peut-être pas là où il croit...

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  3. Pardon de spammer, mais le rapport entre la société de marché et l'art contemporain crève les yeux.
    98% de l'art contemporain refuse obstinément le sublime, le geste, la transmission, l'apprentissage.

    Et encore, quand ces paillassons richissimes ne flattent pas la société de marché en voulant faire mieux!

    Consumérisme, techniques de production industrielle, moyens marketing considérables, sous-traitant même le geste de l'artiste comme le fait Koontz.
    Ils ont réussi à court-circuiter le public, tournant en circuit fermé entre financement public et mécénat de patrons qui échappent au fisc en achetant leurs cochonneries... Et ensuite font monter la côte pour tripler la mise (vs le tiercé Pinault/Aillagon/Koontz)

    Pépère Stiegler défend quand même son bout de gras de conservateur du centre Georges Pom-pom-pi-dou avec sa théorie esthétisante.

    Le 21 avril 2002 peut aussi se voir comme un dernier acte de résistance à cette société marchande.

    Il faudrait lui demander si ça l'a rassuré les dernières élections?
    Il était heureux du spectacle de la crétinerie bicéphale?

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  4. Tiens, Stiegler nous rappelle que Le Pen est méchant.

    Le contraire m'eut étonné.

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  5. Vous interprétez un peu à votre sauce. Pourtant, il explique bien que la majorité des électeurs qui ont porté Le Pen au second tour ne ressentent rien envers le modernisme et puis, personnellement, je ne fais pas plus confiance à Le Pen qu’à un autre candidat présidentiable. N’oubliez pas que le sujet ne porte pas sur lui.

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  6. Il met d'un coté les gens "clairvoyants et cultivés" et de l'autre les gens privés d'esthétique: les consommateurs esthétiquement aliénés (c'est de l'Hegel me semble-t-il).

    Bon, ceci posé, l'homme privé d'esthétique est aussi privé de culture, c'est un zombi dépourvu "d'âme" (cad de singularité), perdu dans la masse.

    Ils sont enfermé dans des zones privés d'esthétique etc.. Ils ne comprennent rien à l'art de leur époque, qu'ils prennent en haine (malgré les médiateurs culturels et les souperbes scoulptoures d'artistes dissidents aux pieds des tours) .

    Donc ça les rend méchants et ils votent pour JMLP bouououh

    ;)

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  7. Tu l’as compris ainsi, mais je n’ai pas l’impression que c’était ses propos. Grosso modo, il explique que ceux qui refusent le modernisme sont dégoutés de l’art et de la culture moderne, car ils ne ressentent rien à leur endroit. Il explique bien que l’art moderne, sauf exception, est dépouillé d’esthétisme, donc de beauté (chose vers laquelle doit tendre l’art d’après Platon. Je pense qu’il doit aussi aller vers sa vérité personnelle comme l’expliquent certains écrivains à propos de la littérature). Il trouve une solution électorale par rejet de cette culture. Comme l’explique Scriptoblog dans « tapis de bombes », le FN est plus un centre de ralliement qu’un vrai parti. Son discours sur l’esthétisme n’est pas accès que sur les électeurs du FN, mais aussi une grande part de la population urbanisée. Maintenant, je ne cache pas qu’il a quelque à priori sur l’extrême droite et ce n’est pas la première fois, mais ça n’enlève en rien la justesse de sa théorie (enfin à mes yeux).

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  8. Il me semble que dans cette vidéo il défend l'esthétique comme un devoir "d'expérimentation esthétique" une découverte (ce démon de l'art contemporain), une recherche d'altérité, de nouveauté in fine qui de ce fait devient politique puisqu'elle ouvre des perspectives.

    Ce qui est sous-jacent dans toute son intervention c'est que la culture contemporaine (musique etc..) n'est accessible qu'à une minorité. C'est le discours d'un super médiateur culturel, et ça tombe bien c'est ce qu'il est, qui déplore que l'art contemporain n'atteigne pas la masse. Si la masse était touchée par l'art contemporain par l'esthétique non-industrielle (la seule que ces gens incultes apprécient) cela leur permettrait de trouver une individualité, une conscience.

    L'esthétique indus/marketée/massifiante s'oppose à l'esthétique de l'art véritable unique/singulière qui donne accès à la conscience de soi, à son narcissisme.

    Ce qui est sans doute vrai, mais encore faut-il proposer autre chose que de la nouveauté dans l'art, parce que là ça rejoint les préoccupations des marketeux. Innovation obligatoire.

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  9. Si je puis me permettre d'intervenir il me semble qu'il parle "d'esthétique commune". En ce sens on peut rapprocher le discours de Stigler de celui de Régis Debray lorsqu'il parle lui de communion, d'autre penseur comme Jacques Ellul aurait parlé de langage commun tout simplement. Pour qu'une société fonctionne il faut qu'il y est des référence commune entre les individus c'est du moins en ce sens que j'ai compris ce que dit Stigler. Il accuse les marketeux d'avoir en quelque sorte casser ce langage commun qui permettait à la société de fonctionner, Ellul parlait lui même du christianisme comme étant une référence commune permettant aux individus de se lier les uns aux autres c'est tout à fait similaire. Ellul accusait les libéraux et leurs idéaux d'individus athées et rationnelles, d'avoir en fait affaiblit plutôt que renforcé les individus tous enfermé dans leur proche sphère sans aucune possibilité d'en sortir. Ici Stigler accuse les marchants, mais en fait il parle probablement de la même chose. Pour ce qui est de le Pen au risque de fâcher les adeptes de Soral je ne crois pas du tout au fait qu'il soit un alternative au système, il a plutôt jouer le rôle de destructeur des valeur national en ce sens qu'il a décrédibilisé la nation. Le Pen a permis à une certaine période le dénigrement de la nation, du protectionnisme, il suffisait au crétins de base de faire l'amalgame avec le FN pour définitivement mettre hors d'état tout critique du système libérale. Je ne sait pas si c'est la faute à monsieur Le Pen mais c'est ainsi que cela s'est passé et se passe encore du reste. Quant aux électeurs du FN je crois que Stigler va un peut loin dans son analyse, je préfère ici les analyses sociologiques de Todd sur ce sujet particulier, et notamment le transfère des électeurs du PCF vers le FN comme résultat de la poussé libérale à gauche.

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  10. Les valeurs nationales il a obligé tous les politiques à faire semblant de s'en saisir par peur du grand come back façon 2002.
    Pas plus patriote que Bayrou l'eurocrate, Ségo la ouiouiste et Sarko l'américain lors des dernières élections.
    Bleu, blanc, rouge, la main sur le cœur, la Marseillaise aux lèvres... Seulement, une fois que les veaux ont voté, c'est plus la même tisane.
    "Merde, on s'est fait eu!"

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  11. L'art contemporain n'est autre que de la publicité, où le produit se confond avec la promo.

    Simplement, c'est une arnaque encore plus grande que la paire de Nike de base: son inutilité est aussi flagrante, mais il est de surcroît destiné aux plaisirs d'une minuscule élite, tout en étant largement financé par le plus grand nombre via l'impôt.

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  12. Chers amis,

    Je trouve que vous n'êtes pas justes avec monsieur Stiegler.

    Ou, à défaut d'avoir pu connaître sa pensée de manière plus continue, peut-être ce dont il parle, ne vous apparaît pas clairement.

    Je vous prie de bien vouloir ne pas me soupçonner d'arrogance, j'ai simplement passé du temps à lire ses livres.

    Quand il parle d'esthétique, il ne parle pas de l'art (même si quand il parle d'art, il parle d'esthétique).

    Quand il parle de politique, il ne parle pas de partis.

    En fait les deux concepts, esthétique et politique, ont une zone de recouvrement : c'est le sensible comme partage (entre soi et autrui).

    La politique se donne dans le sensible : certains ont droit de siéger à l'assemblée nationale, mais quiconque s'y rendrait, s'il n'est pas député ou employé de ce lieu, se verrait refoulé. Il y a donc une part du monde sensible qui est réservée à des gens, et interdite aux autres. A l'assemblée, celui qui siège, est notamment une voix (comme discours, et comme main levée) qui peut participer, sur le mode que lui permet cette place, aux choix (politiques) qui concernent le pays. Mais ce siège qui lui est réservé fait déjà partie d'une condition politique (le partage du sensible comme partage des places) de la société.

    Considérons une personne qui regarde le débat de l'assemblée à la télévision. S'il le regarde de cette place, c'est que l'ordre politique de l'état social exige qu'il y ait des personnes, comme lui, n'y participant pas.

    Donc la politique, c'est, avant, ou en-deça de la politique politicienne (la politique des hommes politiques) une question de place allouée, de rôle, de partage du sensible dans une distribution des rôles (donc aussi des espaces et des temps).

    Cet en-deça politique, dans cette répartition du sensible qui est le sol à partir duquel prend sens un édifice comme l'assemblée nationale, est taillé dans le sensible (le temps, l'espace, les corps, les gestes, les parcours) ; il taille l'expérience esthétique des individus.

    En fonction de sa position politique, un individu dispose d'une expérience esthétique correspondante. Je ne veux évidemment pas dire que cette expérience est entièrement écrite, déterminée, mais plutôt, qu'elle est configurée. Et tout ce dont parle Stiegler, c'est d'élargir autant que possible cette expérience esthétique, en tant que des nombreux dispositifs contemporains tendent à la réduire, et à détruire de la sorte toute politique de philia.

    L'élargir pour quoi? Pour comprendre l'art contemporain? - Absolument pas, ou du moins, dans un lointain second ordre.

    L'enjeu est le "nous" dont parle Stiegler. Le nous, qui fait que l'on peut s'aimer.

    Qu'est-ce que ce nous? Est-ce la communion ensemble? — Non. C'est la possibilité de reconnaître l'autre, comme soi-même (sujet moral, ou sujet humain, ce qui est la même chose, en droit (en fait, il y a des hommes et des femmes immoraux bien sûr, mais si on les reconnaît comme tel, c'est justement parce que l'on sait qu'ils ou elles auraient pu être moraux). Mieux, le "nous" est l'expérience de la reconnaissance d'autrui comme soi-même, dans une commune condition. Ceci va permettre la philia : le respect, la tendresse, la fratrie... toutes les formes humaines de la communauté. (Ce qui n'est ni secte, ni camp hippie) Ce qui est la condition du vivre ensemble.

    Or la reconnaissance d'une commune condition, d'une commune humanité, possible moralité, passe par le sensible ; une expérience sensible partagée. Sinon, comment puis-je reconnaître autrui? ;
    La parole est une telle expérience, par exemple. Or cette expérience sensible est immédiatement une expérience politique : le dialogue par exemple, avec idéalement, deux interlocuteurs d'égal à égal.

    Bien entendu l'assemblée nationale est une expérience politique (idéalement) fondée en dialogue elle aussi (et c'est donc pour cette raison aussi, une expérience autant politique qu'esthétique). Mais c'en est déjà une forme élaborée, qui ne doit pas faire oublier que la politique a déjà lieu avant.

    Or ce dont parle Stiegler, c'est de cela : la société contemporaine a tendance à détruire la possibilité d'une expérience esthétique commune. Sit : bloquer la possibilité d'un nous, d'une politique de paix, ou tendant vers la paix. (Je schématise bien entendu, vous m'excuserez je l'espère, mais, par exemple) la découpe imposée du temps social qui précipite chaque soirs des millions d'individus devant la télévision est l'organisation d'une coupure de la possibilité du dialogue (on ne parle pas à la télé, c'est elle qui parle), d'une possibilité d'une relation inter-humaine ; donc de la possibilité d'une expérience esthétique qui fabrique du nous.

    La télévision est un dispositif esthétique, qui organise une politique anti-thétique à un nous apaisé, démocratique.

    Idem pour la répartition géographique et urbaine des populations. Se sentir dans un ghetto, si cale se produit, c'est se sentir coupé des autres.

    Alors, dans un ghetto, et en plus devant la télévision...

    Quand il parle de personnes aliénées, il ne dit pas que c'est dans leur nature. Il parle d'une situation d'aliénation. Et si la "culture" est accessible à une minorité, ce n'est pas non plus fondé en nature, mais en situation économico-sociale, qui est une situation esthético-politique.

    C'est donc plutôt de cela que parle Stiegler; quand il parle de JMLP, il parle d'une radicale divergence (à son avis, mais il est peut-être partial, personne n'est parfait) esthétique entre les personnes.

    Et quand il parle de l'art, c'est comme quand je parle de l'assemblée nationale, c'est une question typique ; mais qui n'est pas le fonds de l'affaire.

    Quand à l'art contemporain marketing, il en est le premier contempteur.

    Bien à vous

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